Sainte Hildegarde de Bingen

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askavian l'herbier
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Sainte Hildegarde de Bingen

Messagepar askavian l'herbier » Mer Oct 20, 2010 12:01 pm

Sainte Hildegarde de Bingen Phytothérapeute Abbesse Compositeur et Visionnaire

"Tout ce que j'ai écrit a pour seul support mes visions célestes"

I - La vie d'Hildegarde de Bingen

Hildegarde von Bermersheim naît en 1098 alors que les royaumes européens se déchirent tout en lançant la 1ère Croisade sur Jérusalem. Elle est la dixième enfant d'une famille de la noblesse rhénane et appartient donc aux couches aisées de la société allemande de l'époque. Dès l'âge de 5 ans, elle est sujette à ses premières visions. Elle dira qu'elles ont bouleversé son enfance car elle devait les taire, honteuse de voir des choses que les autres ne pouvaient pas voir. Ses parents, très croyants, la consacrent au Seigneur dès son plus jeune âge, en application de la règle de l'Ancien Testament : tu donneras à l'Eternel un dixième de tout ce qui t'appartient. A 8 ans, Hildegarde fait son entrée au couvent des Bénédictines de Disi Bodenberg afin que la jeune abbesse Jutta , fille du comte de Spanheim prenne en main son éducation, lui apprenne à lire, à chanter des psaumes, à composer de la musique et à reconnaître les "simples". Entre la mère supérieure et la fillette naît rapidement une véritable amitié. C'est donc tout naturellement qu'Hildegarde confie à la jeune religieuse ses visions de plus en plus complexes et incompréhensibles : "…et mes yeux restent ouverts..C'est toute éveillée que, de jour comme de nuit, je vois ces choses….Une lumière qui n'a pas
d'origine et tellement plus lumineuse que celle qui entoure le soleil….".

Agée de 15 ans, elle reçoit le "voile" des mains de l'évêque Otton de Bamberg, ce qui est un grand honneur, mais sa santé est fragile. Souvent malade, elle tient difficilement sur ses jambes. Elle a 38 ans, en 1136, quand Jutta meurt et elle devient, à son tour, mère supérieure du couvent.

Ses visions persistent et, elle perçoit des voix très insistantes qui lui ordonnent d'écrire et de divulger ses visions et prédictions. Elle écrira :
"voici que dans la quarante troisième année de ma course temporelle, alors que je m'attachais avec beaucoup de crainte à une vision
céleste, toute tremblante, je vis une très grande splendeur dans laquelle une voix se fit entendre du Ciel me disant : Homme fragile, cendre de cendre, pourriture de pourriture, dis et écris ce que tu vois et entends". Sa santé restant chancelante et doutant d'elle-même, Hildegarde refuse, dans une prière, l'ordre venu du Ciel. Aussitôt, un éclair la transperce de douleurs et la laisse paralysée sur son lit. Richardis, jeune religieuse et confidente d'Hildegarde appelle l'abbé Volmar, son confesseur qui rapporte les faits à sa hiérarchie ; l'évêque, après un moment d'hésitation autorise Hildegarde à écrire ses visions.

C'est à cette période qu'elle commence la rédaction du Scivias "Sache les Voies" ou livre des visions, qui est actuellement conservé à la Bibliothèque régionale de Hesse à Wiesbaden.

Cette œuvre exceptionnelle est écrite sur des parchemins de 50 cm de hauteur et scellée par des ferrures d'acier ; elle pèse plus de 50 kilos. Hildegarde recevait des visions prophétiques ainsi que des visions concernant les grands personnages de son temps. Elle diffusa ces messages de "l'au- delà" dans son entourage et les expédia à Bernard de Clairvaux pour lui demander son avis. Bernard lui répondit que ses visions étaient une grâce du Ciel, une manifestation de l'Esprit Saint et qu'il fallait continuer à les publier.

Hildegarde recevant l’inspiration divine (manuscrit médiéval)

Hildegarde soutenait en particulier que l'esprit de la femme est, en tous points, comparable et égal à celui de l'homme. Ces déclarations avaient,
bien entendu, choquées les hauts dignitaires du clergé de Mayence et la noblesse masculine allemande de l'époque.

En 1147, un synode réunit à Trèves les principaux responsables de l'église dont Bernard de Clairvaux. L'Archevêque de Mayence présente
le Scivias au pape Eugène III. Le pape trouve ce texte si surprenant et si intéressant qu'il délègue deux prélats pour enquêter au monastère d'Hildegarde. Les enquêteurs rendent la conclusion suivante : la petite nonne est humble, sincère, parfaitement respectueuse des règles monastiques. Devant les évêques réunis, le pape lui-même lit et commente le Scivias. Quelques mois plus tard, Hildegarde reçut une lettre du pape dont voici quelques extraits :

"Nous admirons ma fille, et nous admirons au-delà de ce qu'on peut croire, que Dieu montre en notre temps de nouveaux miracles,
et cela lorsqu'Il répand sur toi son Esprit au point que l'on dit que tu vois, comprends et exposes de nombreux secrets".
"Dieu nous accorde des grâces qui sont notre joie et notre bonheur, mais à quoi serviraient-elles si nous ne savons pas nous en servir ?
Ecrivez donc ce que l'Esprit de Dieu vous inspire."

Désormais, la réputation d'Hildegarde dépasse les frontières. Le monastère devenant trop petit, Hildegarde le déménage, avec l'approbation d'Eugène III, entre 1148 et 1150 à côté de la ville de Bingen qui lui donnera son nom.

Dans le même temps où Hildegarde installe sa fondation à Bingen, survient un incident important au sujet de Richardis, jeune moniale qui est
avec l'Abbé Volmar sa secrétaire. Elle est la fille de la marquise de Stade qui a beaucoup aidé Hildegarde au cours de son instalaltion à Bingen.
Elle est également la soeur de l'archevêque de Brême. En 1151, Richardis est élue abbesse d'un monastère de Saxe dans le diocèse de Brême. En l'apprenant, Hildegarde écrit à la mère de Richardis : " N'allez pas distraire mon âme et faire couler de mes yeux des larmes amères
et remplir mon coeur de blessures cruelles, à propos de mes très chères filles Richardis et Adélaïde" (soeur de Richardis). Bien qu'elle tente tout ce qui est en son pouvoir, Hildegarde ne peut résister à l'archevêque de Brême qui tenait à ce changement. Hildegarde vit cette séparation comme une trahison et elle entre dans une véritable colère : "Aussi si tu es bien la mère de celles qui sont tes filles, prends garde à ne pas causer la ruine de leur âme, afin de ne pas être accablée de larmes et de gémissements amers". Un an plus tard, Richardis meurt ; Hildegarde bouleversée se sent responsable de cette mort. Elle poursuit malgré tout son œuvre prophétique, compose plus de 77 cantiques répertoriés qu'interprètent encore de nombreuses bénédictines aujourd'hui et multiplie les correspondances avec les plus hautes personnalités de son temps.

Elle rencontrera l'empereur Frédéric (Barberousse) dans son palais d'Ingelheim près de Mayence. Elle l'exhortera à surveiller les moeurs des prélats qui glissent dans le laisser-aller et l'abjection. Hildegarde sera également consultée par un autre puissant personnage au sujet de la croisade ; Philippe d'Alsace, comte de Flandres. Elle effectuera quatre voyages, hors de la clôture, dans un but de prédication. Le premier aura comme destination l’église Saint-Pierre de Trèves, c’est-à-dire la cathédrale en 1160.

Elle se rendra ensuite, vers 1163, à la cathédrale de Cologne. Dans ce sermon Hildegarde dénonce une nouvelle forme d’hérésie, qui n’est
pas sans rappeler le mouvement cathare et prédit une fin redoutable aux tenants de la secte.

Après ce déplacement à Cologne, Hildegarde accomplira encore deux voyages de prédication, l’un à Mayence, l’autre dans la région
de Souabe, probablement dans l’année 1170.

Elle est également maître dans la médecine psychosomatique ; et ne cesse de répéter qu'il est illusoire de vouloir faire disparaître la maladie
si l'on ne comprend pas ce qui se cache derrière. Elle possède l'art de guérir par les plantes et soigne à la fois les corps et les âmes tout
en initiant ses nonnes à la gravure, à l'écriture, aux chants et à la science, domaine généralement réservé aux hommes.

