# Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Échanges de vidéos, d'images et musiques.
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- On peut aborder les thèmes d'actualité ici, lorsqu'ils sont directement liés à l'approche spirituelle.

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Messagepar Eloha » Dim Mar 01, 2015 15:04 pm

:)


Superbe ! j'aime beaucoup l'harmonie des couleurs .. Merci :)

...

Léon .. Acrylique 2013

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...
Poster Acrylique.. Vérité ..2008

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...

Acrylique .. Regard.. 2012

Image

....

Merci :)
...

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Messagepar Eloha » Dim Mar 01, 2015 16:29 pm

:)


Jagannath a écrit :Vous avez toutes les deux du génie pour l'utilisation des couleurs et de leurs contrastes.



Merci :)
...

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Messagepar Eloha » Mar Mar 03, 2015 13:33 pm

Bonjour à tous :)


Poster Aigle sous inspiration.(réalisé en 3h). Acrylique 2002

Image

Ombre d'été.. Acrylique 2002

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Vaness.. Acrylique 2011

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Merci :)
...

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Messagepar Totem » Mar Mar 03, 2015 15:05 pm

J'aime beaucoup les palettes de couleurs utilisées dans de toutes ces peintures, j'adore le très beau jardin de kasi et l'aigle d'Eloha.:-)

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Messagepar Eloha » Mer Mar 04, 2015 14:07 pm

:)

Totem a écrit :J'aime beaucoup les palettes de couleurs utilisées dans de toutes ces peintures, j'adore le très beau jardin de kasi et l'aigle d'Eloha.:-)


:)

....

Frozen.. Acrylique 2013


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Maèl .. Acrylique 2013

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Envolé.. Acrylique 2011

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Merci :)
...

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Messagepar Eloha » Jeu Mar 05, 2015 11:07 am

bonjour à tous :)


Enfant de la Lumière


L'amour est ton naturel, en toi vit des merveilles.
Au-delà des miroirs ; Tes sens te font voir.
Par delà des couleurs, tu sais reconnaître les chaleurs.

Enfant intérieur et puissant, l'innocence de ton cœur t'apprend les valeurs.
Enfant artiste et sensible, ton esprit t'emporte dans des mondes oubliés.


En toi et tout autour de toi ce manifestent des vérités.
Tes lumières te guident au delà des certitudes imposées
Ton respect pour la vie est tes forces de progressions.
Tu sens et ressens par delà des illusions.



Enfant spontané, tes pensées sont vrai,
Enfant sincère, tes visions sont clair.
Enfant illuminé, ton esprit visite les invisibles
Dans des aspirations d'absolus, tu touches des infinis.....


...

Reflet .. Acrylique 2005

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...

Recueil ... Acrylique 1998

Image

.....

Merci :)
...

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Magie pratiquée : La voie du Coeur

Messagepar bastet » Ven Mar 06, 2015 1:08 am

Pour mettre en valeur vos beaux textes, je vais mandater ce week-end le p'tit robot correcteur pour corriger les nombreuses fautes d'orthographe et grammaire. La syntaxe c'est plus difficile, sauf à changer l'expression.
Quand il aura fait le travail, mon message disparaitra.

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Messagepar Eloha » Jeu Avr 02, 2015 10:57 am

:)






De Tout mon Être.


Partout où s'écoute, s'entend l'attente
Partout où s'inter-vient, s'expose ça flamme



De Tout mon Être, là pour Vous dire .. Arrêté de Croire ... Soyez Nous.


... Ils attendent un Sauveur, un envoyé là pour exposer, parce qu'ils ont oublié le Savoir Aimer.


En Tous Temps, le Verbe a généré
A Tout Sens, Son Om a propagé



De Tout mon Être, En son Unis-son... exposé aux clartés.. Nous Sommes.


... Ils espèrent un état, qu'ils ont re-défini a leurs images, c'est en préférant le Voir a l'Entendre, qu'ils en ont perdus les Sens.


