# Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

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belladone
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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar belladone » Mar Nov 22, 2016 23:53 pm

Merci pour le compliment.
J'ai écrit pas mal de nouvelles, à un moment donné, ça avait son petit succès, j'ai publié dans des revues, aussi à Québec:-). Mais je n'y arrive plus.
Cet été, j'essayais d'écrire un roman, c'est venu comme ça (la première scène que j'ai écrite, c'était celle de l'orgasme). Et puis Elsa a pris vie (je publierai demain, je ne l'ai pas sous la main), et puis Elie. Je voulais montrer l'absurdité des gens qui se croisent et s'aiment, sont faits l'un pour l'autre, mais ne se "lisent" pas, et font les mauvais choix, notamment pour protéger l'autre, ou des autres, ou par pudeur, ou peur.
J'ai arrêté parce que ça me faisait trop mal, ça me bouleversait, j'avais l'impression de mettre à nu les gens autour de moi (parce que oui, bien sûr, c'est inspiré du vrai et je me suis parfois demandé si j'inventais ou si c'était une sorte de clairvoyance).
J'ai un peu de regret de ne pas y être arrivée mais je pense qu'il vaut mieux que je ne fonce pas dans cette voie.
Tu parlais dans mon thème de tout ce qui est jeux divinatoires, c'est un peu ça, comme une écriture automatique qui me fait dire ce qu'il faudrait laisser cacher.

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belladone
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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar belladone » Mer Nov 23, 2016 14:57 pm

Parce que les poulettes ont un coeur, aussi.

Ca faisait des mois que j’étais malheureuse.

Un jour, plop, toute ma vie avait sauté en l’air, comme un bouchon de champagne, l’ivresse en moins. Mon mari m’avait asséné qu’il ne m’aimait plus, qu’il n’aimait pas nos enfants, ni notre maison, ni rien de notre vie familiale.

Et, comme si tout cela ne méritait pas autre chose qu’une série de phrases avec sujet/verbe/complément, il était parti à la fin de sa tirade, me laissant au milieu d’un tas épars de courses, légumes bio et jus détox, graines germées et ananas séché.

Je n’étais même pas certaine d’avoir bien entendu, pour être honnête. Je pensais à mon crumble tomates-fromage de chèvre et aux verrines de tiramisu fruits des bois à faire en 8 exemplaires pour le dîner quand il était sorti du salon et m’avait balancé tout ça, sans me regarder, bien entendu. Il y a des mots que l’on peut dire mais qu’on ne peut soutenir d’un regard. Les mots d’amour, la première fois, quand après des jours et des jours d’hésitation, c’est plus fort que soi, on ose affirmer son amour, tremblant certes du risque que l’on prend de se faire rejeter, mais n’en pouvant plus de souffrir de se taire. Et puis, donc, les mots de haine. « De désamour », corrigerait mon psy – qu’on n’a pas sonné mais qui habite dans ma tête et me saoule avec ses conseils à deux balles. Enfin, bon, des mots pas trop agréables, des mots qui font mal, qui tuent quelque chose, qui sont un séisme à l’intérieur, te découpent la part de toi, celle que tu avais réussi à préserver, celle qui te venait encore de ton enfance, la part naïve, la part confiante, la part vivante. La jolie part.

Hébétée, je m’étais adossée au lave-vaisselle et j’avais attendu qu’il revienne. Quand la nuit était tombée, j’avais admis que, vraisemblablement, il n’était pas allé chercher un pain. Très vite, alors, j’avais pensé à la pétasse russe, celle de 18 ans et autant de kilos, celle qu’on a toute en tête comme « celle par qui tout va arriver ».

Mais ce sont nos amis qui sont arrivés. Ils étaient 6, comme convenu. Benoit et Laurent, Marie et Paul, Bianca et Arturo. Ils ont un peu été surpris de trouver la belle Elsa au milieu de ses sacs de courses, décoiffée, le rimmel sur les joues, délirant autour d’un crumble, d’un pain, d’une pétasse russe. Après un long conciliabule, ils ont convenu que la possibilité que j’aie raté mon crumble et envoyé mon mari acheter un pain chez une boulangère russe ne tenait pas la route. Marie et Paul sont partis en courant (les scènes de ménage, c’est contagieux). Benoit et Laurent m’ont affirmé que j’étais la plus belle et que j’avais un côté Fanny Ardant (dans Gazon Maudit) qui les rendait jaloux (ça me faisait une super belle jambe), ils m’ont embrassée sur les deux joues, Laurent m’a attaché les cheveux en queue de cheval et Benoit a tenté de frotter mon rimmel. Bianca a fait signe à Arturo de sortir et ils sont partis tous les trois danser en boîte en oubliant mes malheurs à ma place. Bianca m’a prise dans les bras.

Elle est vieille, ma Bianca. Elle a au moins soixante-dix ans, selon la légende urbaine. Mais elle est solide et forte. Les bienveillants disent que c’est sa jeunesse au Brésil. Les malveillants parlent de ses jeunes amants. Moi, je sais que c’est le yoga et la méditation, mais chut. Elle me tuerait si j’écornais son image. Elle m’a portée jusqu’au salon. M’a couchée sur le canapé. M’a enveloppée d’une couverture. A ouvert une bouteille de Pomerol et me l’a tendue. J’ai bu au goulot. « La tristesse, ça assoiffe toujours », a-t-elle ri. « Que vas-tu faire maintenant » ? J’ai haussé les épaules. Je n’en savais rien. Deux heures auparavant, j’étais dans une vie stable. Je ne dirais pas heureuse, j’avais passé l’âge de ce genre de clichés. On s’accommode tous de la vie qu’on a construite, quand elle n’est pas insupportable. Et on le sait tous. Ceux qui jouent la comédie du grand amour permanent et de la famille parfaite sont tout de suite repérés et on leur jette des cailloux – mentalement – à chaque dîner. Moi, j’étais simplement dans une vie qui me convenait, mais n’est-ce pas un luxe ? J’avais confiance en mon mari, une confiance absolue, la certitude qu’il serait toujours là pour moi, à mes côtés, soutenant, bienveillant, solide. « M’ancrant ». Me permettant d’être dans le réel, et pas toujours en train de me perdre dans les méandres de mes pensées, ces fils déroutants qui me rendaient certes créative mais pouvaient me faire tout remettre en cause tout le temps. « Tu es mon roc ». Combien de fois ne lui avais-je pas répété cela. Le poids à ma patte pour éviter que je ne m’envole trop haut, à me perdre là où il n’y a plus d’oxygène. J’avais toujours eu la certitude que, quoi qu’il se passe dans ma vie, il serait là. Je pensais souvent qu’il me tiendrait la main alors que je mourrais tranquille dans mon lit. Il était fait pour ça. Pour cheminer avec moi jusqu’au bout. Depuis qu’il était entré dans ma vie, il n’y avait plus eu que lui, je n’avais même plus conscience que d’autres hommes existaient, il y avait lui, le seul fait pour moi, et puis une masse de gens dont certains avaient un sexe féminin et d’autres un sexe masculin.
Et puis, pouf, patatras.

Bianca savait tout ça. Elle me connaissait depuis mes dix-sept ans, quand je sortais avec G. et que je n’étais qu’une sale gosse jouant de la fermeté de ses seins et de son petit cul rebondi. Elle m’avait dit le nombre de filles comme moi qu’elle avait vu passé, elle m’avait mise en garde, la beauté ça lasse, qu’allais-je proposer d’autre à ce monde qui passait sa vie à vouloir se distraire ? Elle me faisait chier. Je paradais parce que je ne savais faire que ça pour me faire aimer. Si je mon montrais telle que j’étais, les gens me trouvaient bizarre. Je lui avais parlé de ce doctorat que je ferai un jour, mêlant archéologie et philosophie, philologie et anthropologie (« Le premier homme était une femme, la preuve par l’art, la langue et la cosmologie »), et elle avait ri de toute sa gorge. « Chérie, j’ai dit distraire. Pas impressionner. Cela fait terriblement peur. Et cela ennuie davantage encore que la beauté qui passe. Ne soyez pas d’aussi mauvais goût. Si vous êtes aussi intelligente, cachez-le immédiatement. Il faut tout faire avec parcimonie, voyez-vous ? Comme montrer la pointe de vos seins, mais pas le galbe de vos fesses ». J’aurais dû la tuer mais j’imagine que mes parents avaient dû m’apprendre qu’on ne tue pas les vieilles femmes.
On était devenues amies, après ça, car Bianca savait se faire aimer, c’était même cela, son art à elle de la distraction – elle avait juste choisi de se taper des mecs à peine majeurs. On n’était pas d’accord sur la majorité des choses. Je pouvais faire semblant d’être conne, je n’avais pas envie de faire semblant d’être moche. D’années en années, j’étais devenue « La Belle Elsa © » mais j’avais oublié mon doctorat (enfin non, j’y travaillais la nuit, cachée dans le salon pas éclairé, et même si ça ne serait jamais rien de plus qu’un article de douze pages, j’étais super fière de ne pas avoir abandonné ça, c’était le bout de fil qui me reliait à celle que j’aurais dû être si mon père n’était pas mort/ma mère n’était pas folle / mon beau-frère ne m’avait pas violée – aucune mention inutile). J’avais aussi arrêté de sortir avec les mecs qui avaient l’âge d’être mon père après m’être rendue compte qu’ils ne m’aimeraient jamais vraiment/totalement/complètement (4 ans de thérapie, tout de même, et trois avortements, dont un spontané, suite à des coups de pieds du futur père pas vraiment prêt, vraisemblablement).
Je m’étais trouvé de quoi faire une carrière au milieu de tout ça : j’étais organisatrice d’événements. Event Planner, comme on disait pour faire plus genre « c’est un métier compliqué, tu vois, il faut speaker inglish ». Le truc le plus nul de l’univers, mais je distrayais la bonne société, et la bonne société n’est pas avare quand elle prend du plaisir. « Tu pourras prendre ta pension à 45 ans » s’amusait Bianca. Hélas non, car les sous que je ne mangeais pas (et j’étais tellement gourmande que je devais aller me faire vomir si je voulais continuer à faire rêver via mes fesses), je les claquais en chaussures (pour compenser mon petit mètre soixante) et fringues (pour asseoir ma marque « La Belle Elsa Sait Toujours Parfaitement Ce Qui Lui Va © »).
Je me détestais.