Les pèlerins arrivent à pied ou à cheval pour écouter les prêches et pour être guéris. Bernard Gorceix (traducteur du Livre des oeuvres divines) écrira :
"on aurait dit, après le synode de Trèves, que le monde catholique se mettait en mouvement...même des régions éloignées les pélerins
arrivaient à cheval et à pieds".

La liste des miracles s'allonge de jour en jour et les témoignages se propagent. Entre autres :

Berthe, une servante qu'une tumeur au cou empêche de manger, Hildegarde fait un signe de croix sur la grosseur qui disparaît

sur un bateau, Hildegarde rencontre une mère et son enfant qui est aveugle. Hildegarde trempe la main dans le fleuve et bénit l'enfant en lui versant de l'eau sur les yeux ; l'enfant voit.


Hildegarde n'use pas de ses pouvoirs surnaturels dans tous les cas : la prière, les conseils de modération, les soins par les plantes ou les minéraux
sont autant d'armes pour éloigner le mal et la maladie.

En 1177, un conflit l'oppose à l'archevêque de Mayence au sujet d'un noble excommunié mais qui avait fait pénitence avant sa mort et avait
demandé le pardon de ses péchés.

Les sœurs enterrèrent le repenti dans un coin du monastère mais conformément aux règles frappant les excommuniés, le clergé exigea son exhumation.

Hildegarde refusa et la communauté fut frappée d'excommunication et d'Interdit religieux ; plus de sacrements, interdiction d'interpréter
des chants liturgiques ; les psaumes et hymnes de la journée monastique ne devaient plus être chantés mais seulement murmurés. Clause qui devait,
bien sûr, désoler Hildegarde pour qui la musique est un élément vital, surtout dans la vie d’une communauté et dans l’expression de sa piété.

Elle écrira d’ailleurs une lettre au clergé de Mayence dans laquelle elle fera un éloge de la musique.

Après un an de privations, Hildegarde obtint de l'archevêque de Mayence Christian I von Buch (de 1165 à 1183) la levée de l'Interdit.

Hildegarde meurt le jour qu'elle avait prédit : le 17 septembre 1179, entourée de ses nonnes. L'assistance est témoin d'un nouveau prodige :
deux arcs-en-ciel, venus des quatre coins de l'horizon, forment une croix lumineuse au-dessus du monastère.

La lumière lumineuse et colorée se redresse, se grandit, jusqu'à emplir tout le ciel.

Ceux qui assistent à ce phénomène ne sont pas surpris : le Ciel ne peut que rendre hommage à la Sainte.

Bien que disparue, Hildegarde est l'objet d'un culte encore plus grand. Les miracles se multiplient et le mouvement de foule s'amplifie ; la ville
de Bingen n'arrive plus à accueillir les incessants pèlerins. Les nonnes, dépassées par l'événement, supplient l'évêque de Mayence d'implorer
Hildegarde d'arrêter ses miracles pour que le monastère puisse retrouver une vie normale. Hildegarde semble entendre ces prières et le calme revient.

Hildegarde fut parmi les premiers saints pour lesquels une procédure officielle de canonisation fut appliquée, mais la procédure était si longue qu'aucune
des quatre tentatives de canonisation ne fut menée à son terme (la dernière se déroula en 1244, sous le pape Innocent IV), et Hildegarde resta
une bienheureuse.

Cependant, elle fut très vite qualifiée de sainte par le peuple, et à la fin du XVI ème siècle, comme elle était l'objet d'une dévotion de longue date, son
nom fut inscrit au martyrologe romain sans autre formalité, avec le titre de sainte.

Fête locale le 17 septembre.

La châsse contenant les reliques d'Hildegarde est conservée dans le monastère d'Eibingen près de Rüdesheim (sur le Rhin).





II. L'apport d'Hildegarde à la phytothérapie


Depuis que la phytochimie isole les propriétés des plantes, cette science n'a pu que confirmer les découvertes d'Hildegarde, pourtant vieilles de
plus de 9 siècles.

Ses recettes et constatations sur les propriétés des plantes sont passées dans le savoir populaire et grand nombre de ses recettes ont fini par
emplir de nombreux ouvrages de phytothérapie.

Toutefois, une précision est nécessaire ; les textes d'Hildegarde mêlent conseils précis et considérations religieuses ou explications maintenant
dépassées sur la physiologie humaine. Il est donc indispensable de se livrer à une opération de sélection ; il serait, en effet, naïf et superstitieux
d'obéir totalement aux indications d'Hildegarde ou à ses visions.

A la lecture de ses œuvres, on s'aperçoit qu'elle a également véhiculé des recettes absurdes qui ont pu ralentir les connaissances médicales et
anatomiques de l'époque ; la parole d'une Sainte ne pouvant être remise en cause.

Ses explications sur l'origine des pierres précieuses, sur la conception des enfants, sur le fonctionnement interne des organes ou sur l'origine
des maladies sont quelques fois "fantaisistes".

N'oublions pas que les remèdes absurdes trouvent leur fondement dans une méconnaissance totale de l'anatomie : la dissection des cadavres était
punie de mort au Moyen Age tout comme la présence d'un homme à un accouchement.

Toutefois, choisir les meilleures plantes et les meilleurs conseils pour les mesurer aux connaissances actuelles ne peut être qu'intéressant.

Pour sa part, Hildegarde élabore ses traitements avec l'idée que l'homme, s'il veut conserver la santé, doit vivre en accord et en harmonie avec
la création, avec le monde ambiant, en ayant le souci constant de la juste mesure (notion qu'Hildegarde appelle le discretio).

Elle base son art de guérir sur "six règles d'or" fondées sur l'ordre cosmique qui lui a été révélé dans ses visions.

Que l'on soit malade ou bien portant, on ne peut faire l'économie de cet art de vivre ayant pour nom diététique (du grec diaita signifiant ordre).
Le régime alimentaire préconisé par Hildegarde est fait de pain trempé dans du lait bouilli, de poulet ou de porc ; elle conseille d'éviter la viande
de bœuf, le poisson et le fromage.

Les "six règles d'or" d'Hildegarde sont :

donner de la priorité aux remèdes naturels. La création contient des subtilités secrètes (les forces de guérison) qui ne peuvent être connues que par révélation divine.
les remèdes sont indissociables du régime alimentaire.
s'accorder repos et mouvement en suffisance afin d'éviter le stress, facteur de perte d'efficacité dans l'action.
équilibrer sommeil et veille. Equilibre qui est facteur de régénération de l'organisme (système nerveux, articulations, muscles).
bien éliminer les humeurs viciées pour qu'elles ne se déposent pas dans le sang et le tissu conjonctif (remèdes utilisés : la saignée, l'application de ventouses, la moxibustion).
purifier l'âme en transformant les facteurs entraînant la maladie (les vices) en force de guérison (les vertus).

Le point central de la thérapeutique hildegardienne est sa représentation de l'univers. Elle tient compte des correspondances entre l'homme et le
cosmos et considère l'homme dans son unité corps/âme.

Comme le souligne le titre d'un de ses ouvrages de médecine "Causae et Curae", la médecine d'Hildegarde soigne les maladies à leur racine ; elle
ne se contente pas de soigner les symptômes. La vraie guérison demande de prendre en compte quatre facteurs : les correspondances entre
l'homme et le cosmos, l'interaction entre son organisme et son âme, les quatre éléments et les quatre humeurs.

A cet effet, Hildegarde distingue 4 plans :

le plan de Dieu
le plan cosmique
le plan de l'âme
le plan du corps

1 - Le cosmos
L'homme est au centre du cosmos. Hildegarde écrit : "Au centre de la trame du monde se tient l'homme. Petit par sa taille, il est néanmoins rendu puissant au contact des forces en son âme. La tête dirigée vers le haut, les pieds reposant sur la terre ferme, il est capable de mettre en mouvement les choses d'en haut, comme les choses d'en bas… O homme, regarde l'homme ! En lui se trouvent réunis le ciel et la terre et tout ce qui a été créé demeure caché en lui".