En Toutes voies, s'initie l'infini
En Tous Coeur, s'insuffle ça voie



De Tout mon Être, aux services du vivant.. Inspiré au plus "pur" .. Nous Savons.


... Ils veulent y voir des pouvoirs, en détournant le Savoir, éloignés des essentiels, c'est aux superficiels qu'ils ç'attachent.


En toutes vies, résonne une essence
En tout espace, des échos s'y relient



De Tout mon Etre, vibre le vivant a ça Source.. Relié aux Tous .. Nous portons l'échos


... Ils veulent avoir des après conscient, en oubliant d' Être Vivant, privilégiant l'avoir à l'Être, ils ce condamnent aux errances dans des incohérences.


(02/08/2014)


:)
...

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Messagepar Hécate » Mar Avr 07, 2015 20:53 pm

...
Modifié en dernier par Hécate le Jeu Juil 23, 2015 17:42 pm, modifié 1 fois.

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Messagepar Proxydore des Rivières » Mer Avr 15, 2015 15:55 pm

Salut les Pandoriens,

J'ai écrit deux sonnets pour me motiver à ne plus être paresseux. Quand tout va bien dans notre vie mondaine, on devient anesthésié, il est nécessaire de se faire des piqures de rappel de la souffrance dans laquelle on ne manquera pas de retomber si on arrête les pratiques spirituelles !

---------------

Le goût que laisse la faute

Mon cœur s'arrache et sombre et tombe en lambeaux
Amer désarrois, sombre, que de se tenir seul
Harcelé par les ombres et l'appel du tombeau
L'univers écœuré me laisse à mon linceul.

Mon sang bouillant excite a torturer mon âme
Des incubes putrides, et les feux harassants
Des démons aveuglés, secouent mon faible sang
Degorgeant tout mon coeur de leurs obscures flammes.

Tout espoir est perdu, ma haine a consumé
Les chances de la joie, l'espoir d'être aimé
Carburant moribond aux déchets médiocres.

Rejeté sur la berge, les deux talons tranchés,
Le cœur abandonné à l'effroi du sépulcre
Il ne me reste rien que tout à regretter.

----------------

A prendre le Diable pour son ami

Brulé par la nuée des corbeaux ricanants,
« A quoi pensais-je hier quand le cœur déluré
J'offrais comme une offrande à la curiosité
Le miraculeux gage d'être enfin vivant ? »

Cette chance, un guerrier, mille vies la chercha,
Aux vains plaisirs du monde, le saint homme tint tête
Les rêves et les femmes, les royaumes et les fêtes,
L'immense et écrasante séduction des pachas,

Il fuyait tout, toujours, ne voyant de repos
Qu'en la Source première, la suppliant sans cesse
D'avoir un jour la joie d'entrer dans sa tendresse.

Cette chance, il l'a eue, car ce guerrier, c'est toi.
Après mille vies d'ouvrage, Dieu accède à ta foi.
Odieuse mollesse, hui, tu lui montres ton dos.
"Saint Socrate, priez pour nous !" - Erasme

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Messagepar Proxydore des Rivières » Mer Avr 15, 2015 16:53 pm

Et un plus joyeux, sur notre pèlerinage !

Dieu se gausse et nous attend.

Hardis, Icares, hardis ! Le triomphe est à vous,
Si l'âme consentante et le cœur docile
Vous accourez à moi du pied le plus agile.
Et faites fi, en route, de ceux qui désavouent

L'Amour que je vous porte, car ma loi est très claire :
A celui qui demande, je lui offrirai tout.
A celui qui refuse, je refuserai tout.
Que le Salut est simple ! Qu'il est bon de me plaire !