Bref. Bref. Bref. Je m’y perds.
Mon mari, cet homme extra-ordinaire, donc.
Il n’y avait pas de pétasse russe. Il n’y avait aucun type de nana ; pas même un mec dans le placard. Rien de mystique non plus (il n’avait pas rencontré Jésus ou un de ses potes au coin de la rue). C’était beaucoup plus simple : il était parti pour rien. C’était simplement qu’il ne pouvait plus nous encadrer.

Il parait que ça arrive. Qu’il n’y a rien à faire, rien à en dire. C’est comme ça.
Merci d’avoir joué le jeu, la pièce est finie maintenant. Rendez les costumes, arrêtez d’ânonner votre texte, ne restez pas là, on démonte les décors. J’étais quand même un peu étonnée car personne ne m’avait jamais prévenue de cette possibilité, mais personne ne semblait vouloir parler de cela. Seule Bianca avait signalé que c’était arrivé aussi à Pascale D. mais que cela s’expliquait parce qu’elle était folle à lier (Lexomil depuis 10 ans). Tout le monde préférait se projeter, me dire que ça allait passer, que je trouverais un amoureux, un vrai, et que dans six mois, je rirais de tout ça. Même Bianca, pour le coup, rejoignait la vox populi, ce qui aurait dû grandement m’inquiéter mais j’étais trop anesthésiée que pour remarquer quoi que ce soit. Je me souviens que je pouvais passer des heures à l’attendre, sans même avoir conscience que je l’attendais. Je me réveillais hébétée, ma main le cherchait dans le lit, je m’étonnais toujours de ne pas le trouver et à l’instant où je me souvenais, j’avais l’impression d’étouffer. J’avais fini par développer une forme d’asthme allergique – c’est rigolo quand on y pense, devenir sensible à la solitude comme d’autres le sont au pollen… J’étais en mode robot, j’allais conduire les enfants à l’école, en jogging, j’étais toujours en retard… Et puis je rentrais et je prenais une douche chaude, et puis une froide, mais rien ne fonctionnait : j’étais toujours dans une sorte de brouillard, une hébétude complète. Je m’habillais au hasard, heureusement que j’avais toujours eu l’instinct de me constituer une garde-robe parfaite pour le travail, je n’avais qu’à prendre une robe au hasard, penser à mettre des collants opaques parce que dans le brouillard, je ne m’épilais plus, et c’était déjà tout. Je partais comme ça, je me coiffais avec les doigts, je ne me maquillais plus et à ceux qui s’en étonnait, je répondais « Comment Baby, tu n’es pas au courant ? C’est la dernière tendance ! Fuck au cancer de la peau à cause des produits cosméto. On me prend telle quelle et on a le plaisir de me garder jusqu’au moins cent ans » ! Et tout le monde pensait que le belle Elsa © allait bien, décidément, elle était inattaquable, une résilience extraordinaire, elle passait à travers la vie comme une petite fée, ah vraiment, quel bonheur, quelle chance.

Et personne évidemment ne venait chez moi à la nuit tombée, quand après avoir fait le repas (pâtes au fromage ou pâtes au ketchup), donné le bain (trempage dans une baignoire noyée de sels de bains), et raconté une histoire (celle du monsieur qui venait dire bonsoir : « Bonsoir », et c’est terminé), je pouvais enfin me laisser aller à mon chagrin. Pleurer tout mon saoûl, en ayant le nez qui coule et la voix qui se meurt, crier un peu, pas trop pour ne pas réveiller les gosses, et finir par boire un verre de Pomerol, et puis deux, et puis la bouteille. Repleurer parce que je devenais une sale alcoolique, penser à mon père qui avait fini étouffé par son vomi dans un fossé, boire à sa santé, ô ironie, le remercier pour les gènes qui m’empêchaient d’être bourrée facilement, le maudire pour la même raison, chercher un fond de whisky, me mettre à danser devant les fenêtres en regardant la ville et en cherchant à deviner les appartements où l’on vit heureux, finir par courir aux toilettes vomir, me traîner comme une loque jusqu’à mon lit, ne pas savoir dormir, aller dans la Chambre de Prince et Princesse écouter leur souffle, me calmer, retourner dans mon lit et dormir enfin. Quatre heures.

Bref, les mois avaient passé, ils avaient fait toute une année, et c’est Marc de la Renaudière qui m’a sauvée. Il m’avait confié tout son portefeuille d’inaugurations, sur recommandation expresse de Bianca qui se désespérait de me sauver – je ne l’ai su que bien longtemps après -. Marc de la Renaudière, cela faisait au moins 12 événements par an, avec la récurrence du métronome, chaque mois, pouf, du taff, du bon, tout le gratin à convier, à séduire, manipuler tout le monde pour faire croire à chacun qu’il fait la différence, alors qu’en fait, personne ne compte, tout cela n’est qu’un jeu et le pire, c’est qu’il n’y a rien à gagner, à part de la fatuité.
Etre la reine du cocktail, chez moi, c’était un don. Je pouvais faire cela en pilote automatique, j’étais quand même la meilleure. Marc m’a donné ce qui me manquait : la régularité, le fait qu’il y avait toujours une réponse à la question « what’s next ». Ca m’a apaisée, ça m’a ancrée. La vie ne se résumait plus à chercher l’homme qui avait quitté mon lit, elle était tout à un coup un agenda surbooké, milles et une choses auxquelles penser, comment réinventer les zakouskis, par quoi remplacer le champagne, qui était dépassé mais pourtant irremplaçable, où trouver des animaux exotiques empaillés, quel était le DJ qui allait devenir à la mode, est-ce qu’on pouvait organiser des feux d’artifices à Bruxelles en plein lock-down ?. Toutes ses inepties m’occupaient pleinement et il m’est arrivé plusieurs fois de me coucher sobre, et de me réveiller sans mourir.
A la troisième inauguration, j’ai découvert que Marc avait un associé. Enfin, il parait que l’on me l’avait présenté lors de la négociation du deal. Je ne savais pas, je n’avais rien remarqué – mais bon, à l’époque, pour signer le contrat, j’avais juste indiqué mes initiales, ce qui donne une idée de mon état de lucidité.

Je me souviens que ce soir-là, j’étais vraiment très triste. J’aurais dû fêter mes dix ans de mariage et, à la place, je me retrouvais seule, désespérée, hantée par toutes ces questions sans issue (qu’est-ce que j’ai fait ? qu’est-ce que je n’ai pas fait ? qu’est-ce que je peux faire ?). Elie s’était rapproché de moi sans que j’en aie conscience. « Ce n’est pas vraiment grave », m’avait-il dit. J’avais levé le regard vers lui et il me souriait, un sourire tout doux, encourageant. Il pensait que j’étais triste parce que la fête n’était pas géniale (l’artiste à la mode n’était pas venu et rien ne s’était décalé comme il faut pour apporter le sel qui ferait de cette soirée un event inoubliable). J’avais balbutié que si, si c’était grave, j’étais triste parce que c’était mon anniversaire de mariage, enfin, de mariage, on se comprend… Je n’avais jamais fait partie des femmes qu’on épouse… Mon arrière-grand-mère devait être une danseuse, de celles que les hommes adorent fréquenter, parce qu’elles sont à la fois la mère et la putain. Mais à qui on ne confie jamais la responsabilité d’une maison. Bref, donc, j’étais triste parce que cela aurait dû faire dix ans que Homme et moi, on s’était promis l’amour d’année en année pour toute la vie, et qu’au lieu de ça, il s’était barré pour jouer aux jeux vidéo dans un studio tout pourri que même un ado prêt à tout pour partir vivre en kot aurait refusé.

J’étais devenue rouge de honte. Qu’est-ce qui me prenait de délirer ainsi devant un quasi inconnu, genre un peu mon boss aussi ? J’envisageais le suicide au Pomerol quand j’ai remarqué qu’Elie me souriait. C’était doux. Ca m’a plu. Il m’encourageait des yeux. Je ne savais pas si je devais continuer à lui expliquer « comment ma vie m’a explosé au visage », ou me fondre en excuses. Il a dit « je vous assure, rien de tout cela n’est grave, nous savons bien que tout cela n’est qu’une comédie obligée ». Je me suis détendue. Je ne devais pas avoir parlé à voix haute, ou alors le son ahurissant du DJ à la mode avait couvert mes paroles, ou alors Elie avait un quotient émotionnel de deux, ou peut-être avait-il atteint un tel niveau de sagesse que, réellement, il pensait que rien de tout ce qui faisait ma vie n’était vraiment grave. A bout d’explications et ne sachant quelle attitude prendre, j’avais ri. Elie avait eu ce regard dur qu’ont les hommes quand ils se mettent à désirer une femme. Et je m’étais étonnée à penser tout à coup « Pourquoi pas » ? J’avais souri, de ce sourire que je savais parfait, accrochant des soleils aux coins de mes yeux, révélant des fossettes dans le creux de mes joues. C’était donc vrai, il était possible de sortir du brouillard. J’allais relever mes cheveux en un geste savant quand Bianca m’a soufflé qu’il avait une femme.
Et pouf, j’étais retombée dans la mélasse.

Bien plus tard dans la nuit, quand il ne restait plus rien de la fête à part des bennes de détritus, j’ai fait des recherches sur mon smartphone. Google, en tant que meilleur ami, a bien entendu directement trouvé une photo d’elle et dès que je l’ai vue, j’ai su.
Elle s’appelait Rose et ce prénom de fée lui allait à ravir. Elle était superbe, solaire. Elle semblait d’une douceur incroyable. Elle teignait ses cheveux blonds en noir et elle avait raison : autrement, elle aurait pu paraître fade. Elle montrait une droiture extraordinaire, comme si elle était inébranlable. Elle avait trois enfants, des petits anges blonds à croquer, auxquels probablement elle se raccrochait en toute circonstance pour être si droite – et elle avait bien raison de compter ainsi sur eux, sur les seuls hommes qui jamais ne la trahiraient. Elle fêtait les Noëls et aimait les fêtes costumées. Elle ne riait jamais à gorge déployée mais elle souriait tout le temps. Elle avait un chien qui ne ressemble à rien mais qu’elle faisait poser fièrement sur tous leurs lieux de vacances, un peu comme s’il était le Nain d’Amélie Poulain. Elle enchantait les vies. Elle l’aimait. Cela se voyait à sa manière de le prendre en photo. Il était plus que beau sur les photos. Et il riait. Un homme heureux.