Pour l’abbesse, l’homme est la dernière création de Dieu, mais il tient de Dieu une tâche absolument unique. Elle insiste sur l’idée de l’homme créé à l’image de Dieu, sur sa nature bonne et saine, et sur la concomitance entre lui et la création.

2 - Les quatre éléments

Le principe des quatre éléments est présent dans toute l'œuvre d'Hildegarde. Il en est d’ailleurs le fil conducteur.

En effet, elle considère l'être humain comme un ensemble de parties sèches et humides, chaudes et froides ; c'est l'équilibre entre ces quatre parties qui permet de conserver la santé.

En fait, Hildegarde voit le cosmos comme une gigantesque roue, symbole de l’amour infini de Dieu pour l’homme, et que Dieu entoure de ses bras.

Cette roue est mise, et gardée, en mouvement par l’action du vent. En son centre se tiennent l’homme et les quatre éléments. L’homme se trouve
donc exposé aux changements cosmiques et atmosphériques, de même qu’à leurs influences.

La "Loi des quatre éléments" est un principe développé par Galien (131-201 après J.C.) à partir des écrits d'Hippocrate (460-377 avant J.C.) inspiré lui-même par les doctrines de la médecine égyptienne.

Cette "Loi" fera autorité durant tout le Moyen Age jusqu'au 16ème siècle.

Elle précise que les quatre éléments (le feu, l'air, l'eau et la terre) se combinent dans le corps humain avec les quatre principes (chaud, froid, sec et humide).
Les éléments influent sur l'homme et l'homme influe sur les éléments.

Par exemple, un refroidissement (froid et humide) sera soigné par son contraire par des drogues échauffantes (chand et sec).

La plupart des remèdes d'Hildegarde mêlent au moins deux plantes ou remèdes à mélanger. Parfois botaniquement et médicinalement, ces plantes sont très proches l'une de l'autre mais, l'une peut être chaude et humide alors que la seconde est froide et sèche (par exemple : le fenouil et l'aneth).

L'équilibre trouvé entre les éléments (froid - chaud - humide – sec) des remèdes agit, autant que les plantes elles-mêmes, sur les organes malades et qui déséquilibrent les éléments (froid - chaud - humide et sec) de l'organisme.
Hildegarde ajoute une notion qui lui est propre "la viridité", puissance de vie que manifeste la sève montante et qu'elle évoque souvent à propos des plantes mais également de toutes les créatures vivantes.


Dans la vision d’Hildegarde, les quatre éléments sont reliés aux pierres d’angle du cosmos, aux quatre fonctions et à la structure de l’homme, ainsi qu’aux quatre humeurs d’où découlent les quatre tempéraments humains.

De là le rôle primordial joué par les éléments dans son système médical.

C’est en retrouvant l’harmonie en lui même que le malade peut recouvrer la santé et rester en vie.

3. L’enseignement relatif aux humeurs

Cette théorie qui fera autorité pendant tout le Moyen-Age est résumée par un encyclopédiste du XIII ème siècle : "une plante est plus chaude ou plus froide, la nature de l'homme est sanguine, mélancolique, flegmatique ou colérique selon que les humeurs abondent ou non.

Les fruits, les herbes, les semences sont plus mélancoliques les unes que les autres ou plus colériques ou d'une autre nature. Il en est ainsi des hommes, des bêtes, des oiseaux, des poissons et de tous les animaux. Ainsi il y a des choses qui sont bonnes à manger ou non, certaines sont douces, d'autres amères, les unes sont vertes ou rouges, les autres blanches ou noires selon la chaleur des éléments ou des humeurs qui prédominent, les unes
sont vénéneuses, les autres sont utiles en médecine".

La découverte que les plantes ont le pouvoir de guérir ou de tuer remonte à des temps immémoriaux.
Au Moyen-Age, les médecins et apothicaires ont tenté une approche plus scientifique : de nombreux ouvrages étudient les plantes en dénombrant leurs propriétés. Tous les écrits s'appuient sur la théorie des humeurs, formulée par Hippocrate en 460 avant Jésus-Christ et qui n'est pas remise en question.

Hildegarde base sa pratique médicale sur l’enseignement relatif aux quatre humeurs et on retrouve cette théorie dans le Livre des subtilités des créatures divines. Les plantes sont abordées selon leur nature, leur utilité, les inconvénients qu'elles procurent, leurs propriétés médicinales et les effets en fonction de la nature des hommes.

Bien des indications thérapeutiques sont encore valables de nos jours, d'autres sont le reflet des croyances de l'époque.

Selon Hildegarde de Bingen, les maladies naissent d’une rupture d’harmonie introduite dans le fonctionnement des humeurs par des substances nocives notamment une alimentation inappropriée.
Des quatre éléments naissent quatre flegmes (phlegmata) dont Hildegarde s’est servie pour développer la pathologie des humeurs et qui jouent un grand rôle dans les principales maladies internes :

• le flegme sec provenant de la chaleur du feu
• le flegme humide provenant de l’humidité de l’air
• le flegme écumeux provenant d’un sang trop liquide
• le flegme tiède provenant de la chair terrestre.

Quand l’homme adopte un mode de vie déraisonnable, il fabrique des humeurs viciées susceptibles d’être la cause de maladies. Ces humeurs, Hildegarde les appelle « mali humores ».
Les polluants extérieurs sont appelés « noxi humores », tandis que les bactéries et les virus provoquent ce qu’Hildegarde désignera sous le terme d’ « infirmi humores ». Pour lutter contre ces éléments, elle préconise plusieurs remèdes d’évacuation par la peau comme les bains, les saunas, les enveloppements d’organes et les massages.

4. La théorie des signatures

Une autre théorie est en usage durant tout le Moyen-Age, le procédé de l'association qui sera appelé au XVI ème siècle, la théorie de la signature.
Pour connaître et comprendre ce qu'il ne connaît pas, l'homme établit des correspondances entre la forme, la couleur d'un organe humain et celles d'un végétal.

Un végétal est supposé aider à guérir un mal car sa forme, son fonctionnement présentent certaines similitudes avec des maladies ou des organes humains.
Ainsi, les cerneaux de noix qui ressemblent aux lobes du cerveau humain sont censés soigner tout ce qui touche à cet organe.

5. Le plan de l'âme et du corps

Les vertus curatives de l’âme ont été connues dès l’Antiquité. Hippocrate décrit l’action de l’âme sur le corps comme une conscience circulant dans l’organisme et maintenant sa santé.

Avicenne (980 – 1037), médecin perse réputé, a élargi le concept âme/corps d’Hippocrate en lui donnant une dimension cosmique.

Hildegarde tient sans cesse compte de l’interdépendance entre le corps, l’âme et l’esprit.

Dans le Scivias ou Livre des visions, elle décrit 30 forces curatives de l’âme qui, selon elle, oeuvrent dans l’organisme humain.

Dans sa psychothérapie, elle en rajoute 5 soit 35 au total qu’elle désigne comme « vertus ».
Chacune d’elle est en correspondance avec un facteur de maladie qu’elle appelle « vices ».

Elle consacre son dernier ouvrage, le Livre des œuvres divines aux influences du cosmos et de la religion sur la santé de l’homme, à la circulation des humeurs et à l’opération de l’âme dans l’organisme humain.

L'équilibre difficile à tenir pour un humain est celui du combat de l'âme et de la chair. Pour Hildegarde, l'origine profonde de toutes les maladies reste le combat permanent entre le bien et le mal, le divin et le terrestre.
Elle précise : « Quand l’âme et le corps fonctionnent en excellente harmonie, ils reçoivent la récompense suprême de la joie et de la santé ».

6. Les plantes de santé préférées d'Hildegarde
Hildegarde utilisait principalement une centaine de plantes, dont une trentaine portent un nom qui ne permet pas leur identification.

Une vingtaine d'autres sont très toxiques et ne sont plus utilisées en médecine populaire : ancolie, assaret, ciguë......Il reste donc, une cinquantaine d'espèces parmi lesquelles une trentaine sont particulièrement efficaces.