Rien ne me fait plus rire que le navigateur
Qui considère sa carte comme le territoire
Et qui, les yeux baissés, rencontrant-là Ma gloire

Se plaint d'être ébloui et de ne pouvoir lire !
Sa tête est trop chargée pour voir à ma hauteur,
En lisant, seuls ses pieds sont sa ligne de mire.
"Saint Socrate, priez pour nous !" - Erasme

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Magie pratiquée : La voie du Coeur

Messagepar bastet » Mer Avr 15, 2015 18:08 pm

Notre Proxy se déchaine.
Il y a dans ton premier sonnet des accents baudelairiens.

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Messagepar Margotland » Lun Juin 08, 2015 19:18 pm

Isis


N'as-tu pas un jour songé à te dévoiler?
De tes merveilleux secrets je ne m'épuise,
A chaque combat je pleure de te délaisser,
Et pourtant ta flamme m'attire et m'avise.

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Magie pratiquée : La voie du Coeur

Messagepar bastet » Mar Juin 09, 2015 1:05 am

C'est beau, cela vient de ton cœur.
Isis te protège et t'éclairera.

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Messagepar Margotland » Dim Juil 12, 2015 21:26 pm

Le puit semble de pierre
Il n'y a ni seau ni corde
Au fond le noir rempli d'air
Remonte une invisible chose.
Modifié en dernier par Margotland le Dim Juil 12, 2015 22:29 pm, modifié 1 fois.

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Messagepar Margotland » Dim Juil 12, 2015 22:31 pm

Pas de canicule ici.
Le chaud est partis.
La pluie d'été et son parfum
Embaume le peu de verdure

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Margotland » Dim Sep 20, 2015 19:52 pm

Mon Maître à moi

Il ne croit pas en Dieu
Dieu est un mot d'homme

Mon Maître à moi

Il connaît toutes les réponses
Sans jamais les donner

Mon Maître à moi

Il me parait doué de mutisme
Seules font échos mes pensées

Mon Maître à moi

Est le plus grand amoureux de toute vie
Sans jamais être embarrassé de ce sentiment.

Mon Maître à moi

Je l'ai recherché parmi les extraterrestres
Pour sur je ne l'ai pas trouvé.

Mon Maître à moi

Je ne l'ai jamais vu
Sans odeur, ni son, je ne l'ai jamais touché.

Mon Maître à moi
Il est.
amor vincit omnia

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Margotland » Lun Jan 11, 2016 20:06 pm

Cette douce nuit
J'ai danser autour d'un feu
Avec pour belle compagnie
Une bande d'ange tout heureux,

D'avoir trouver pour compagnie
Une folie douce et légère
La musique sans bruit
C'était faite vibration
Cacher dans le cœur de la terre
Et l'univers pour horizon.

Les anges scandaient toujours cette chanson
Joue avec nous
Danse avec nous
Le chemin est le bon.
amor vincit omnia

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar max75011 » Lun Fév 15, 2016 20:13 pm

L'amour est un et indivisible
L'on tend à croire le contraire par des choses solides
Mais cette flamme éternel qui repose en chacun de vous
Souhaite juste s'exprimer à travers chacun de nous
à vous d'ouvrir la porte et de la laissez ouverte
même si certains coté de la pièce vous font mal-être
la solution est d'accepter et non d'agresser
car comme la haine engendre la haine
la paix engendre la paix


La recherche commence
Lorsqu’il n’y a plus d’chercheur
Tout commence quand tu penses
Ne crois-tu pas qu’il est l’heure ?
Notre belle planète se meurt
Sans crier son malheur
Elle te respecte mais tu souilles
Oh vilaine fripouille
Pourquoi diable massacrer
Alors qu’elle ne souhaite qu’aimer
Accepte là et prends là
Car au fond, c’est toi.


Un arbre nait vit et meurt
Comme l’homme qui regarde l’heure
L’un se plain et l’autre vit
Fais-en l’expérience
Ou pour toi c’est finit
La vie est et ici
Pas seulement dans ton lit
Vous avez dit la croissance ?
Moi j’parle de transcendance
De ton être pas d’ton perso
Arrête donc ta ro.ro
Ici la vie est
Et le s’ras à jamais
Lify / Max

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Jagannath
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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Jagannath » Lun Fév 15, 2016 23:01 pm

Tu l'as mis en musique?
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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Margotland » Lun Avr 04, 2016 21:44 pm

Prière :

Par delà l'univers
Par delà les galaxies
On y trouve ton royaume éternel

Sans soleil sans étoiles
Sans lune et sans terre
On y trouve lumière des lumières.