J’ai beaucoup pleuré, cette nuit-là.
Rose avait de la chance. Elle avait épousé Monsieur Homme Idéal. Et il resterait à ses côtés parce qu’elle était Madame Parfaite En Toute Circonstance. Elle ne devait jamais se lever morose. Elle ne devait jamais avoir de cernes. Elle ne devait pas avoir de poils qui poussent sournoisement la nuit. Elle devait être sortie d’un livre d’images et y retourner chaque soir se refaire une beauté.
Jamais je ne pourrais lutter avec Rose ou une fille de sa race. C’était évident. Il y avait les filles comme elle, et les filles comme moi.
A moi les tarés, les célibataires pour une bonne raison, les huit fois divorcés, les alcolos, les drogués, les pédés refoulés, les veufs inconsolables, les égoïstes, les manipulateurs, les dépressifs, les fils à leur maman, les pervers, les baiseurs infidèles, bref, la crème de la crème. A Rose et ses copines, les adorables à adorer.

Ce soir-là, j’ai voulu mourir. J’ai vraiment essayé, avec la bonne intention de réussir. Mais on n’arrive pas à se suicider au Pomerol et j’étais trop bourrée pour comprendre les tutos sur comment faire un nœud coulant.

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Margotland
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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Margotland » Dim Nov 27, 2016 10:34 am

une couverture trouée
par petit bout rapiécée
sous cette toile âgée
une femme les mains jointes
un bol avec quelques piécette
pris dans mon élan pour rajouter la mienne
j'approchais fit sonner mon don
elle ouvrit les yeux, je fus saisi
de sa peau noiraude, ses lèvres serrées
ses yeux n'étais que plus lumineux
un frisson chaud, ma poitrine douloureuse
puis elle referma les yeux toutes douleurs cessa
je reçu le don d'amour...
j'attendais vas t-elle soulever ses paupières encore
c'était tellement délicieux....
en vains ces mains jointes et ses yeux demeurais clos.
Je m'en suis allé... d'un pas lent, d'un cœur en feu.


A la sortis du métro un groupe de bohémiens
Une jeune femme danse et sourie
ces sourires si large qu'on y voit la lune
qui illumine le visage tel un soleil
ses yeux ont croisé les miens
je ne saurais dire de moquerie ou de partage
hypnotiser par ces de dents bien dessinées
j'entendais son chant de hahahah
mélodieux et revigorant, ma gorge déglutit
ce fut avec peine que j'avançais
le visage chaud, les mains moites
je leur donnais une pièce dans leur bol
les mains jointes dans ma direction elle demandait encore
impossible de refuser à un rayon de soleil
l 'argent dans sa paume
elle éclata de rire et se remis à danser
je les quittais, sonné comme une cloche
avec des grand éclat de rire qui résonnais en mon corps.





[color=#0000BF]Me promenant dans cette capitale
parfois vielle, et souvent neuve
L' épais manteau de nuit couvrait ma vue
Mais coucher sur une plaque d'aération
un clochard dormais recroquevillé
un bol à coté de lui
j'allais vers lui fort de mon humanité
et décidais d'appeler les services compétant
alors il me supplia de ne rien faire
mais non par ce froid vous risquer la maladie
il me dis alors sans aucune émotion
que s'il ne travaillais pas mendiant
s'il se cachait dans un hôtel
qui remplirait son bol?
voilà un arrêt à cette innocence
voilà un réveil à l'ordre
je lui mis la pièce dans son bol...
[/color]


Contre des pièces j'ai reçu
Amour, joie, rigueur...
cela tournait dans ma tête,
le paysage se troublait
j'étais mendiant de ces sentiments
un mendiant d'amour
munis de vieux vêtement
a mon tour dans un coin de rue
un gros bol à mes cotés
ce réceptacle si creux, si large
demandais une dure labeur
les mois de l’autonme passés
il ne se remplissait toujours pas
un jour le froid si ardu me fis délirer de fièvre
je m'endormis près de mon bol en priant pour que une fois remplis
je soi plein à mon tour...


Réveillé, une étrange lueur émanait de mon bol
il était plein, emplis de lumières
pourtant vide de pièces
j'ouvrais un peu plus les yeux
tendais un peu plus les oreilles
j'étais dans un lieu inconnu
alors j'éclatais de rire
plein d'amour et de joie
libre j'étais libre.....


posting.php?mode=reply&f=25&t=10092#
Fichiers joints
220px-The_Antioch_Chalice,_first_half_of_6th_century,_Metropolitan_Museum_of_Art.jpg
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Dgeymi
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Morceaux interprétés par moi

Messagepar Dgeymi » Lun Nov 28, 2016 19:20 pm

[Merci de l'avoir mis dans la bonne case, je pensais que c'était pas à ranger dans la magie]

Décidément, je suis inspirée ces jours-ci.
Je fais du piano depuis l'âge de 6 ans. J'ai arrêté suite à ma petite dépression.
Un jour, je reprendrai car la sensation de jouer est trop unique pour l'abandonner définitivement.
J'ai aussi fait du violoncelle pendant 1 an mais la prof venait du Conservatoire (fallait rentrer dans le moule).
Et puis à cette époque (je crois en 2014), je faisais du piano, du violoncelle et du chant chaque semaine. C'était épuisant.
À la maison, je joue sur un clavinova CVP-208 (un vieux).
Je vous avoue avoir un peu galéré pour décider sur comment le poster.

https://soundcloud.com/user-362375140

Voilà 3 morceaux que j'ai joués il y a quelques années pour les concerts de fin d'année. Vous remarquez que ce n'est pas du piano classique et qu'il y a un accompagnement non acoustique.
Je recommande de commencer par le track 14, Les 7 mercenaires d'Elmer Bernstein puis choisissez entre le track 26, Le Cygne de Camille Saint-Saëns et le track 10, Monday de Ludovico Einaudi.

Le track 14 est très solaire, épique et cool. Il dynamise bien et fait penser à une course à cheval.
Le soleil n'est pas trop ma tasse de thé mais j'aime sa franchise.

Le track 26 est si délicat. Le cygne naît, fait sa vie et j'ai l'impression de mourir d'extase tellement c'est poignant. Le oboe est un de mes instruments favoris avec la clarinette et la flute de Pan. C'est LE morceau relaxant, très aérien et tout doux (avec une pointe d'aigreur). Il me fait penser au plumage de l'oiseau en question.

Le track 10 est le morceau qui permet le plus d'exprimer les profondeurs de l'âme à mon avis. Le passage à 3 temps à la main droite et 4 temps à la main gauche a été le plus dur à maitriser. Une fois qu'on a compris, tout baigne. Il mélange douleur et plaisir, un peu d'amertume automnal et des petits passages plus romantique-sombre. Bon c'est vrai, j'ai fait des fautes vers la fin et parfois c'est un peu lent mais ne m'en veuillez pas, c'est le tourment des émotions. C'est mon morceau préféré car comme je l'ai dis, il permet une palette d'émotions que j'apprécie (la mélancolie, l'amour).

Je suis fière comme un coq de pouvoir vous présenter un échantillon de ce que je jouais.
C'était merveilleux et je crois que j'ai un réel talent pour la musique.
Je vous ferai écouter une chanson en fin d'année 2017 si vous voulez.
On travaille bien en ce moment. Je chante Young and Beautiful de Lana Del Rey.
Je préférais quand elle était Lizzy Grant mais c'est pas mal ce qu'elle fait (même si c'est pas trop adapté à sa tonalité naturelle).

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Jagannath
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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Jagannath » Lun Nov 28, 2016 20:09 pm

Trouvant dommage de laisser ces morceaux aux divagations je me suis permis de déplacer ton message dans les créations.
L'interprétation est effectivement très bonne avec un toucher très contrôlé (énergies en suspension, contrôle de l'émotion de l'auditeur, toutes choses qui sont de l'ordre de l'empathie) c'est visible surtout sur les 26 et 10 (le 14 étant moins propice à cette précision émotionnelle / subtilité du toucher) et sachant que le 10 a des difficultés techniques qui par moment mettent un peu à mal ton contrôle de l'énergie malgré la beauté du morceau (pas qu'à la fin, le suspens de l'émotion est perdu lors des accélérations où les doigts ne doivent plus suivre pour avoir cette pesée parfaite en tempo et en force en même temps qui est là sinon tout le long de l'interprétation. Le 10 est donc perfectible.
Je signale que tu peux poster les morceaux directement sur le forum s'ils respectent certains formats.
Dgeymi 10 - Monday - Ludovico Einaudi.mp3
(5.95 Mio) Téléchargé 64 fois

Dgeymi 14 - Les 7 mercenaires - Elmer Bernstein.mp3
(1.71 Mio) Téléchargé 62 fois

Dgeymi 26 - Le Cygne - Camille Saint-Saëns.mp3
(2.63 Mio) Téléchargé 62 fois

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Dgeymi » Lun Nov 28, 2016 20:14 pm

Je ne suis pas une professionnelle donc du moment que ça t'a plu, ça me va :)
Je suis curieuse de ce que tu vas penser du chant (ça fait quelques années que je m'y suis mis : alto mais pas trop grave).
Modifié en dernier par Dgeymi le Lun Nov 28, 2016 20:15 pm, modifié 1 fois.

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Jagannath » Lun Nov 28, 2016 20:15 pm

Je les ai mis en clic direct (le MP3 peut être uploadé tout simplement en fichier joint).
Oui beaucoup plu, n'hésite pas à poster.

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar belladone » Lun Nov 28, 2016 20:26 pm

C'est superbe, Dgeymi! J'aime en particulier la 10.
Bravo pour ton talent bien utilisé :-)
Quel cadeau, on a envie de faire replay à l'infini !
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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Dgeymi » Lun Nov 28, 2016 20:45 pm

Merci pour ces retours positifs, ça me fait chaud au cœur !
En plus, ça prouve que je ne suis pas du tout autiste.
Mon prof joue bien mieux que moi. En même temps, la musique c'est toute sa vie.
Je l'admire beaucoup.
Être professeur de piano, c'est bien plus émouvant qu'être professeur de français (la philo, c'est quand même bien).
Enfin, c'est juste que je trouve bien plus beau la musique en général que la littérature. C'est ineffable, au-delà des mots...