D'ailleurs, les propriétés thérapeutiques de ces plantes ont été confirmées par les scientifiques modernes. Nombre d'entre-elles possèdent, en outre, des vertus qu'Hildegarde ignorait.

A l'époque d'Hildegarde, les soins étaient essentiellement prodigués dans les monastères. Ces lieux de prières et de méditation recevaient les malades et on y cultivait les "simples" (plantes médicinales).

Chaque couvent et monastère possédaient un jardin divisé en quartiers délimités par des barrières d'osier.Ces séparations permettaient une identification parfaite (pas de confusion possible), une multiplication naturelle sans croisement (les graines tombant à même le sol au bon endroit) et un entretien facile.

Le jardin d'Hildegarde était composé, entre autres, des "simples" ci-après :

Ail - Alium sativum : stimule le cœur, facilite la circulation, lutte contre l'hypertension (et, à ce titre, entre dans la composition de nombreux médicaments actuels), chasse et prévient les infections respiratoires, purifie l'intestin.

Hildegarde conseille de le consommer cru plutôt que cuit.

Elle écrit : "L'ail a une chaleur positive. Il pousse grâce à la force de la rosée, dès l'engourdissement de la nuit, jusqu'au matin".


Angélique - Angelica archangelica : possède de réelles propriétés antibactériennes, apéritives, stomachiques, anticonvulsives, sédatives, diurétiques, immunologiques et vasodilatatrices. Elle posséderait également une activité sur certaines tumeurs.

Elle soulage les troubles suivants :
- anémie
- asthme
- baisse de la libido féminine et fatigue sexuelle masculine
- digestion difficile (acidité gastrique, ballonnements, aérophagie)
- insomnies (d'origine nerveuse)
- migraines (d'origine nerveuse ou digestive)
- palpitations
- problèmes ORL (rhumes, bronchites).

On utilise, en externe, une décoction contre les douleurs musculaires ou articulaires notamment les rhumatismes.

L'angélique est très puissante et son suc est irritant. Les mendiants de la Cour des Miracles l'utilisaient en s'en frottant les membres dans le but de provoquer des ulcères (idem avec la clématite).




Arnica - Arnica montana : son usage aurait été introduit par Hildegarde. Sert à préparer une teinture diluée que l'on applique sur les ecchymoses, les entorses, les douleurs musculaires, les problèmes circulatoires et même les blessures refermées.

La plante possède, en effet, des propriétés cicatrisantes, astringentes et anti-inflammatoires.

En interne, l'arnica est très toxique ; ses principes actifs ont une action qui peut être foudroyante sur le système nerveux ou cardiaque.

A son sujet, Hildegarde écrit : " L'arnica est forte et contient une chaleur vénéneuse".





Aubépine - Crataegus oxyacantha : l'aubépine améliore la contraction du muscle cardiaque, possède des effets antiarythmiques, hypotenseurs. C'est aussi un léger sédatif ; on l'utilise donc souvent en cas de palpitations, d'hypertension, de nervosité, d'appréhension et de troubles du sommeil.


Bardane - Arctium lappa : Hildegarde, tout comme la plupart des médecins du Moyen-Age la conseillait contre les calculs rénaux et les problèmes respiratoires. Son surnom "d'herbe à poux" ou "d'herbe aux teigneux" vient de son utilisation contre les maladies parasitaires de la peau.

Cette plante joue un rôle essentiel dans les recettes de sorcières ; en Bretagne, quelques gouttes de suc de racine, versées dans de l'eau bénite à l'entrée de l'église, vous assuraient d'une protection renforcée.

La bardane contient différentes substances qui lui confèrent des vertus dépuratives, antimicrobiennes, tonifiantes, régulatrices du système sanguin, hypoglycémiantes. L'inuline qu'elle contient la rend également antibiotique.

On peut l'utiliser pour les abcès dentaires (en gargarismes), les diabètes, les eczémas et autres dermatoses, l'acné, les rhumatismes et autres problèmes articulaires ou hépatiques.

La racine de bardane ne peut être utilisée que fraîche car elle perd ses propriétés à la dessiccation.


Basilic blanc - Ocimum basilicum : comme la bardane, le basilic se consomme frais, car la plante sèche perd la plupart de ses propriétés. Plante magique par excellence, le basilic entre dans la composition de la plupart des philtres d'amour.

Les sorcières recommandent aux femmes amoureuses de se frotter le bas ventre avec des fleurs de basilic. On peut toutefois supposer que ce n'est pas la propriété que recherchait Hildegarde....

C'est également un toxique nerveux, un antispasmodique, un stomachique, un antiseptique intestinal, un sédatif, un pectoral.

On l'utilise dans les cas de nervosité (surmenage intellectuel, angoisses, insomnies, migraines), de coqueluches, de rhumes, de nausées et de vomissements. Réputé comme aphrodisiaque léger.

Le basilic est conseillé aux femmes qui allaitent ; il favorise en effet la lactation.

On l'utilise en infusion, en frictions et sous forme d'huile essentielle.

Belladone - Belladona atropa : Hildegarde écrit au sujet de la toxicité de la belladone "Sur la terre, dans les pays où elle pousse,
l'inspiration du diable se fait sentir et s'unit à sa puissance".

Bétoine - Betonica officinalis : méconnue aujourd'hui, la bétoine a eu son heure de gloire au Moyen-Age. Elle était considérée comme une panacée
qui guérissait tous les maux.
Starbo lui dédie un long poëme.

Hildegarde lui consacre un long paragraphe ; elle pense que la plante peut rendre la raison aux hommes :
"si quelqu'un est tellement sot et bête que toute connaissance lui fasse défaut, il faut écraser de la bétoine et la mettre ainsi sur sa poitrine pour la nuit avec un linge par-dessus jusqu'au matin ; répéter souvent et il retrouvera de la connaissance".

De nos jours, les propriétés nombreuses de la bétoine sont démenties bien qu'elle soit efficace dans les affections des muqueuses et dans les catarrhes (prise en inhalation).
Pour Hildegarde, la bétoine possède des pouvoirs exceptionnels : "Si un homme a été trompé par une femme, ou une femme par un homme, grâce à des pratiques magiques ou a été victime de quelque tour de cette espèce, ou a été ensorcelé par des espèces d'incantations fantastiques ou diaboliques, si bien que l'homme ainsi envoûté brûle d'amour pour la femme ou la femme pour l'homme, il faut rechercher de la bétoine qui n'ait encore servi pour aucun médicament ou filtre car, si quelque drogue de cette espèce a été faite avec elle, celle-ci ne vaut plus rien pour la médecine puisqu'elle a été rendue inactve par les incantations. Quand on a trouvé, recueillir les feuilles, placer une feuille dans chaque narine, une feuille sous la langue, tenir une feuille dans chaque main, placer une feuille sous chaque pied et regarder la bétoine de toute la force de son regard ; répéter souvent jusqu'à ce qu'on aille mieux.
On sera ainsi guéri de cette folie amoureuse, à condition de ne rien boire, rien manger ou rien introduire dans le corps qui puisse exciet cette passion".

Bouillon blanc - Verbascum thapsus : noms multiples "herbe de Saint-Fiacre", "molène". Le bouillon blanc possède des vertus béchiques.
Hildegarde le note : "si on est enroué ou si on a mal dans la poitine, faire cuire du bouillon blanc avec du fenouil en poids égaux dans
du bon vin, filtrer dans un linge et en boire souvent".
Bourrache – Borago officinalis : elle est adoucissante, dépurative, diurétique et laxative.
En externe, son jus associé à celui du pissenlit est un excellent lait tonifiant et démaquillant qui possède la propriété d’éclaircir le teint.


Buis – Buxus sempervirens : le buis fait partie de la symbolique religieuse chrétienne ; il est considéré comme protecteur ; ses branches sont brandies le jour des « Rameaux ».

Hildegarde le conseille pour de nombreux maux : variole, dartres, problèmes hépatiques ou digestifs.

Le buis a également d’autres qualités, il est fortement purgatif et fébrifuge, antirhumatismal et sudorifique ; il a même failli remplacer la quinine au XIXème siècle.

Ne s’utilise pas en interne car il est fortement toxique à cause d’un alcaloïde, la buxine qui agit sur le système nerveux.