Bienheureux est ton esclave
Son service épuré
Son amour en est comblé

Pardonne moi mes égarements
Pardonne moi ces doutes
Pardonne moi ces faux sentiers

Sous l'ombre d'une vertu
En ton absence
J'y ai trouvé un vice

Sous l'ombre d'être toi
En ton absence
J'y ai trouvé un vide

Sous l'ombre des dons
En ton absence
J'y ai trouvé faux-ego

Ô mon amour, mon père, mon ami
Je te prie de me prendre la main
Et de me mener vers ton chemin
La demeure absolue
amor vincit omnia

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Ley » Sam Avr 09, 2016 14:14 pm

Sort s'y erre

Chat gris ronronne de plaisir
En voyant sa maîtresse jouer des airs
Envoûtants qui seraient, pour d'autres, délire.
Voici sous sa cape noire la plus féerique des sorcières.

La Terre ne tourne plus rond !
Des objets volent en tout sens,
Au-dessus des rivières croulent les ponts.
De partout les animaux semblent en transe.

Mysticisme en apparence...
La sorcière défie les hommes
De son regard franc comme l'arrogance.
Personne ne doit connaître son royaume.

Elle se sent l'âme vagabonde.
C'est l'aurore, le petit jour qui se lève.
Avant que l'heure n'arrive d'éclairer le monde,
Elle rit aux larmes et pleure un sourire aux lèvres.
Modifié en dernier par Ley le Sam Avr 09, 2016 18:42 pm, modifié 1 fois.

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Ley » Sam Avr 09, 2016 18:37 pm

Arrêt du temps devant tant de peine
Mon coeur ne bat plus depuis ce jour
Où l'on m'a retiré mon amour
Une larme coule mais je suis la reine
Retirée du monde cruel qui m'enleva
Saul, mon compagnon, mon âme soeur
Etrange destin que celui de la douleur
Ta silhouette hante ces lieux vides de toi
En désespoir je prie tous les dieux
Rares moments de répit
Nos souvenirs reprennent vie
Et je sens ton baiser sous d'autres cieux
Loin, te voilà si loin mon prince
Le spectre de ton ombre résonne
Evanouie, je me laisse emporter, fusionne
Sous ton étreinte sans consistance

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Ley » Dim Avr 10, 2016 17:33 pm

Le hibou attend la nuit
La pie vole sans qu'on y prenne garde
Le chat parle mais sans bruit
Regarde

Prends le temps de l'amour
Et savoure le moment
De donner sans retour
Ressens

Ouvre le royaume de tes sens
Oublie ce que tu sais dire
Danse une chorégraphie, danse
Respire

Tout autour ces ondes
Constituent des néons
Qui t'appellent dans le monde
Réponds

L'invisible nous invite à aimer
Ce joyau qu'on nomme la vie
Il n'y a pas une seconde à hésiter
Remercie

Après ce que je t'ai enseigné
Libre à toi
D'élargir les voies des égarés
Renvoie

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Schae » Lun Avr 11, 2016 1:21 am

Oh! Merci Ley, je pourrais faire de beaux rêves magiques d'ici à tout de suite...