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Abi » Mer Nov 30, 2016 18:22 pm

Bonjour Dgeymi,

Le 10, te raconte, il dit des fragilités, mais aussi des forces. Il va toucher notre part humaine.

Le 14 me semble un bon genre de morceau pour toi, il va rééquilibrer la Lune.

Le 26, c'est plutôt l'aspiration spirituelle.

Merci de ce sympathique partage, j'espère que tu reprendras :)

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Totem » Mer Nov 30, 2016 19:31 pm

Eh bien Dgeymi pour une soi disant autiste, bipolaire, schizophrène, tu en as des activités créatives (musique, langues vivantes et peut être encore d'autres talents cachés qui sait....). J'ai beaucoup aimé le morceau 10, je n'y connais rien en piano (quand j'étais gosse je rêvais de savoir en jouer) mais de l'intérieur j'ai vraiment apprécié le morceau en occultant les petites imperfections. Merci pour ce partage musical.;-)

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Dgeymi » Mer Nov 30, 2016 20:40 pm

J'ai aussi comme talent l'art de bien lire et écrire. C'est pour ça que les mots me sont si précieux, que je transmets une bonne expression quand j'écris et que je suis si critique quand je lis de la littérature. Pour moi, les mots sont littéralement vivants. Je regrette que mes collègues littéraires n'aient qu'une pauvre expression quand ils lisent (ou plutôt récitent) un texte. On dirait qu'ils ne le comprennent pas. Enfin, c'est le cas de 99% des élèves. Mais pas besoin d'être comédien pour faire sentir du sens à quelqu'un.

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Totem » Mer Nov 30, 2016 21:17 pm

Oui effectivement j'ai oublié l'écriture, la littérature et je suppose donc que tu aimes lire aussi ce qui est indispensable chez un littéraire....;-)

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar belladone » Dim Déc 11, 2016 1:17 am

Célia et le sexe des hommes


L’été n’en finit pas de s’étirer. Septembre s'achève et il fait toujours aussi chaud. Plus personne ne juge l'annonce d'une journée ensoleillée comme une bonne nouvelle et il n'y a que la présentatrice de la chaîne privée pour afficher un sourire à se décrocher les mâchoires en annonçant des températures ca-ni-cu-laires-tout-à-fait-hors-des-normales-saisonnières. Dans la rue, les gens se prennent à rêver de ciel gris, de froid et de brumes matinales, ils veulent humer l'odeur de la ville après la pluie, ce mélange un peu écoeurant de diesel et de poussière, de pourri et de tarmac. Les Belges n'ont plus qu'une envie : retrouver ce qui est une part d'eux-mêmes.

Traverser la ville aujourd'hui, c'est découvrir comment la canicule transforme les gens et les lieux. Matongé, Porte de Namur, ressemble plus que jamais à Matongé, Kinshasa. Et depuis que les mamas en boubous colorés, portant enfants dans le dos, dépassent en riant et à vive allure le commun des Belges, plus personne ne trouve que les Noirs sont lents. De toute façon, les Blancs ont bien trop à faire avec leurs coups de soleil pour réfléchir à quoi que ce soit d'autre que : « Où trouver un coin d'ombre ? », « Comment marcher sans suer » ou encore « Pourquoi n'y a-t-il pas un marchand de glace à ce coin de rue ? Pourquoi faut-il encore traverser un carrefour pour enfin mériter son cornet ? »

A deux pas, Avenue Louise, en hésitant entre polo rose pâle et chemise blanche en lin, les jeunes cadres dynamiques des Communautés européennes expliquent aux jolies vendeuses de fringues de luxe qu’après quatre mois avec 30 degrés à l'ombre, ils savent que l’Afrique ou l’Amérique latine ne tourneront jamais qu’au ralenti. « Plus besoin de plans de relance économique, ce qu'il faut aux pays du Sud, ce sont des climatiseurs géants » avancent-ils, prétentieux. Les vendeuses s'en fichent : pendant que les eurocrates parlotent, elles n'ont pas le temps comparer leur bronzage, pour une fois sans UV et sans semaine ruineuse sur la Costa Brava.

Saint-Josse a des allures de Marakkech. Les vieux jouent avec leur chapelet d’ambre ou aux dames, en buvant du thé à la menthe à la terrasse du Palais des délices, les enfants jouent au foot dans les rues au tarmac qui fond, les mères voilées se mêlent aux jeunes filles en robe légère, qu’elles regardent parfois avec un peu d’envie, souvent avec désapprobation. Les vieux Italiens, Marocains, Tunisiens, Espagnols, Grecs et Turcs, ont pris possession des bancs publics comparent leur climat dans un français approximatif, mais imagé. Toujours, ils concluent que chez eux au moins, il y a du vent. De l'air. Qu'on n’étouffe pas ainsi.

Les nerfs sont à vifs. Cet été dure depuis trop longtemps ! Parfois, l’orage est dans l’air, les gens espèrent mais la pluie salvatrice ne vient pas, à croire qu'elle ne viendra plus jamais. Même le 21 juillet, il a fait beau, pas de drache nationale pour mouiller nos militaires en costume de parade. Certains avouent avoir rêvé être dans la pub pour Tahiti : ils étaient là, désoeuvrés, à guetter le ciel, et explosaient de joie quand enfin venait la pluie. Et leur femme, leurs enfants, leurs voisins étaient heureux aussi.

C’est que, la nuit, on dort mal, voire on ne dort pas. On retarde l’heure du coucher au maximum pour se donner l'illusion de profiter de la fraîcheur qui tombe avec le soir. On prend des douches: avant le souper, et puis après, à nouveau. On n'hésite à en prendre une troisième. Mais comment font-ils, en Afrique, sans eau courante ? Oui, comment font-ils pour marcher des kilomètres avec des jerricanes pleins sur la tête?

Il fait lourd dans les appartements, quoi que l'on trouve comme truc anti-chaleur. Certains ouvrent grand leurs fenêtres, d’autres vivent les volets clos, tous se plaignent de ne plus savoir comment faire pour avoir l’illusion de se rafraîchir. Ceux qui ont la chance d’avoir un jardin, une cour, un balcon un peu large, se découvrent des tas d’amis et mangent des barbecues tous les jours depuis quatre mois. Les terrasses ne désemplissent pas.

***

Célia a la peau dorée, c'est probablement la première fois de sa vie qu'elle se découvre une peau aussi cuivrée. Ses cheveux ont blondi avec le soleil et virent au roux. Elle est encore plus belle que d’ordinaire. Ses jupes sont courtes, en voile tout léger, et ses tops minuscules, roses, vert d’eau, turquoises, dévoilent ses épaules, son dos et plongent parfois un peu trop loin sur sa poitrine. Ses ongles sont vernis, couleur coquillage ou en rouge cerise, ça dépend de son humeur. Avec cette chaleur à n'en plus finir, Célia se fait souvent un chignon de danseuse. Elle ressemble aux muses de Degas. Et elle danse, d’ailleurs, car ses sandales à talon hauts changent sa démarche, lui permettent de flotter bien plus que les godillots qu’elle porte d’ordinaire.

Ce soleil, pour Célia, c’est une bénédiction. Les hommes sont affalés aux terrasses, écrasés par la moiteur. Paradoxalement, ils sont plus légers, comme si leur sueur permanente les renvoyait à quelque chose d'animal, plein de simplicité. Pour tout ceux qui viennent s’asseoir là, à cette heure-là, les choses sont claires : quitte à ne pas dormir cette nuit, autant ne pas être seul. Ce sont surtout les hommes mariés qui y pensent. Leur marmaille s’étale sur le sable de la Côte, sous l'œil tendre de leur mère, et eux profitent du coucher du soleil en Ville, c’est à dire qu’ils regardent les filles en jupe courte, boivent des mojitos et imaginent qu’ils sont à CopaCabana, dans ce pays admirable où derrière chaque jupe se cache un string.

Ils ont enlevé leur alliance depuis si longtemps que la marque de l’anneau n’existe plus sur leur annulaire. Le risque de devoir rendre des comptes à leur moitié quand elle reviendra de l'appartement avec kitchenette et lit dans l'armoire, payable sur vingt-cinq ans, est minime. Après tout, elles font peut-être fait la même chose ? A cette pensée, les mâles ont toujours envie de savoir ce que fait leur femme. Non pas par jalousie, mais pour être certains d’en faire au moins autant qu’elles.

Célia s’amuse: les petits rituels des hommes sont pathétiques, leurs méthodes de drague qu’ils pensent raffinées alors qu’elles datent de Néanderthal, leurs regards soit disant discrets qui pèsent plus que l’air de plomb, … Mais Célia feint de n’avoir absolument pas compris leur jeu. Elle fait la petite fille, celle qui ouvre des yeux immenses et ne trouve plus ses mots devant le séducteur qui l'a choisie dans la foule. Elle leur laisser croire ce qu’ils veulent. Après, dans leur Audi TT décapotable, leur BMW Z4 ou le taxi vert, il sera toujours temps dire la vérité. Une fois qu'un homme a enclenché le mode sexuel dans son cerveau reptilien, plus rien ne peut l’arrêter.

Célia a beaucoup hésité : où aller? Place Jourdan, à l'Esprit de Sel, où les tables pliables en teck, aux jolies nappes blanches comme sorties d'un tableau de Monet, ont été sorties? Place Blijckaert à l'Amour fou, où les cocktails promettent "Idylle enflammée" ou "Nuit de caresses" -tout un programme! A la bourse, où le half est réputé ? Elle était partie pour le Cirius et son odeur surannée, même à l’exterieur, là où les serveurs vous servent un mélange odieux de vin blanc et de mousseux comme le meilleur des cocktails, sur des plateaux d’inox qu’ils tiennent comme s’ils étaient en argent. Mais finalement, Célia s’est ravisée et a choisi de continuer jusqu'aux Halles Saint-Géry. Les terrasses sont plus ombragées, donc remplies à craquer. C'est donc beaucoup mieux pour son petit jeu.