Camomille – Chrysanthemum parthenium ou Tanacetum parthenium : la camomille est stimulante, tonique, digestive, antispasmodique, fébrifuge, antiseptique, vermifuge et insecticide.

Ses propriétés insecticides permettent d’éliminer naturellement pucerons et autres parasites du jardin, par pulvérisation d’une décoction concentrée.

En massage des tempes à l’aide de boutons floraux, elle évite céphalées et névralgies.

Hildegarde la conseille pour les troubles digestifs, les coliques nerveuses et les rhumatismes et écrit que « La camomille est chaude, elle a un suc agréable qui constitue un suave onguent pour les intestins. Si l’on a mal aux intestins, faire cuire de la camomille dans de l’eau, avec de la graisse ou de l’huile ; ajouter de la fleur de farine, préparer ainsi une bouillie qu’on mangera et qui guérira les intestins. Quand les femmes ont leurs règles, qu’elles prennent également de cette bouillie : celle-ci prépare doucement et tranquillement l’expulsion des humeurs intérieures fétides et facilite la sortie des règles ».


Cannelle – Cynnamomum : déjà citée dans la Bible, ce qui pour Hildegarde n’est pas une mince référence, son utilisation remonte aux anciens Grecs.

La cannelle est un puissant antiseptique et a un effet fébrifuge et hypotenseur.

On l’utilise pour soulager les problèmes digestifs, éliminer la fatigue, favoriser l’arrivée des règles, lutter contre le rhume et la grippe.

Hildegarde indique que « La cannelle est très chaude et possède des propriétés puissantes. Si l’on a la tête lourde et pesante, si l’on éprouve des difficultés à inspirer ou expirer, on réduit de la cannelle en poudre que l’on mélange dans de la mie de pain ou bien on met de la poudre de cannelle sur la main pour la lécher : cela dissout les humeurs mauvaises qui bloquent la tête ».



Cerfeuil – Anthriscus cerefolium : il en existe plusieurs variétés. Cultivé (Anthriscus cerefolium) il se reconnaît à l’odeur particulière de ses feuilles froissées. Le cerfeuil musqué » (Myrrhis odorata) est très semblable à la ciguë mais son odeur anisée est agréable.

Le cerfeuil sauvage (Anthriscus silvestris) très commun est âcre et amer. Il est très toxique et ressemble lui aussi à la ciguë.

D’après Hildegarde « Le cerfeuil soigne les ulcères. Pilez du cerfeuil. Versez le suc obtenu dans du vin. Donnez ce mélange à celui qui aura des blessures ouvertes des viscères jusqu’à ce qu’il guérisse ».




Chardon - Cardus : Hildegarde reconnait au chardon de multipkes qualités thérapeutiques. Le suc du chardon piquant, mêlé à celui de la sauge, combat les douleurs cardiaques.
Elle applique là la théorie des signatures ; le piquant du chardon et le piquant de la douleur. On constate aujourd'hui que le chardon calme certaines douleurs et est également considéré comme un stimulant de l'appétit.

Chélidoine - Chelidonium majus : antispasmodique, cholérique et purgative.
Hildegarde pense qu'elle peut combattre les ulcérations qui apparaissent sur le corps.

En fait, la plante sécrète un latex orangé, riche en alcaloïdes, semblable à celui du pavot (famille des papavéracées).

Consoude – Symphytum officinale : elle a rendu service aux hommes pendant plus de 4 000 ans, surtout sur les champs de batailles.

En effet, la consoude doit son nom à ses propriétés ; elle consolide les fractures et ressoude les plaies béantes.

Le rhizome de la consoude contient de l’allantoïne, substance cicatrisante utilisée dans de nombreuses préparations dermatologiques, ainsi qu’un mucilage qui calme les brûlures et accélère la cicatrisation.

En externe, s’utilise en cataplasmes de racines fraîches ou en compresses de décoctions concentrées.

A utiliser avec prudence en interne car la consoude peut provoquer d’importants désordres intestinaux.

De l’avis d’Hildegarde « si l’on a un membre cassé ou blessé ou couvert d’ulcères, manger de la consoude. Mais la consoude prise sans raison renvoie la pourriture à l’intérieur : c’est comme si on jette des pierres dans un grand fossé pour empêcher l’eau de s’en aller et alors la vase s’installe au fond ».




Euphorbe - Euphorbia : il en existe plus de 2 000 variétés qui toutes sécretent un liquide blanc très toxique.
Hildegarde prévient : "L'euphorbe est considérée comme un poison et contient une chaleur qui brûle la chair de l'homme".

On l'utilisait au Moyen-Age pour soigner les verrues ; son usage est déconseillé de nos jours.

Surtout bien se laver les mains et ne pas se frotter les yeux en cas de contact.

Fenouil – Foeniculum vulgare Miller : sa racine fortement diurétique est conseillée pour les rhumatismes et les infections urinaires.

Ses semences, galactogènes et apéritives ont une action régulatrice du cycle féminin.

Hildegarde conseille l’utilisation des semences pour supprimer la mauvaise haleine ou améliorer la vue.

Elle écrit que « Le fenouil contient une chaleur douce et sa nature n’est ni sèche ni froide. De quelque façon qu’on le mange, il rend le cœur joyeux ; il procure une bonne sueur et assure une bonne digestion ».

Fougère – Dryopteris filix mas : elle inspire à Hildegarde les écrits suivants : « La fougère est tout à fait chaude et sèche, et contient assez peu de suc. Mais elle a beaucoup de vertus analogues à celles du soleil ; de même que le soleil illumine ce qui est obscur, de même elle met en fuite les apparitions fantastiques et c’est pourquoi les esprits malins la détestent.

Dans les lieux où elle pousse, le Diable exerce rarement ses sortilèges et elle évite et fuit les maisons et les lieux où se trouve le Diable ; là où elle pousse, la foudre, le tonnerre et la grêle tombent rarement ; et la grêle tombe rarement dans les champs où elle pousse.
L’homme qui en porte sur lui évite les sortilèges et les incantations des démons, ainsi que les paroles et autres visions diaboliques ».

Gentiane – Gentiana lutea (grande gentiane) : les principes amers sont toniques et digestifs. On la conseille aussi pour les états anxieux, dépression, problème de sommeil, fatigue générale.
Elle est même quelquefois prescrite contre la goutte et les rhumatismes.

Selon Hildegarde « La gentiane est assez chaude. Si on souffre du cœur comme s’il avait peine à se soutenir, réduire de la gentiane en poudre et la mélanger à une boisson. Le cœur reprend des forces ».

Géranium Robert – Géranium robertianum : plante fétiche d’Hildegarde. Appelée aussi « bec de grue » à cause de la forme de son fruit ou « herbe rouge » à cause de la couleur rouge de la tige, elle est plus connue sous le nom d’herbe à Robert ou herbe de Saint Ruppert.
Saint Ruppert, évêque de Salzbourg au VIIème siècle était le saint patron du couvent d’Hildegarde et elle ne faisait rien sans l’évoquer à tout propos.

Selon le principe de la théorie des signatures, en usage au Moyen-Age, une plante qui possède des pigments rouges soigne les maux liés à la circulation sanguine.

Le géranium Robert était donc connu pour ses propriétés hémostatiques mais également comme astringent et diurétique.

Hildegarde le conseillait pour les problèmes cardiaques, les troubles respiratoires, les angoisses et les infections urinaires : « Le bec de grue, très chaud et un peu humide, est puissant par la force de ses pigments ».





Gingembre (Zinzimber) ou Galanga (Alpinia) : Hildegarde semble ne pas toujours faire la distinction entre les deux racines.

Antiseptiques et antibactériens ces rhizomes sont également stimulants, fongicides, fébrifuges et anti-inflammatoires.

Indiqués en cas de troubles digestifs, coliques, intoxications alimentaires, rhumes, grippes, fièvres et maux de tête. Ils seraient même aphrodisiaques.

« Le gingembre est très chaud et se diffuse rapidement. Une personne grasse et en bonne santé n’a pas intérêt à en manger car le gingembre la rendrait stupide, tiède et lascive. En revanche, une personne affaiblie pourra prendre du gingembre réduit en poudre dilué dans une boisson ou incorporé à du pain ».