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Totem » Lun Avr 11, 2016 12:25 pm

Merci Ley pour ces beaux poèmes.;-)

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Camilla n'ha Marcella » Dim Avr 17, 2016 4:06 am

Une petite uchronie, un rêve de paix, dans lequel les humains ne se détruisent pas à coup de mitrailleuses et de grenades, un rêve dans lequel les Noms donnés aux Dieux n'ont aucune importance...
Ce texte est dédié à Thierry et Emmanuel, grands organistes devant l'Eternel, et à mon vieux complice Orlando K., avec un clin d'oeil amical à Schae ;-)

* * * * * * *

Le Moine et la Prêtresse


Camilla vivait en Avalon.  « Quand »  ne veut pas dire grand chose, car il y a déjà bien longtemps, en termes de lunaisons de la Terre, que les Druides ré­unis en assemblée solennelle ont séparé les deux mon­des. La belle île d’Avalon a suivi son chemin propre, noyée dans des brumes protectrices de plus en plus opaques, et rares sont ceux - celles, plutôt - qui savent encore franchir la porte entre les mondes.
En Avalon, Camilla était une des Servantes de la Déesse, Prêtresse d’Avarra la Sombre Mère. Elle avait subi une initiation longue et rigoureuse, et avait ensuite appris, entre autres choses, à trouver son chemin dans la brume. Quand elle aurait besoin d’aller sur la Terre des humains, elle appellerait l’immémoriale barge et, debout à sa proue, à la seule force de son esprit, elle naviguerait entre les univers.
Jusque là, elle n’en avait jamais éprouvé aucune envie, et pour son grand bonheur elle n’avait jamais eu besoin de faire appel à ses capacités de navigatrice.
Elle remplissait ses devoirs de Prêtresse, dans le calme de son âme toute tendue vers la recherche de l’ineffable et stable Vérité qui gît au delà des apparen­ces. Une fois le mois, lorsque la Lune était en son plein, elle participait à la cérémonie nocturne qui voyait une longue procession de robes noires et de robes blanches mêlées monter le sentier qui serpentait jusqu’au sommet du Tor. Une fois qu’elle avait atteint le cercle de pier­res qui en couronnait le faîte, Camilla saisissait sa grande harpe de bois sombre et précieux, présent fait jadis à Kevin le Barde par un antique Roi gaulois. Elle laissait rêveusement ses doigts effleurer les cordes, et elle tirait de l’instrument des mélodies inspirées par la Déesse, mélodies qui conduisaient ses compagnes sur les chemins secrets du Mystère. A l’aube, elle se réveil­lait, pourrait-on dire, elle sortait de sa transe, ayant enco­re en l’esprit, comme de fins lambeaux de brouillard au soleil levant, des fragments de ce qu’elle avait joué, des arpèges et des mélodies dont le souvenir la ravissait. Car là était le véritable trésor de Camilla : sa musique. Elle ne prêtait aucune attention aux biens matériels, ni à tout ce qui les accompagne - Pouvoir, notoriété et honneurs - non, elle se contentait paisiblement de la chaleur de la sororité des Prêtresses, et des accords et chants qui habitaient son âme…
Bien souvent elle s’éloignait du petit village des prêtresses et, seule, au bord d’un étang ou au sein d’un des bosquets qui jouxtent le domaine des Fées, elle rêvait, elle méditait, non en mots mais en musique. Ses pensées n’étaient qu’harmonies pures, notes qui s’égrenaient en gouttelettes d’eau vive, et de ses réflexions naissaient les hymnes à la Terre Mère qui guideraient ses Sœurs lors de la prochaine Lune.