Elle commande une caïpirina, car la serveuse y met une paille noire et que cette paille entre ses lèvres, ça plait. Et quand elle mord dans les quartiers de citron, ça plait aussi. A croire que ce cocktail a été inventé pour cela.

« Pas de glace pillée », précise-t-elle à la serveuse, qui manque d’en laisser tomber son plateau. C’est que Célia veut sentir la légère brûlure de l'alcool sur ses lèvres, ce feu sur les joues qui semble s'étendre progressivement aux tempes avant le cerveau tout entier. L'alcool la chauffe avant de l'abattre complètement, de la faire décoller au-delà des questions, au-delà d’elle-même.

Sa jupe se soulève parfois, grâce à un tout mince filet de vent. Elle laisse faire. Avec ses sandales noires dont elle a noué les lacets des chevilles jusqu’au mollet, elle a des jambes à en baver.

C'est d'ailleurs ce que fait la grande partie de la communauté mâle attablée aux terrasses. Certains osent un sourire, qu'elle leur rend. Et puis, il y a ce quadragénaire aux tempes grisonnantes, l’œil éteint, l’air pas très sûr de lui. Il ne décroche pas son regard de son visage. Elle le sent ; mais elle continue de faire mine de l’ignorer, le rendant ainsi doucement fou.

C’est toujours la même scène : l'homme s'enhardit et, pensant ne pas avoir encore été vu, vient lui demander s’il peut partager sa table : « Voyez-vous, mademoiselle, il me semble que c’est complet et comme vous êtes seule à une table de deux…». Elle dit oui, en rougissant, elle se laisse payer une caïpirina, en l'écoutant parler de son travail, « à deux pas dans le quartier ». Il prétend être brillant, les mâles le sont toujours lorsqu’ils parlent à Célia. Il l’invite à souper, il dit «dîner », parce qu’on dit « dîner aux chandelles ». Elle dit oui, pourquoi pas. Certains osent alors déjà lui faire comprendre qu'ils aimeraient bien qu'elle s'offre en dessert. Célia se montre étonnée, rougit, mais pas plus que de raison. Elle joue les idiotes, elle sait très bien le faire.

Lorsqu'ils arrivent à la voiture de l'homme en chasse, elle y monte candidement. L'homme est content : il est le maître du jeu, il n'a pas perdu sa soirée, ni son argent. Elle attend qu'il glisse sa clé dans le contact et qu'il démarre. Alors, elle lui dit. Les hommes sont heureux, avant tout. Un éclair adolescent passe dans leur regard : « Alors, il y aura bien du sexe » ? Oui, Célia confirme et répète. Pour 250 euros la nuit, une peccadille, en regard de ce que leur coûte leur femme. Certains grimacent, aucun ne l’a jamais virée à un feu rouge.

Ces hommes misent tout sur Célia et ils ont raison : avec elle, c'est lascif, c'est doux comme un bonbon, et en même temps, ça vous donne chaud et ça vous brûle un bon paquet de neurones. Et puis surtout, ça ne prête pas à conséquence. Célia pense que si c'est si bien pour eux (comme pour elle d'ailleurs, mais ça, elle ne l'avouerait jamais, même sur le bûcher), c’est juste parce que c’est la première fois qu’ils lui font l’amour. La seule fois. Célia a tort : c’est si bien parce qu’elle donne tout d’elle-même, de sa beauté, de ses vingt ans. C’est si bien, parce qu’elle y met son âme blessée, et tout son avenir.

***

Au petit matin, à potron-minet, il fait frais, et Célia parcourt la ville le cœur léger, elle sautille, marche à cloche-pieds, et traverse les parcs en coupant exprès à travers les pelouses, ses sandales à la main. Elle pense très fort « Fuck you, Martin, fuck you » et elle rit, à gorge déployée, elle rit tellement qu'elle en a mal au ventre, comme quand elle était gosse. « Fuck pour le jour où tu m'as dit que je n'étais pas jolie, que tu n'aimais pas mon corps. Fuck, toi et la pétasse décolorée que tu m’as préférée ! ». Elle en a les larmes aux yeux, pas de ces sales larmes qui font mal, non, des larmes qui réchauffent et dont le sel rappelle celui de certains cocktails.

Cette nuit, ça a encore marché. Un homme l’a encore trouvée suffisamment jolie.

« L’affront finira bien par être lavé », se dit-elle. « Il faut juste que l’été dure encore un peu… »

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Dgeymi
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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Dgeymi » Lun Déc 26, 2016 17:57 pm

Des poèmes en prose (pas de titres) qui peuvent se lire de suite ou indépendamment parce que je n'ai jamais su faire autrement...
(et qu'écrire un roman, c'est colossal)

L'onde tournoie
Dans l'amante oblique.
Elle crie dans le manteau
De nacre et de bile,
Filant derrière son maître
L'arbrisseau matinal.

La jonquille se plisse,
Actrice
Sur la lisière-argent
Du journal
Au seigneur des espadons.

La couronne du lion,
Puissante et camphrée
Sur la mer grecque
Délivre une chandelle
Au tissu de verre.

Le fleuve noir
En l'été souverain
Brûle avec les serpes adamantines
Et les corps de bruyère.

Le pépin de pomme
Fourré dans le camélia-reine,
D'un léger souffle
Il se dépose
Sur la fée des tempêtes.

Si vous cherchez sur Internet, vous ne trouverez pas car tout est de moi, c'est self-made!

Petite remarque : je fais de la poésie parce que j'en ai ras le bol des lights novels chinois, japonais, etc. très immatures. À toujours vouloir devenir le plus fort, on se lasse rapidement (aucune sensation/émotion/beauté, indifférence pour le gars qui obtient un harem toujours féminin, lol pour toutes les fois où le personnage principal est beau comme un dieu mais rien d'exceptionnel mentalement : "His white hair was purer than newly fallen snow, and his beautiful blue eyes were like a mirror of the endless sky." mais lol quoi, le cliché ou encore le titre, mais ça a été supprimé sur royalroadl.com : Live Fast, Die Young & Leave a Beautiful Corpse, crétin des îles).

Je rajoute (cette bonne femme est horrible).
Pourquoi mon inspiration n'est pas tournée vers la grâce ?
Je ne suis pas très pure.
C'est mon univers.

De faim et de sang
Nous mangeâmes le poulet
Et les pommes au foin,
Une volupté qui écrasait
L'haleine musclée
De cet homme-purge
Ferré de vin grisonnant.
Sa concubine
Nubile comme la rosée du matin
Mangeait de ses quatre mains,
Ses dents de requin
Perçant pains et fromages
Avec une vigueur grossière.
J'étais saturé en énergie putride
Mais les griffes de la vieille
Retenait mon corps
Dans une masure africaine.
Elle reproduisait
Des clichés de grossesse
Comme si une harpie
Avait forcé le garçon naturel
Dans ma panse.

Alors que l'Aube accostait à bon port,
Le chat noir terrassa le crapaud-crapule
De sa queue rebondie
De plumes hellénistes.
La trompette se cassa
Au rythme du grand canal
Qui suintait d'affliction.
Son infortune fit lever
La trompette d'après-midi
Car les oiseaux de paradis
Chantent sur les toits salés
Et les cornes du soleil.

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar belladone » Lun Fév 13, 2017 20:45 pm

Un trésor...

J’ai découvert un trésor dans ton île, grand-père. Exactement comme tu me l’avais prédit.

Je suis partie tôt, vers cinq heures. La journée s’annonçait magnifique, je le devinais à la façon dont le soleil embrasait l’écume sans que le vent ne s’en mêle. Car même si je suis incapable de répéter exactement tes paroles, mélange de proverbes, de bon sens et de quarante années de pêche, je peux humer le temps qu’il fera. Comme si j’avais un sixième sens.

Tu as si souvent expliqué des histoires de soleil rouge et de vent d’est à la petite fille que j’étais et qui te suppliais de la prendre avec toi sur le bateau ! Te souviens-tu ? Je courais dans l’escalier, à peine réveillée mais déjà habillée d’un short et d’un T-shirt pour que tu ne puisses pas me renvoyer. Je te suppliais de m’emmener en te promettant d’être sage. Tu riais : « Mais il va faire tempête, aujourd’hui, Elisa ! Tu ne le sais donc pas ? » Et devant mon ignorance, tu m’expliquais le vent, son irritabilité qui faisait lever la mer, s’entrechoquer les nuages avant de les faire crever et se vider de toute l’eau volée à l’océan. Je te regardais, émerveillée. Il fallait que tu sois un peu magicien pour connaître autant les éléments.

Avant de monter dans ton petit bateau de pêcheur, aussi brinquebalant que tu l’es désormais, je n’en menais pas large. Oh, bien entendu, j’ai le pied marin, mais allais-je y arriver ? Depuis combien de temps n’avais-je pas pris la mer ? La dernière fois, je devais avoir quinze ou seize ans et nous nous étions disputés car je voulais rentrer tôt pour partir bronzer sur la plage. Tu m’avais appelée « la touriste » en riant. J’avais marmonné entre mes dents « vieux con » et tu l’avais entendu. Tu étais déçu de moi, je le savais. Oh, pas tellement pour ces quelques mots mais bien pour le glas qu’ils signifiaient : j’avais grandi, je ne prendrais pas la relève même si c’est ce que je t’avais seriné pendant des années.

Ton sang coulant obstinément dans mes veines, je ne me suis pas trompée. J’ai retrouvé les gestes d’autrefois et j’ai navigué entre bancs de sable et courants, comme si la carte de l’océan était imprimée au fond de moi. Il faut dire que nous avons tant de fois traversé l’eau ensemble ! Il devait bien m’en rester quelque chose.

J’ai accosté. L’île était grande comme un mouchoir de poche, on aurait dit une grosse dune égarée là. J’ai gravi la côte qui montait vers les deux menhirs, comme tu me l’avais conseillé. Je me suis retournée pour faire face à la mer. Je me suis couchée à plat ventre et, les yeux posés sur la ligne d’horizon, j’ai attendu en comptant les vagues.

Au bout d’un moment, je me suis relevée, parfaitement sereine. Tu avais raison : les rouleaux reviennent inlassablement. Ils semblent s’en aller mais ce ne sont que des faux départs. A peine les croit-on disparus, perdus à jamais, que déjà, on les retrouve, plus forts, plus vigoureux.