« Si une personne souffre d’une forte fièvre, réduire du galanga en poudre et le donner à boire dissous dans de l’eau. Et cela éteindra l’ardeur de la fièvre ».


Gingembre

Galanga



Hysope – Hyssopus officinalis : plante médicinale majeure. Ses fleurs et ses feuilles sont utilisées en infusion pour soigner l’asthme, les bronchites et autres problèmes respiratoires mais aussi les troubles de la digestion.

Les pétales s’utilisent en externe en cataplasmes ou en compresses d’infusion sur les ecchymoses ou les paupières. Son usage est déconseillé aux personnes nerveuses.

Hildegarde note :
« L’hysope purifie le foie et purge un peu les poumons. Celui qui tousse et souffre du foie ou des poumons doit manger de l’hysope avec la viande sous la graisse, et il se sentira mieux ».

"Elle a tellement de puissance que même la pierre ne peut l'empêcher de pousser là où elle est semée".








Iris – Iris germanica – Iris versicolor : les propriétés médicinales se trouvent dans le rhizome qui contient de l'irisine, substance résineuse qui agit sur le foie et le pancréas.

Il est également vermifuge et diurétique.

Hildegarde conseille l’iris pour les problèmes cutanés (même la lèpre), les troubles nerveux et les infections urinaires ; elle prescrit également une préparation à base de racine séchée mélangée à du vin chaud pour "celui qui a des calculs et pour celui qui a des difficultés à uriner".

« L’iris est sec et chaud. Sa verdeur réside dans sa racine et remonte dans les feuilles ».






Laurier – Laurus nobilis (laurier sauce) : à ne pas confondre avec le laurier fleur ou laurier rose, poison mortel.

Condiment et s’utilise en infusion.

Le laurier est antiseptique, diurétique, stomachique et expectorant.
S’utilise pour les troubles digestifs et les problèmes ORL (bronchites, sinusites, angines,….)

En externe, on utilise l’huile ou une purée obtenue à partir des baies, en massage pour les crampes, les rhumatismes.


Lavande – Lavendula officinalis : ses fleurs servent à la préparation d’une huile contre les douleurs rhumatismales.

Sa richesse en huile essentielle permet de calmer maux de tête et nervosité.

En tisane, elle est apaisante et digestive.

De la lavande, Hildegarde précise : La lavande est chaude et sèche et sa chaleur est saine. Si l’on fait cuire de la lavande avec du vin – ou si l’on a pas de vin avec de l’eau – et du miel et que l’on en boit souvent tiède, on apaise les douleurs du foie et du poumon, ainsi que les vapeurs de la poitrine ; on obtient ainsi une connaissance pure et un esprit pur ».



Lierre - Hereda helix : le lierre est fort apprécié en tant que plante médicinale. Hildegarde de Bingen le préconise pour soigner la jaunisse, les écoulements menstruels et les problèmes viscéraux.
De nos jours, on l'utilise surtout pour réduire la cellulite.

Lis - Lilium candidum : Hildegarde donne la recette d'un onguent à partir de la racine du lis écrasée dans su lait pour combattre les éruptions cutanées.
Recette toujours utilisée, le bulbe broyé dans du lait pour réaliser un cataplasme produit de bons effets.
Hildegarde avait remarqué l'association lis et lait puisqu'elle recommande de boire du lait de chèvre.


Livèche - Levisticum officinalis : ses feuilles sont consommables. La livèche fait partie au Moyen-Age des herbes de pot et les graines sont employées comme condiments.
La plante est employée en phytothérapie pour ses propriétés stomachiques en particulier.
En parfumerie, on utilise l'essence de livèche au parfum tenace.


Mandragore – Mandragora officinarum : Hildegarde tenait la mandragore si proche de la nature humaine qu’elle prescrivait de manger la partie de la racine en correspondance avec la région souffrante de l’homme. Véritable panacée : si l’on souffrait dans le cou, manger la partie correspondant au cou, si l’on souffrait du dos, manger du dos, de même pour la main, le pied ou tout autre partie du corps.

La mandragore est dessicative, émolliente, narcotique, somnifère.
Ses propriétés thérapeutiques sont les spasmes digestifs (colites, entérocolites), douleurs ulcéreuses (ulcères gastro-duodénaux), dysménorrhées.
Son nom lui vient du grec « mandra » - étable et « agauros » - nuisible.
Mandragores mâle et femelle – manuscrit Dioscurides neapolitus
Biblioteca Nazionale di Napoli – début du VIIème siècle


Mauve – Malva sylvestris : plante magique par excellence, elle est utilisée dans les cérémonies d’exorcisme et pour la confection des onguents d’amour.

Les Grecs pensaient qu’elle permettait à l’âme de s’élever, de s’affranchir des pesanteurs terrestres. Les Romains, quant à eux, l’appréciaient en salade pour digérer leurs orgies.

Plante médicinale de première importance, elle est toujours en bonne place dans les jardins de monastères.

Adoucissante, laxative, pectorale, diurétique, elle est utilisée en interne pour soigner la constipation chronique, les problèmes ORL dont l’asthme et la grippe.

Efficace en externe, en cataplasmes de feuilles, contre les dermatoses.

On applique du suc de mauve contre les piqûres de guêpe.

De l’avis d’Hildegarde : « En cas de fièvre, quelle que soit sa nature, piler de la mauve dans du vinaigre. En boire le matin à jeun et le soir au coucher : la fièvre disparaîtra ».


Menthe – Mentha pulegium : il en existe de nombreuses variétés : Hildegarde conseillait l’usage de la menthe pouliot contre la folie, la baisse de la vue et les digestions difficiles.

C’est également un décontractant musculaire, un antiseptique, un sudorifique ; elle a une action sur le foie et sur les systèmes digestifs et respiratoires.

En interne, elle soigne les migraines, les nausées, les troubles hépatiques, la goutte et les rhumatismes.

S’utilise en externe pour les problèmes cutanés.

Un conseil d’Hildegarde : « La personne qui souffre du cerveau jusqu’à en devenir folle fera cuire de la menthe pouillot dans du vin. Elle mettra des feuilles chaudes tout autour de la tête. On couvrira avec un linge. La folie diminuera ».

Noix de muscade – Myristica fragans : fruit du muscadier, la noix est enveloppée d’une gaine en forme d’araignée rouge, le macis ou arille, le tout protégé par une sorte de bogue.

Elle est fortement active et donc toxique ; deux noix complètes suffisent pour entraîner la mort.

La noix de muscade est un décontractant musculaire, un stimulant, un aphrodisiaque.

On l’utilise pour lutter contre les troubles digestifs, les nausées, les problèmes intestinaux ou gastriques, les rhumatismes.
En cataplasme (dans de la pâte à pain, une bouillie d’avoine ou de l’argile), la poudre de noix de muscade soigne l’eczéma et autres problèmes cutanés.

Ne pas dépasser une pincée par jour et par personne.

Hildegarde écrit : « La noix de muscade a une grande chaleur et un heureux équilibre de ses propriétés. Celui qui consomme de la noix de muscade ouvre son cœur, purifie ses sens et en retire des bonnes dispositions ».





Ortie – Urtica dioica : l’une des plantes préférées d’Hildegarde.

Tonique et astringente, dépurative et anti-infectieuses, diurétique et anti-rhumatismale, l’ortie prévient la plupart des maux les plus courants et soulage :
- la goutte
- l’arthrose
- l’anémie
- les troubles circulatoires et digestifs
- les infections urinaires
- les ulcères gastriques.

On la conseille pour lutter contre les rhumatismes, la fatigue, les problèmes digestifs, la baisse du désir sexuel, et pour lutter contre la déminéralisation, l’ostéoporose et les troubles de la ménopause.

Hildegarde la conseillait contre les vers intestinaux, les problèmes digestifs, la mémoire défaillante et le rhume.

« L’ortie est une espèce totalement chaude. Elle purge l’estomac et en fait disparaître les humeurs ».