* * * * *

Frère Orlando, après une vie déjà longue et passablement agitée, avait suivi l’exemple de ces Chevaliers des temps arthuriens qui, ayant « jeté leur feu »  et accompli d’innombrables prouesses, se retiraient dans la calme mais vibrante atmosphère qui régnait, parfois, dans les monastères. On aurait pu dire qu’il venait d’une autre époque que Camilla, mais comme ils vivaient sur des plans d’existence séparés, là encore, cela n’aurait pas eu grand sens…
La sérénité du lieu, la spiritualité profonde qui émanait du monastère de Glastonbury et des Frères qui l’occupaient, tout à la fois apaisaient son âme et simultanément lui autorisaient des envolées de l’esprit qu’il n’aurait jamais cru pouvoir vivre alors qu’il était plongé dans le monde profane.
Ynis Witrin, ou Glastonbury comme la nomme le vulgaire, est un lieu où les forces de la Nature, les forces spirituelles dont Dieu avait béni cette parcelle de terre, stimulaient les meilleurs, et faisaient fuir, épouvantés, ceux qui étaient noirs en leurs cœurs…
Frère Orlando donc aurait lui aussi passé des jours paisibles si une passion dévorante n’avait brûlé son âme. Ce n’était point un vice, Dieu qui voit tout, mais il y était plus accroché qu’un junkie à sa dose d’héroïne ! Orlando ne vivait que pour l’orgue. Il connaissait tout le répertoire, tous les grand Maîtres qui s’étaient succédé en Occident. Buxtehude était son ami, Bach son mentor et Daquin son complice. Il avait fait la tournée de tous les pays d’Europe, connaissait tous les organistes titulaires de ces merveilleux instruments, et de la Sicile à la Suède, il avait touché le clavier de toutes les orgues importantes du vieux continent. Hélas, malgré l’afflux incessant de pèlerins et de simples touristes, Glastonbury était pauvre. Non que les rentrées d’argent fussent minimes mais, fidèles à leurs vœux de pauvreté et d’amour de tout ce qui souffre et pleure ici-bas, les Frères redistribuaient aux laissés-pour-compte de la civilisation de consommation la plus grande partie de leurs revenus. Aussi un orgue comme ceux qu’il connaissait, même le plus modeste d’entre eux, il n’y fallait point songer.
Maigre consolation, un riche pèlerin qui l’avait entendu jouer ailleurs lui avait offert un orgue électronique. Maigre consolation en effet, car le son était rachitique, dur, machinal, et les deux claviers et le pédalier auraient été indignes même de l’orgue liturgique le plus pauvre. Mais enfin, Frère Orlando avait remercié Dieu pour cette aubaine, et même s’il eut fait cent fois mieux sur le plus pauvre des instruments à tuyaux, il se disait que c’était mieux que rien. Doté d’un talent et d’un feu incomparable, il tirait de cette ombre d’instrument des harmonies à faire pleurer les Anges du ciel.

* * * * *

Camilla avait un lieu de prédilection. Issue du royaume des Fées, une petite rivière traversait une partie du territoire d’Avalon et se jetait dans l’océan, se perdant, se diluant dans les marais côtiers qui constituaient une partie des rivages de l’île. Elle était bordée de bosquets d’oyats, de bouleaux argentés, de peupliers et de saules. Un remous obstiné avait au fil des ans creusé une minuscule crique entre les racines noueuse d’un vieux saule pleureur. Sous la voûte de son feuillage régnait une atmosphère étrange, dorée, irréelle, où, dans les rayons d’or teintés de vert par le feuillage, des myriades d’insectes dansaient l’éternelle danse de la Vie.
Camilla avait là son lieu, à elle dédié, entre deux racines. Blottie là, des après-midi entières, elle contemplait cette danse merveilleuse sur les rayons du soleil. Le clapotis étouffé de l’eau rafraîchissait son âme et lui rappelait que, de même qu’elle était issue de l’eau de la Mère, à l’eau primordiale elle retournerait un jour… Dans ces moments bénis, elle s’évadait presque de son corps, et dans son âme quasiment libérée naissait la Musique. Ce n’était pas la transe hypnotique, loin s’en faut, qu’elle expérimentait chaque mois sur le Tor mais, sans en avoir l’intensité, cet état l’avait bien souvent mise en retard à la cérémonie du soir. Le coucher du soleil ne se trahissait, sous la voûte de feuillage, que par l’apaisement du vrombissement des bestioles ailées et par l’éveil de la vie nocturne. Entre ces deux phases, le bref moment de silence se faisait si assourdissant, zone neutre dans le temps, que même les mélodies intérieures de Camilla se taisaient. Elle reprenait alors conscience des réalités et se hâtait, mi-pestant contre sa distraction, mi-souriante de ses rêveries, se sachant incorrigible, mais ravie au fond d’elle-même de l’être…
Ce soir là, volonté de la Déesse ou caprice du Destin, elle reprit pied dans le monde sensible un peu plus tôt qu’à l’accoutumée, et se dit avec un peu d’autodérision que pour une fois elle ne serait pas la dernière à arriver à la cérémonie vespérale.
Elle se leva, épousseta sa longue robe d’un bleu si foncé qu’il en paraissait noir, ajusta sa ceinture à laquelle pendait sa courte dague de Prêtresse, et se mit en devoir de s’extraire de sa caverne de dentelle arachnéenne.