Oui, grand-père, ton île abrite bel et bien un trésor : l’espoir. Bien sûr, tu vas mourir puisque les médecins en ont l’air si certain. Un jour plus lointain, ce sera mon tour. Mais, dans un temps encore plus éloigné on se retrouvera. Tu reviendras et moi aussi. Et tout recommencera.

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Tylus
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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Tylus » Mer Fév 15, 2017 3:18 am

Tiens... Pendant que je faisais du rangement, j'ai retrouvé ça... J'ignore totalement de quand ça date!

Soleil sous un trait de crayon gris tel les nuages grondant sous la colère de la pluie. Ce rayon de bonheur qui fait jaillir grand et petit. Matinal et jovial, jamais il n'a perdu son esprit. Combattant et vif, parsemant la vie de son appétit... Le soleil, tel est ton nom, je veux que mon bonheur émane en toi... Tel un enfant joyeux lorsqu'il obtient un jouet ou un baiser maternel. Ses yeux reflètent le soleil, même lorsque celui-ci se couche. Son bonheur est là, pensant atteindre le nirvana et le ciel céleste. Mon cœur bat au rythme de ta pensée flamboyante. Je suis un humain, j'ai des peines, j'ai des doutes, j'ai des infamies... Pourtant de ces coups de crayons, je te donne le peu d'humanité qu'il me reste... Je perds mon énergie solaire à petit feu mais en ta présence, je reprends mes ailes, à nu, dévoilé sous ton charme sulfurique... Je m'exhibe.

Je trouve ça personnellement pas grandiose (comparé à d'autres choses que j'ai écris dans le temps) mais ça peut, peut être plaire.

Invité

Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Invité » Lun Mar 13, 2017 18:37 pm

Belle
Belle
- Tu es belle.
- Je sais. Tout le monde me le dit. Comme tout le monde me dit que j’ai un sourire magnifique, désarmant, un enchantement, une illumination. Tout le monde me dit aussi que je suis douce, que ma présence fait du bien. C’est flatteur, n’est-ce pas? Mais tu vois, tout le monde me parle de ce qu’il voit de moi, de ce que je lui offre. Je sais que ça fait petite fille gâtée, voire peste insatiable, mais moi, j’aimerais que l’on me demande quelle part de moi je voudrais que l’on découvre. J’aimerais que l’on me demande ce que l’on ne voit pas directement et que j’ai envie de montrer. J’aimerais que l’on me demande ce dont j’ai besoin et que l’autre peut certainement me donner. J’aimerais quelqu’un qui, lorsqu’il m’aborderait, ne me prendrait rien et me donnerait tout. Un non-égoïste. Cette personne-là, tu sais, si je la croise un jour, je pense que je ferai tout pour elle, je sourirai sans plus m’arrêter, je me farderai, je me parerai, je ferai tout pour être plus belle encore, et toujours. Je serai douce, câline, patiente, à l’écoute, serviable, gentille, idéale. Je serai la parfaite petite geisha assumée. Parce que pour la première fois, j’aurais l’impression que quelqu’un a fait un pas vers moi, un vrai pas vers le vrai moi. Ca serait tellement beau… Ca n’aurait même pas d’importance que ça dure autre chose que l’espace d’un moment. Je me contenterai, je crois, à jamais, du fait que ça ait eu lieu un instant, tu sais, comme la beauté d’un nuage rose le matin dans l’aube, la caresse d’un papillon qui t’effleure, sentir à nouveau l’odeur si caractéristique du gratin de pâtes que ta mère ne te fera plus jamais… Toutes ces petites choses qui ne durent pas, qui sont belles parce qu’elles sont éphémères, inattendues, un peu irréelles, tellement magiques. Enfin, bref, je sais bien que ça n’arrivera pas. Ce que j’attends, ce n’est pas une phénomène météo, un contact somme tout très probable entre deux espèces ou une odeur que l’on peut reproduire chimiquement. Ce que j’attends, c’est tellement dingue que j’ai arrêté de croire que je pouvais l’avoir. J’aimerais ne plus y penser, mais je n’y arrive pas. Ca doit être parce que je ne suis pas encore morte, tant qu’il y a encore des jours, il y a encore des chances. Quelle putain d’optimiste, je m’énerve parfois. Parce que tu vois, au plus je vieillis, au plus que je pense que ma malédiction est là: être tellement quelque chose d’apparent que personne ne viendra jamais puiser au fond de mon âme. Et cela me tue, mais cela ne me tue pas assez vite. Je devrais me résigner mais je n’y arrive pas. Je devrais l’accepter mais je n’y arrive pas. Je suis bien trop libre pour me contenter d’être une image. Tiens, tu crois que tu pourrais m’apprivoiser? Peut-être qu’avec des chaînes autour des poignets, des pieds et du cou, j’apprendrais à être sage, contente de ce que j’ai. Les chiens, ils sont heureux, après tout. Pourtant, ils étaient des loups, avant. Mais ils ont oublié: on leur a dit qu’ils avaient besoin d’un feu de cheminée et d’une gamelle bien remplie, et ils y croient, ils ont oublié l’ivresse des balades nocturnes dans le froid piquant, le plaisir de la chasse et celui du ventre vide, ils ont oublié que leurs pattes touchaient la mousse et les épines, que leur truffe reniflait l’humus. Ils ont oublié toute sensation et avancent complètement désincarnés. Mais on dit qu’ils sont heureux. J’aimerais être heureuse comme les chiens le sont. Je ne serai plus tout à fait moi, mais peu importe non? De toute façon, moi, moi en vrai, ça n’intéresse personne. Alors, peut-être, si j’étais une autre…
- Tu es encore plus belle quand tu te mets dans des états pareils.
- … Je sais…

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Nielad » Mar Avr 25, 2017 18:39 pm

Bien le bonjour, voici quelques-uns de mes poèmes. Vous souhaite agréable lecture.

L'AVANCÉE ANTINOMIQUE

Peignant dans le bois de cyprès,
Le pinceau signa La Torture ;
Si loin de tout, l’homme si près,
Le goudron fila sa tenture…

Par ses mâchoires a scié
Nos Inlandsis et nos bruyères,
Que ce carcan tua ! n’y sied
Que vos pixels qui s’y marièrent.

Voilà ! fraîchement refleuri,
Le Progrès vomit ses sentines ;
Alicament qui se meurtrit
À voir suer les églantines !

Antinomie aux yeux d’espoir :
Ses soins qui brûlent et guérissent.
Car il s’élève avant de choir,
Désenchanté, sur des sarisses.

Quand, à l’air pur du polyol,
Par des évasures vacantes,
Il mêlerait son vitriol,
Ou les Satyres aux Bacchantes !

C’est l’anthropocène charmant :
Sans dahlias, sans chants de grives ;
Sur leur manteau de diamant
Les plantigrades qui dérivent ;

Le Galurin de va-qu’un-pied
Farde le goût de l’atomique,
Lorsqu’on l’avale sous l’houppier
La gorge pend dichotomique…

Les papillons en fer, dansant,
Vessent leur gaz sur la matière ;
Queeny¹ en voudrait mille et cent
Pour adorner son cimetière !

Et les serins aux bords des lacs,
Chantre éminent de nos contrées,
Semblent avoir bu vos Aracks :
Les gargatières sont lustrées !

Quand vous aurez tout mieux compris,
O parsemeurs de Belladones,
Vous cueillerez tous vos débris
En suppliant qu’ils vous pardonnent.

Tueurs du Beau, marchand d’arum !
Fi des aiguilles par hantise ;
Ah le sophisme du sérum !
Ne dites pas qu’on dramatise !

Et quand le vêpre allonge sa
Voile d’azur minutieuse,
On croit revenu le crachat
De Tchernobyl et sa muqueuse…

Où l’étang dur s’y baigne, ment ;
O verrons-nous le polymère
Verser pareil allaitement
Qu’il sera nourrice primaire ?

Vos méconiums répandus
Par vos nuages qui embrènent
Avalent jusqu’aux résidus
De nos arnicas schizophrènes !

Ou l’alysson de mon regret
− D’une main bête qui déflore,
Qu’un promoteur ramasserait
Pour la tenir en soliflore !

Et même si le Jardinier
En planterait une plus belle,
Il est futile de nier,
Vous les prendriez à la pelle !

Tel un aveugle au ciel jauni
Cherchant en vain sa délivrance,
Chaque poète se munit
De souvenirs pour la fragrance…

Du brai ! Du brai ! Nous achetons !...
Ah le fumet de ses volumes !...
Le temps me manque où nous savions
Si bien le mélanger aux plumes.

¹ John Francis Queeny, fondateur de Monsanto

LES SYLPHES ET LES SYLPHIDES
À M. Pierre Dubois

D’une beauté suave et d’un esprit savant,
Les êtres de l’azur à la peau diaphane,
Du matin jusqu’au soir, esquivent le profane ;
C’est qu’ils vivent dans l’air et s’y cachent souvent.

Leur parfum qui s’enfuit et roule dans les vents ;
La corolle s’étreint de l’empreinte épiphane
Et sert de résidence, avant qu’elle ne fane,
À ces adroits sculpteurs de nuages mouvants.

Il faut pour les connaître un pas calme et placide,
L’oeil poète, l’humeur sereine qui décide
Quand fuir ou bien rester. Encor je m’y revois…

Silence ! pas un mot rebutant ou vulgaire ;
Ayons à leur égard du velours dans la voix,
Comme les chevaliers ou les rois de naguère.


OFFRANDE AU ROI
(Encens qui ont tourné)

Le pot fête au nez en la fragrance des myrrhes
Et son verre est tari d’un grief embaumé,
En un vierge atavisme aussitôt consommé
− Ou excès jette l’eau bien que vases l’admirent.

Autant l’effluve des pellucides collyres,
Jadis, pour le fameux nourrisson acclamé,
Mieux que d’essor latent, jaillit pour le lamer ;
Ce mage crut ôter le triomphe des lyres.

Vacille clair, voyage en un autre liant
Qui s’aberre des saints pour calice ambiant
Élu dans sacristie au très pieux collège.