Pavot - Papaver somniferum : cultivé depuis l'Antiquité pour l'opium, substance récoltée à partir de la scarification des capsules.
Les peuples de l'Orient le feront connaître aux occidentaux. On l'utilisait comme somnifère au Moyen-Age.

Le pavot est cité dans :

le Capitulaire de Villis
De cultura hortorum de Strabo
Le Mesnagier de paris "Pavot soit semé large à large" - le pavot doit être semé espacé.

Hildegarde écrit : "Sa graine, si on en mange, apporte le sommeil et apaise les démangeaisons, débarasse des poux et des lentes".

Plante à la fois bienfaisante et maléfique ; poison redoutable qui peut provoquer la mort.
Il est utilisé en raison de ses propriétés sédatives contre la douleur et la toux.



Persil – Petroselinium hortens : le persil a perdu son statut de plante médicinale au profit de celui de plante culinaire.

Il possède, toutefois, des propriétés diurétiques, stimulantes, digestives, dépuratives, fébrifuges.

L’avis d’Hildegarde : « Le persil est plus utile quand il est cru plutôt que quand il est cuit. Il adoucit les fièvres si elles ne sont pas trop fortes. Si on souffre du cœur ou de la rate, faire cuire du persil dans du vin rouge en ajoutant du miel ».



Pivoine officinale - Paenia officinale : racine reconnue pour ses propriétés médicinales.
Hildegarde l'utilise en lotion pour combattre la teingne, très courante à l'époque.
De nos jours, utilisée pour relaxer le système nerveux sypathique mais elle est interdite pendant la grossesse.


Piloselle épervière – Hiercium pilosella : la piloselle était couramment utilisée autrefois pour traiter les affections respiratoires telles que l’asthme, la bronchite….On en boit des infusions contre la grippe, les problèmes stomacaux et intestinaux, la diarrhée et les crises de foie ; on en fait aussi un bain pour les yeux.

En cataplasme, elle concourt à faciliter la cicatrisation des blessures.

Tout comme l’arnica, l’usage de la piloselle aurait été introduite dans la pharmacopée par Hildegarde.





Pissenlit – Taraxacum officinalis : appelé aussi « tête de moine » ou « dent de lion ».

Plante médicinale qui soigne efficacement de nombreuses maladies.

Fortement diurétique, il nettoie les reins, le système urinaire et le foie.

Il lutte contre les insuffisances hépatiques, l’hypercholesterolémie, les infections urinaires ainsi que contre le surpoids et même la cellulite. Par son action « nettoyante » du sang, il permet d’éliminer la rétention d’eau.

La seconde grande indication du pissenlit est les douleurs rhumatismales.

« Le pissenlit est chaud et sec. Si l’on en mange souvent, comme de tout autre aliment, on purge l’estomac et l’on fait disparaître de nombreux troubles de la vue ».



Plantain : quelque que soit la sorte (major, lancéolé et minor), c’est une plante aux très nombreuses indications.

Adoucissant et astringent, il régularise le transit intestinal. Antiseptique et expectorant, il calme la toux et les bronchites.
Hémostatique et cicatrisant, il était la panacée des soldats qui l’utilisaient pour stopper les saignements des blessures.
Circulatoire, on l’emploie pour les jambes fatiguées.

S’utilise aussi bien en interne qu’en externe : décoction, macération dans du vin ou du miel, infusion pour les collyres, frictions, cataplasmes.
Peut aussi se consommer en salade : il était d'ailleurs considéré comme herbe de pot au Moyen-Age (comme les épinards ou les bettes).

Hildegarde lui reconnaît de nombreux pouvoirs ; il apaise la goutte, diminue le gonflement des glandes, enlève les points de côté, soulage les piqûres d'insectes.
Il permet également la consolidation des os.

« Le plantain, malgré son tempérament froid, garde une nature équilibrée. Si on le fait cuire dans du vin et que l’on boit ce vin chaud, il apaise les fortes fièvres ».






Potentille – Potentilla reptans et Potentilla fragriastrum : les racines sont astringentes et sont utilisées contre les dysentries, les hémorragies, les problèmes pulmonaires (asthme, tuberculose, coqueluche) et tous les troubles digestifs.

Hildegarde conseillait la potentille pour les problèmes hépatiques et les fortes fièvres.

Des cataplasmes de racines ou des compresses imbibées de décoction soignent les douleurs rhumatismales et les ecchymoses.

La potentille doit s’utiliser fraîche car elle perd ses propriétés à la dessiccation et même dans la teinture mère.

« Contre les humeurs superflues et empoisonnées, mélanger de la potentille avec deux fois autant d’euphorbe. Les piler pour en recueillir le suc qui sera mis dans un récipient en terre. Verser dessus un vin blanc. En boire après manger et au coucher durant 15 jours ».


Primevère officinale - Primula officinalis : appelée "palnte du soleil" au Moyen Age.
Hildegarde explique qu'elle "apaise la mélancolie dans le coeur de l'homme".

"Il faut alors que l'homme porte de cette herbe sur sa chair et sur son corps jusqu'à ce qu'elle le réchauffe. Alors les esprits qui le tourmentent redoutant la vertu que cette herbe reçoit du soleil, cesseront de le tourmenter"

Pulmonaire - Pulmonaria officinalis : la pulmonaire est une plante des signatures. Elle tient son nom des tâches blanches qui maculent les feuilles et qui les font ressembler à des abcès qui touchent les poumons.
On croyait, au Moyen-Age qu'elle guérissait les affections pulmonaires.

Selon Hildegarde de Bingen : "Si on a le poumon enflé, boire souvent de la pulmonaire cuite dans du vin, et le poumon retrouvera la santé".


Pyrèthe - Pyrethrum : plante médicinale qui pour Hildegarde "augmente la quantité de sang pur" et "donne une saine intelligence".
Elle ne fait pas allusion à la croyance comme quoi la plante était un antidote aux morsures de serpents et des bêtes mauvaises, croyance que l'on rtrouve dans la Tapisserie de la Chasse à la Licorne.


Romarin – Rosmarinus officinalis : le romarin faisait partie des plantes funéraires de l’Antiquité.
Il apparaît dans tous les rituels de guérison, qu’ils soient magiques ou religieux.

Depuis l’Antiquité, il est employé pour améliorer et stimuler la mémoire.
Le romarin est considéré comme une plante tonique, revigorante et stimulante.

En lotion, il soulage les douleurs rhumatismales. Quelques gouttes d’huile essentielle dans l’eau du bain, appliquée sur la peau l’huile essentielle est analgésique.

Le romarin accélère la convalescence à la suite des maladies chroniques ou de stress prolongé. Il stimulerait les glandes surrénales et se révèle efficace dans le traitement de l’asthénie.

Il possède également de légères propriétés anti-dépressives.






Rose - Rosa : ses propriétés médicinales sont largement reconnues par W. Strabo et Hildegarde de Bingen.
Hildegarde pense que "la rose est excellente si on en ajoute aux potions, onguents et autres médicaments".
Elle recommande de placer un pétale de rose sur l'oeil : "il fait sortir l'humeur et l'éclaircit".
Elle préconise un onguent à partir de pétales de roses, de sauge et de saindoux dans le cas de crampes ; ces remarques sont toujours valables aujourd'hui.

Rue officinale - Ruta graveolens : la rue est une plante médicinale. La chaste Hildegarde la recommande "si un homme est dérangé lors des
plaisirs de l'amour, et que son sperme a été sur le point de jaillir, qu'il est demeuré à l'intérieur et qu'il commence à le faire souffrir". Il semble que cette indication thérapeutique ne soit plus retenue aujourd'hui.
Sauge – Salvia officinalis : en latin salvia signfie “plante qui sauve”. Pour les Grecs et les Romains, la sauge sauve non seulement le corps des maladies mais aussi l’âme, d’où sa grande importance dans les rites magiques et funéraires.

Plante de grande importance dans le jardin médiéval ; sa culture est recommandée par Charlemagne dans le Capitulaire de Villis et W Strabo en fait son
éloge.

Son utilisation est fortement conseillée par l'école de Salerne : "Sauge dans le jardin, éloigne le médecin".
Tonique, la sauge est à la fois digestive, stimulante du foie et de l’estomac, calme les douleurs rhumatismales, combat la fatigue nerveuse, l’excès de transpiration, la dépression, les infections respiratoires.