* * * * *

Frère Orlando en avait marre ! Ras le béret ! Il se reprocha mollement l’intensité même de son exaspération, car il n’était plus le soldat, le mercenaire qu’il avait été, vendant son épée à des causes justes, mais aussi parfois moins claires, et il tâchait de déposer sur le granit de son caractère, couche après couche, un verni de civilité qui lui avait jusque là été totalement étranger. Non qu’il ne sut faire preuve d’une grande gentillesse à l’occasion. C’était le meilleur des hommes, au fond, mais il avait si souvent eu à se mesurer à de franches canailles que son abord évoquait plus celui du hérisson que la douceur du bichon maltais.
Toute l’après-midi, au lieu de se consacrer à son clavier, il avait du assister le Père Abbé et l’Econome pour faire la clôture du bilan comptable de l’Abbaye, car la fin de l’année civile approchait à grands pas. On était presque au dernier dimanche de l’Avent et, comme tous les ans à cette époque, alors qu’il aurait désiré composer un nouveau Noël, encore plus beau, encore plus éclatant que les précédents, ou bien encore mélancolique et tendre, il avait du s’asseoir devant un autre genre de clavier et saisir sur l’antique ordinateur du monastère des colonnes de chiffres censées représenter quelque chose d’intelligible aux seuls yeux du Fisc. Aussi était-il franchement exaspéré en sortant de l’Abbaye ce soir là, bien décidé à se dispenser d’assister à l’office du soir. Il estimait avoir aujourd’hui donné assez de son temps à Dieu, et qu’il convenait de consacrer ces heures crépusculaires à la Musique.
Il saisit un solide bâton de chêne poli par l’usage, vieille habitude tant de paysan que de soldat, et s’engagea d’un pas gaillard sur le sentier qui s’éloignait de Glastonbury. Son corps était resté le solide véhicule qu’il était au temps de ses campagnes et, comme un chien robuste et sain, il avait besoin de se dépenser. Pendant ce temps son âme, elle, s’envolait vers cet espace doré et lumineux, peuplé de notes et de lignes mélodiques, seul espace où il s’était toujours senti vraiment chez lui d’aussi loin que remontaient ses souvenirs. Ce soir pourtant, même dans ce lieu privilégié, il se sentait mécontent, car il butait !
Rangeant son armoire, il était retombé sur un vieux recueil de partitions qu’il connaissait par cœur, les douze Noëls français de Louis-Claude Daquin. Un sourire qu’on aurait pu dire tendre avait illuminé sa face rude alors qu’il passait sa main, aux doigts longs mais robustes, sur la couverture qui tombait en ruines. Puis tout soudain, il avait froncé les sourcils, son visage avait exprimé un mélange de perplexité, d’agacement et de curiosité mêlés.
Ces Noëls, il les connaissait parfaitement. Il en avait étudié d’innombrables interprétations, de la plus sèche à la plus moelleuse, de la plus intimiste à la plus triomphante. Et pourtant, en un éclair, il avait entrevu comme un mouvement vif et furtif, joyeux et tendre, dans l’espace doré où le Noël XII, le fameux « Noël Suisse » , déroulait ses volutes… Mais comme d’un petit animal aperçu du coin de l’œil, il n’aurait su dire ce qu’il avait si brièvement entrevu. Et cela l’agaçait, comme les lambeaux obsédants d’un rêve qu’on poursuit vainement au réveil. Or Frère Orlando, caractère impérieux et vif, détestait qu’une idée le fuie ! Son pas se fit plus énergique, son bâton sonna plus clairement sur les cailloux du chemin, et il se lança de toute son âme à la poursuite de son insaisissable gibier.