Par décret virtuel, sans l’air fuit le charnel
De morale salie où l’âme tourne à lège,
Sans borne, expire, y tue un geste solennel.


SONNET POUR AUJOURD’HUI

À quoi bon supporter les langages méchants
Un soleil généreux vient peindre des rivages
À quoi bon se haïr lorsqu’on se dévisage
L’Amour a sa fenêtre et l’or un premier champ

L’hiver passe et la guerre aura bien son couchant
Attendrons-nous la fin plutôt que vivre l’âge
Le jour a son Midi un livre un marque-page
Il est temps de suspendre un soupir à ce chant

Et puisque l’Ennemi impatient dans l’ombre
Mangera les sanglots de nos jours les plus sombres
Puisque la mort espère un ultime repas

Il est temps puisqu’enfin la lumière est merveille
Nous avons faim de vivre alors pressons le pas
Le bonheur est un mythe avant qu’on ne l’éveille


SUIS CE PARLER VIL

Genève ou Lucerne et
Que le rêve
D’y vaguer
Me dégivrer à l’Orbe généreuse
Traverser tes seins Bâle
Dors où des si galent
Et Bulle et Sion
Si gît Berne
À mes pieds rugissant l’Ajoie
Du plafond qui moutonne
Auberge des lavés-de-vert
Oulens
Naît le vertige
Près Cossonay je t’entends
Appel bohémien
Houka Lyss fumant
Saint-Gall de liberté
Je veux voir que l’Yverdon
Mes pieds ont brisé la glace
Si m’a cuit Sierre
À la lumière de mille galaxies
Les frissons Versoix
Des Morcotes ô reviennent
Comme l’Aigle
Monthey serein
Le bonheur


ENCORE UNE SOIRÉE

Encore une soirée où j’aurai ton visage
Encré dans mon Intime − ornement délicat,
Rien n’enlève ce mal, pas même l’ipéca !
Je souffre du syndrome horrible de la page

Blanche, quand je te vois aux bords de mon sillage,
Paradant, disloquant ton geste séraphin.
Je garde l’image où ta peau me serre enfin ;
Je voudrais te parler mais je perds le langage…

Ta beauté nymphatique est un chant qui ramage
À l’oreille attentive un son mélodieux.
Et dans notre misère on réprouve les dieux,
Mais on omet souvent que l’Amour n’a pas d’âge.

Ah ! si j’étais dans ton coeur
J’en scellerais l’accès,
Puis j’y dormirais vainqueur
Ayant crever l’abcès.


BALLET
À Marius Petipa

Frimas, abaisse enfin ta longue ballerine !
Du balconnet vernal gonflé de fruits nankins,
Derechef émaillé, monte une odeur, serine ;
Voilà mai qu’irradie un trochet d’arlequins.

N’étouffe pas sous les manteaux blancs, vertes plaines,
Austèrement l’amour au soleil dédié.
Va, livre ces tabards au feu de ses haleines,
Pour sourdre virginal le stipe amodié.

Voici l’heure, tirons les pans alibabesques,
On écoute parmi les battements lointains,
Où s’enchevêtrent les graciles arabesques
Aux couronnes, l’accord gazouillé des mâtins.

Nous admirons, lunaire oeil au balcon, tes sommes :
Sujets fiers, cygnes, puis quelque célébrité…
Dès lors les fruitions des rondeurs nous assomment
Ainsi qu’un nephilim qu’on viendrait irriter !

Si, par lents mouvements palingénésiaques,
Les manèges épars dessinent un ballet,
Pointes et rains fumants loin des froides matraques !
La musique est ourdie en douceur qu’il fallait.

Montre-nous, Lili, hale des figures pis
Que les pâles essaims d’incroyables cryptides,
Des rats géants, des rats restaurant des youpis
Et des fantômes nus et des spectres morbides.

Ô symphonie avec le geste lapidaire,
Sans n’en déshériter l’appel adamantin
De la transe en danse, accuse le frigidaire
Dont le chant glacial a su vieillir le teint.

Quand les plateaux, danseurs merveilleux, tourbillonnent,
Toile mouvante, Ô défieurs de gravité,
On sent comme un vertige insufflé des Madones ;
− Je t’ai ! coeur qui balance ! Et code y vint jeter.

Déjà l’antif entraîne, en rubans de guidances,
− Légers comme le bois vibrant des violons −,
Et quadrille les jeux qui, blancs et roses, dansent ;
Les notes filent vers de basanés filons.

Par adages encourageant les promenades :
Que les sons épiés ruissellent doucement…
À n’y suspendre mieux qu’exaltés se panadent
Tout arrêt sur image au très sûr figement.

De l’herbe occise, allons fouler les folles planches :
Un petit pas classique a pu rendre le saut
Plus zélé qu’elles, mystérieuses, s’épanchent
De pure grâce, les colombes à l’assaut.



Je te regarde de travers
ô ta beauté
est lamentable
refourgue-la sous le manteau
plutôt que fournir en pâture
trivialement
à qui l’effleure
des yeux Au premier venu
tes pétales d’apparat
Oh je sais bien que tu mérites tous les écrins
mais pas les rivets d’une idole qui s’elfise
à chaque poignard ophtalmique
chaque conversation
où l’amant table ta beauté
parmi les siennes
te voilà préfané

Laisse-les seulement suivre ta fragrance
qui se déroule
longue écharpe
dont nul n’attrape
la houle

C’est pourquoi moi
je te regarde
de travers
les yeux plissés
car ta beauté
je la veux
distillée
pas
à
pas
mot
à
mot
Rien n'est plus proche du vrai que le faux. A. E.

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Dgeymi » Mar Avr 25, 2017 19:03 pm

Je partage ici un mini bout de prose ^^

Elle aime souffrir comme si le monde entier lui tournait le dos. Elle ne sait plus si elle est le monde ou humaine, un œil pourpre ou un soleil. Sa tristesse est noyée dans un océan de javel. Si seulement son sang coulait noir ou blanc, elle n'aurait plus à justifier sa peine immobile. Elle a voulu si longtemps cacher son âme que l'âme est descendue, ancrée dans l'esprit le cœur bâillonné. Sauve-moi ou ne me sauve pas, ça m'est égal car je suis plus morte qu'une ligne solitaire, plus dure qu'une tombe des enfers. On croit avoir creusé suffisamment pour que la douleur rejaillisse comme une fontaine d'alcool. On croit l'avoir apprivoisé pour en faire un oiseau de paradis. Attirer les lucioles avec du charbon humide. Faire jaillir des illusions violacées pour qu'elles s'incrustent dans la chair humaine. Brûler les veines avec l'épée de ma déesse pour qu'elles deviennent immortelles.

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Dgeymi » Mer Avr 26, 2017 18:14 pm

J'espère que vous aimez un peu ;)
La dernière n'est pas dans le bon sens dsl.

IMG_20170423_123529.jpg


IMG_20170423_123501.jpg


IMG_20170426_190554.jpg
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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Jagannath » Mer Avr 26, 2017 18:41 pm

Merci pour ces partages.

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Dgeymi » Ven Avr 28, 2017 10:53 am

La prière est ce qu'il reste quand on croit avoir tout brûlé, tout détruit en cendres d'été. Quand les larmes n'ont jamais coulées, qu'elles ont déposé leur suc en milliers de perles sur les flammes de l'âme humaine. Quand on voit les fleurs lucides se teinter d'écarlate. Quand le sang du crépuscule et le chant spiraleux de la démonesse se fondent dans la ligne claire, livide mais limpide comme un lac gelé. Ses cils affûtés sont comme la terre pétrifiée, plus écorchés que le sable des lunes noires, plus épurés que les lames du désespoir.

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Huli » Ven Avr 28, 2017 19:19 pm

Sympa Djeymi. Il y a un petit côté surréaliste plaisant.
lei zou sha gui jiang jing

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Dgeymi » Ven Avr 28, 2017 21:39 pm

C'est un peu comme de l'art brut ^^
On se demande si c'est dû à la flemme ou un manque total d'intérêt pour la poésie en général.
Vous m'en voulez pas si j'en rajoute un ?
Allez s'il vous plaît !
Je veux mon moment de gloire xD
Non en vrai je fais ce qu'il me plaît rien d'autre (et ce qui me plait n'est pas logique du tout).
Si c'est susceptible d'intéresser d'autres personnes c'est cool ;)

Pétales de cuivre.
Velours qui désaltère.
Épée cramoisie sur le miroir sans tain.
Sang loyal, sève voluptueuse.
Apporte la foudre sur un trône inversé.
Rouges et noires sont les couleuvres du temps.
Trajectoires du vide en dentelle.
Sirènes castratrices.
Grilles de bronze sur une Vénus occultée.
Lisse à la surface mais phosphorescente dans l'être.
Toucher le ciel jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'[elle].
Statue de sel sur les cicatrices internes.
Statue d'onyx tenant le sceptre royal pour chasser Cerbère.
Statue qui flambe insensiblement, les yeux constellés les cheveux mordorés.
Modifié en dernier par Dgeymi le Ven Avr 28, 2017 21:55 pm, modifié 1 fois.

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Jagannath » Ven Avr 28, 2017 21:49 pm

Constellés avec un s.
Sève voluptueuse pour ne pas répéter "sang" ? [simple proposition, car la répétition était sans doute voulue].
A part ça c'est peut-être justement de ne pas pouvoir t'exprimer (milieu familial, caractère personnel etc) dans la vie quotidienne, mais lorsque les "verrous" sautent tu es cinglante et ton verbe évocateur est juste jouissif Dgeymi. Merci pour ces partages, j'étais fan de la démonesse dans le précédent (je cherche en vain le bouton "j'adore"). J'e suis aux anges quand quelqu'un sait parler de la force tellurique, de l'énergie brute et évoquer sa beauté effrayante. Seule la poésie peut parler de ces choses, les discours "raisonnables" ne mènent à rien. J'ai rencontré quelques maîtres authentiques. La plupart des gens font une éloge de leurs qualités de douceur, de leur compassion etc. C'est juste évidemment. Mais rares sont ceux qui expriment à quel point ils peuvent avoir un côté sauvage, une expression de puissance subversive pure et souveraine.