Elle a la réputation justifiée de « reine des plantes médicinales ». Ses seules contre-indications sont la grossesse et l’allaitement.

Hildegarde recommande les deux sauges (officinale et sclarée) dans les cas de flegme, maux d'estomac et migraine.

« la sauge est de nature chaude et sèche. Elle est bonne à manger aussi bien crue que cuite, pour ceux qui souffrent d’humeurs nocives, car elle apaise ces humeurs ».





Souci - Calendula : Hildegarde lui reconnait des vertus puissantes, notamment d'être un antipoison.

Elle connait également ses vertus apaisantes : "si quelqu'un a des ulcérations sur la tête, qu'il prenne des feuilles de calendula et qu'il en exprime le suc, qu'avec le suc et un peu d'eau, il fasse une bouillie de farine de blé et de seigle, qu'il s'en recouvre la tête avec un linge par dessus, et laisse le tout s'échauffer jusqu'à ce que la bouillie se fendille ; qu'il l'enlève alors".

On retrouve aujourd'hui ces propriétés dans les crêmes au calendula.



Tilleul – Tilia : les feuilles possèdent des vertus calmantes et antispasmodiques. Elles sont aussi sédatives du système nerveux et facilitent la digestion.

On reconnaît au tilleul des vertus anti-grippe. Il calme les maux de reins, les courbatures, et le mal de tête lié aux refroidissements.
Pour éliminer les calculs rénaux on utilise une décoction corsée d’aubier de tilleul (seconde écorce de l’arbre) pendant 10 jours de suite.


Thym – Thymus vulgaris : se prend en infusions, en macération dans du vin ou en huile essentielle.
S’utilise pour de nombreux maux :

- fatigue
- angoisses
- toux
- asthme
- digestion lente
- infections urinaires
- rhumatismes.

Hildegarde écrit : « Le thym, si on lui ajoute d’autres bonnes herbes et condiments, enlève les putréfactions des maladies, grâce à sa chaleur et sa force ».

Elle pense même qu'il faut utiliser la plante dans les cas de lèpre. Elle préconise d'en mettre dans l'eau du bain des malades.






Valériane – Valeriana officinalis : son nom vient du latin valere qui signifie « bien se porter ». Depuis les temps les plus anciens les Grecs, les Arabes et les Chinois utilisaient la valériane pour soigner la toux, l’asthme, la goutte et la rétention d’eau.

Elle doit son surnom « d’herbe-aux-chats » à l’odeur peu agréable qu’elle prend en séchant et que les chats adorent.

D’après Hildegarde : « La valériane est chaude et humide. Pour guérir la goutte et la pleurésie, réduire la valériane en poudre et en faire des pilules avec de l’eau, de la farine et du saindoux. En manger souvent ».


Verveine officinale - Verbena officinalis : Hildegarde confectionne des cataplasmes avec des feuilles de verveine, qu'elle place "sur les parties putrides de la peau ou sur les parties du corps recouvertes de vermine".

Elle conseille aussi "si on a l'intérieur de la gorge enflé, faire tiédir de la verveine dans de l'eau, la mettre ainsi sur la gorge, recouvrir d'un linge jusqu'à ce que la tumeur disparaisse".



Violette - Viola : plante médicinale aux nombreuses vertus thérapeuthiques ; Hildegarde l'a tient en grande estime.

"La violette est d'une coloration discrète, elle pousse grâce à la douceur et à la légéreté de l'air".

Pour les irritations occulaires, Hildegarde recommande : "faire chauffer de l'huile d'olive au soleil ou sur le feu, ajouter des violettes de façon à l'épaissir et conserver dans un récipient en verre. Pour la nuit, s'en frotter les yeux et les paupières sans toucher la partie interne des yeux et on s'éclaircira la vue".



7. Les aliments de santé préférés d'Hildegarde


Au delà des soins proposés, il y a les secrets de la cuisine d'Hildegarde, les aliments qu'elle préconise comme remèdes contre la maladie.
Pour la préparation de ses recettes, Hildegarde de Bingen utilisait de l’huile d’olive, du vinaigre, du vin, du pain, du miel.

L’huile d’olive : Hildegarde en avait compris les propriétés notamment sur les maladies cardio-vasculaires ; le cholestérol baisse et les artères sont mieux protégées.

Elle agit également sur l’hypertension, le diabète et l’ostéoporose (en favorisant l’assimilation de la vitamine D).

L’huile d’olive protège les artères du vieillissement et est également un atout pour les neurones.


Le vinaigre : Hildegarde l’utilisait à toutes les sauces ; aussi bien en externe pour lier les ingrédients des cataplasmes qu’en interne.

Quand elle indique le vinaigre, Hildegarde fait référence au vinaigre de cidre.

« Le vinaigre, en assaisonnement, évacue la pourriture de l’homme, diminue en lui les humeurs et la nourriture passe en lui par la voie directe ».

Les propriétés du vinaigre sont multiples : angines, diarrhée, digestion difficile, hoquet, migraines, problèmes cutanés, rhumatismes, rhumes et surpoids.


Le vin : le monastère d’Hildegarde était situé au milieu des vignobles, ce qui explique que la plupart de ses recettes sont préparées à base de vin.

Le vin possède des qualités thérapeutiques indiscutables. Cependant, il ne faut pas oublier que les procédés de vinification, le degré d’alcool et les moyens de conservation sont différents de ceux de notre époque.

Le vin moins alcoolisé à sa fabrication était coupé d’eau. Pour lui éviter de tourner trop rapidement on lui ajoutait des épices, du miel et des aromates.

De plus, Hildegarde préférait le vin à l’eau car cette dernière n’était pas toujours très buvable : pour remplir les puits on prélevait l’eau des rivières qui servait également à laver le linge et à évacuer les eaux usées.


Le pain : Hildegarde préconise souvent le pain pour l’absorption de poudres de plantes ; on mélange la poudre à une boulette de mie.

La farine et la pâte de pain servent également de cataplasme.

Le pain est avant tout un des aliments essentiels du Moyen Age.

« Le blé est chaud, plein de richesses, si bien qu’il ne manque de rien. Quand on en fait de la franche farine, le pain est bon pour les bien portants comme pour les malades ».

« Le pain de seigle rend plus vigoureux encore les gens en bonne santé. Il diminue la graisse des personnes trop grosses ».

« L’avoine constitue une nourriture généreuse et saine pour les personnes en bonne santé : elle leur donne la bonne humeur, une intelligence nette et claire et une carnation belle et saine ».

Le miel : aliment de santé incomparable, il est aussi la base de nombreux soins externes. Il permet de lutter contre les problèmes de l’âge.

Comme il est riche en oligo-éléments, en protéines et en vitamines, le miel est défatiguant, re-minéralisant, stimulant de la mémoire et légèrement laxatif.

Le miel est également adoucissant, antiseptique et cicatrisant. Il s’utilise pour les petites brûlures ou écorchures. Le miel intervient dans la fabrication de nombreux cosmétiques.


Les fèves, pois et lentilles : avec le pain, les légumes secs faisaient partie de l’alimentation de base au Moyen Age.

« Le pois chiche est chaud, léger et agréable à manger. Il n’augmente pas les mauvaises humeurs chez la personne qui en mange. Quand on a de la fièvre, faire cuire des pois chiches sur des braises pour être guéri ».

« La farine de fève est bonne et utile aussi bien pour la personne en bonne santé que pour le malade ».

Les carottes - Daucus carota : elle existe à l'état sauvage mais il est recommandé de ne pas la ramasser ; elle présente trop de similitude avec sa cousine la ciguë.

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Jagannath
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Messagepar Jagannath » Mer Oct 20, 2010 14:07 pm

Quelle belle histoire!
Nous avions parlé d'elle autrefois dans un débat sur l'église.

    Image
    L'abbesse Hildegarde von Bingen (1099-1179) décrira près de 300 végétaux dans son grand livre des simples du Moyen-Âge.

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Schae
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Messagepar Schae » Jeu Oct 21, 2010 8:06 am

Mon abbesse préférée!


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