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Dgeymi » Ven Avr 28, 2017 21:55 pm

Corrigé ^^
J'ai pas un très grand contact avec la nature ça doit être ça mais je rajoute c'est plus riche !
L'évocation c'est trop ce que j'aime :)
Oui je suis d'accord, la raison est futile pour exprimer cette force ^^
Terrifiant mais si beau *_*

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Nielad » Sam Avr 29, 2017 13:30 pm

Très juste Jag, mais rares je ne pense pas, pas dans le domaine de l'art en tout cas. Et j'adore David Lynch pour ça, il sait si bien exprimer dans ses images la pureté de la douceur et ce côté sauvage rayonnant de Mars. J'ai d'ailleurs toujours ressenti le plus de vibration par une œuvre sachant allier la douceur et la violence dans la juste mesure, c'est pour moi l’œuvre idéale (sans doute aussi une raison du succès planétaire de Nirvana).
Rien n'est plus proche du vrai que le faux. A. E.

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Dgeymi » Mar Mai 02, 2017 22:19 pm

Parce que je m'ennuie xD
Dsl pour le mélange indigeste ^^
Le mot debilitated fallait absolument le mettre comme ça...
(mais c'est super moche)

Je vais tout oublier des lettres de lave, tisons qui écrivent des mots malades. Les portes du temps sont rouillées, chaque trait réactivé par le sang du père. Achève la martyre au teint clair. Tes cimeterres cautérisent mes lésions avec affection. Précision acérée pour un roi debilitated. Infamy is a curse for her, NOT for him. Abbadon fait son oeuvre tandis que moi, j'avance sur une terre sans armes, un champ de bataille sans larmes. Faible réplique du ciel, montre toute la force de ton désespoir sur les artères de la Vénus noire.

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Dgeymi » Mar Mai 09, 2017 16:19 pm

Ses entrailles se déchirent en milliers de morceaux. Oui car elle veut cracher des larves au goût de terre comme des somnifères qui ont l'étincelle de l'enfer. Lucifer dort sur elle, une carapace qu'elle ne fera jamais monter à la surface. Sa trace effilée murmure des accents sans importance. On ne la voit guère car elle marche avec des pantoufles de verre. Ses jambes retrouvent leur état d'origine. D'une noirceur divine elle prend le large, se décapant avec du formol pour une panse qui crie, jouissant de sa folie. Elle n'a qu'une parole au bout de la corde, se lacérer la chair pour qu'elle devienne matière d'éternité, objet de probité. Son désir la hante chaque nuit sans lune, prête à se mutiler pour ne plus jamais être désirée.

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Odin » Mar Mai 09, 2017 17:51 pm

Beau texte. Ne te mutile pas pour de vrai quand même hein. :p
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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Dgeymi » Mar Mai 09, 2017 18:32 pm

Oui j'ai pas arrêté de pleurer aujourd'hui >_<
Enfin je parle pas de plaies physiques ^^

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Dgeymi » Mer Mai 10, 2017 23:03 pm

N'approche pas. Tu sais bien que je ne suis qu'un corps perdu dans l'infini, une loque humaine aux lèvres décaties. Pourquoi ça fait si mal de croire en soi-même ? Je n'ai jamais compté sur personne car tu connais toute ma douleur, flamme ténébreuse qui ne pleure qu'à l'intérieur. Marcher au soleil, les rayons caressant délicatement mes cheveux au vent. Je saisis une fleur qui te ressemble, une ardeur de vivre qui m'emmène loin du royaume des hommes. Pourtant je sais que tout à une fin qu'il n'y aura peut-être jamais de lendemain. N'est-ce pas exaspérant d'être aussi lâche ? Une telle menace en ferait partir plus d'un mais même en ton absence, je trouverai en moi une force pour espérer, encore et encore. Non pas pour te posséder ni te briser les ailes. Non je ne veux que la quiétude et quand enfin j'aurai déployé les miennes sur le monde des âmes immortelles, je te parlerai cette langue muette aux charmes inépuisables, tendresse maladroite qui ne s'observe que dans les nuits les plus froides.

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Dgeymi » Jeu Aoû 17, 2017 22:14 pm

Morte de cette passion qui opprime pour un temps, je souffle sur l'abîme entravée par les beautés hurlantes et ennemies de ce corps sanglant qui se nourrit, crache et subit les petites terreurs qui sont frères des plus beaux malheurs. De nos mains jointes, nos rêves pourpres s'embrassent et j'aspire ce train hivernal, royaume sacré où vivent les fleurs sans âge. Je pénètre le lac, je le soumets à ma volonté qui n'a aucune forme, aucune aspérité et je le torture de ce feu blanc sans perdre la mesure. J'enferme au placard les plus dures images et je porte ma déesse sur la table sacrificielle. Elle est morte et vivante, calme et agonisante. Ils peuvent bien se repaître de cette chair inflexible, les démons l'observent en silence et remercient le ciel qu'elle n'ait pas trouvé la divine espérance. Son crâne, mon crâne s'empourpre de milles oraisons. Les aiguilles plantent leur pointe acérée en vagues successives. Cette langue d'esprit n'est plus que pétales de rose, corps de rivière exsudant le sang et transpirant sans fièvre. En vain je l'ai saisie, en vain elle est partie. Ce sale être qui persiste sur un fil de fer, étreinte de gaze dansant sur nos corps de pierre.

Je vais mieux rassurez-vous ^^

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Mielikki » Jeu Aoû 17, 2017 22:42 pm

C'est beau :)

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Totem » Sam Aoû 19, 2017 19:08 pm

Oui... c'est beau et envoûtant.;-)

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Jagannath » Dim Aoû 20, 2017 11:50 am

C'est drôlement bien écrit, il y a une image qui me surprend Pauline, c'est le "fil de fer".
Je ne vois aucun rapport avec le fil de fer, même s'il évoque beaucoup de choses : un lien (un fil est tendu entre deux choses) mais aussi : l'information qui transite par des fils. Le fer est aussi le métal symbolique de l'âge sombre. C'est aussi très mince, il manque une dimension, donc ça symbolise pour moi un manque de corps.
Je ne veux pas une explication (la poésie ne demande pas d'explication) mais si tu as à défaut des réflexions à partager sur le sujet ça m'intéresse. Ainsi que les suggestions des autres lecteurs si eux ont ressenti quelque chose qui fait sens avec ce fil de fer.

Djey : "Je vais mieux rassurez-vous"

Allais-tu si mal? Moi je n'appelle pas cela aller "mal" de se faire l'observateur impartial de notre souffrance. La souffrance est notre lot à tous, bien entendu il ne faut pas s'y complaire mais quand on sait la mettre en mot, alors c'est que depuis une autre perspective... on va en fait très "bien".

J'avoue être épaté par ton talent d'écriture, la poésie est dit-on parmi tous les arts traditionnels, le plus complet, car il demande une harmonie qui met en action toutes les zones du cerveau à la fois. C'est donc pour les personnes sensibles un art qui parle directement au coeur. Délaissé seulement à cause du matérialisme ambiant (on ne peut plus vendre un poème puisque son support est intangible) la poésie n'en est pas pour autant passée de mode, au contraire elle est plus que jamais d'actualité. Bref j'ai regardé dans ton thème et les sources convergent pour dire que quand on a Vénus en Gémaux (sous condition mais c'est ton cas à 200%, que Vénus soit forte et positive) alors le talent pour la poésie est naturel. C'est clairement magique, écrire la poésie ça ne s'apprend pas. Enfin, on *peut* apprendre à faciliter le travail en acquérant des bonnes compréhensions du vocabulaire et une vue claire de ce qui fait la force des mots (bref on peut progresser) mais ce que je veux dire c'est que le talent, en poésie, c'est vraiment impossible à apprendre. En poésie, la simulation du talent ne prend pas. Bref le fait que Vénus soit forte dans ton thème et portée sur la poésie est soutenu par la force de Mars et surtout par la symbiose avec la Lune. La Lune et Vénus ne sont pas très amies, malgré tout quand elles sont dans la même maison elles deviennent fonctionnellement neutres et peuvent travailler ensemble. Et c'est justement très frappant, surtout en poésie, parce que là les mots parlent du ressenti de façon si directe!
Bref tu as une conjonction très favorable, pour être capable d'exprimer les sentiments profonds avec une facilité déconcertante, déjà pour notre propre plaisir j'espère que tu voudras bien continuer à nous poster des poèmes, mais je crois moi aussi que tu pourrais si tu voulais mettre ce talent en valeur, le développer et te faire connaître par ta poésie. Comme je suis incapable d'écrire de si belles choses je trouve ça hautement "magique" et ne peux attribuer cela à autre chose qu'au divin qui s'exprime.

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Dgeymi » Jeu Aoû 31, 2017 12:48 pm

Dsl de répondre tard mais le fil de fer j'avais pensé à un équilibriste, la gaze me fait penser à des barreaux aussi.
Oui le côté fil très mince ^^

Et j'ai écrit un tout petit texte sous une forme bizarre vu que c'est dans une conversation.
Ca fait pas dans la dentelle je préviens xD
Il y a des fautes et je suis pas sûre pour la structure des phrases.

Moi on ne me met pas en cage tu sais.
Jamais et j'ai vu tes yeux s'éclairer et les rayons danser à l'intérieur de ton iris pour capter mon attention.
Et je me suis dit que ça serait bien de mourir ici et maintenant.
Parce qu'il n'y a jamais rien eu de précieux dans cette vie autre que cet amour.
Alors j'ai frôlé ta joue de mes doigts blêmes et j'ai sauté.
Dans le vide pour m'apaiser, ce vide qui s'appelle le monde et planer.
Au dernier moment tu ne t'y attendais pas n'est ce pas ?
Et l'oiseau frêle que j'étais s'est transformé en phénix étincelant.
Je suis morte dans une gerbe de rubis, version noble du sang et je t'ai contemplé une dernière fois alors que je n'avais plus d'yeux pour le faire.

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Jagannath » Mer Sep 06, 2017 15:03 pm

C'est vraiment intéressant ta façon d'écrire Dgey.

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Dgeymi » Mer Sep 06, 2017 16:29 pm

Je suis curieuse de savoir ce que tu trouves intéressant ^^
J'ai l'impression qu'il y a de la matière comme les mots attachés entre eux.
Il y a du très pâle et du très vif dans les couleurs c'est vrai.


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