* * * * *

Au soir tombant montaient les brumes. Camilla ne les craignait pas, elle qui savait comment diriger la barge d’Avalon dans celles de l’entre-deux-mondes. Elle avançait donc elle aussi d’un bon pas, perdue dans ses pensées, se hâtant vers le village des Prêtresses.
Un choc brutal l’envoya presque à la renverse. Il n’y avait pourtant pas d’arbre à cet endroit du chemin, se dit-elle, ou alors il avait poussé là depuis sa dernière visite, et c’était assurément grande merveille !
Un peu sonnée, elle se fit cependant la réflexion que les arbres ne parlaient pas et que même si, par la volonté de la Déesse, ils avaient parlé, ce n’aurait probablement pas été en ces termes.
«Vous ne pouvez pas regarder devant vous, par la Sainte Trinité ? »  ronchonnait une voix grave mais, se dit-elle, pas désagréable. Elle sourit intérieurement, se disant que la Déesse en elle n’était pas insensible au charme qui émanait de cette voix chaude et légèrement rocailleuse, même si pour l’heure la voix était peu amène…
La source de la voix se rapprocha, ayant sorti d’on ne sait où une lampe électrique qui se trouvait maintenant braquée sur la Prêtresse.
« Mille excuses ma Sœur, pour mon inadvertance » , poursuivit la Voix, nettement radoucie maintenant. «  Mais que diable faites vous sur ce chemin à une heure pareille ? Vous rendiez-vous au monastère ? Et de quel Ordre êtes-vous ? » 
Les questions avaient fusé, mais Camilla avait toujours la torche braquée en plein visage, et elle répondit plus sèchement sans doute qu’elle ne l’eut souhaité.
«  Pourriez-vous éloigner cette lumière de mon visage, étranger, s’il vous plaît ? Et vous-même, que faites vous donc en l’île d'Avalon, et comment y êtes vous parvenu ? C’est grand mystère assurément ! Non, je ne me rendais pas au monastère, car il n’est point en notre île, et si je suis votre Sœur comme je suis celle de toute créature de la terre et du ciel, du feu et des eaux, je n’en suis pas pour autant une Sœur au sens que vous donnez à ce terme, monsieur…? » . Sa curiosité reprenait le dessus. La voix écarta vivement le faisceau lumineux du visage de Camilla et, confuse maintenant, lui demanda de quoi donc elle pouvait bien parler.
«  L’île d'Avalon ? Mais nous sommes à Glastonbury, et Avalon n’est qu’un mythe ! Que me chantez-vous là, par le Christ ? » 
Le porteur de la voix avait entretemps dirigé la lumière de la torche sur lui-même, afin que Camilla puisse le distinguer plus clairement, et celle-ci apprécia ce geste de courtoisie. Ce fut donc avec un peu plus d’amabilité qu’elle lui répondit.
«  Vous autres habitants de la Terre des Humains prenez Avalon pour fable et légende. Nous, ici, avons conservé l’histoire de nos origines, à vous comme à moi, et, croyez-le ou non, nous foulons en ce moment même le sol bien réel de notre île. » 
Suivit une explication rapide et précise de la différence existant entre les lignes d’univers que chacun des deux mondes avaient suivi, comment avait évolué Avalon depuis sa séparation d’Ynis Witrin, et quelle communauté l’habitait depuis ces temps lointains. Car Camilla était au fait des mystères et de la structure des univers. C’était une Navigatrice.
«  Mais permettez-moi de vous inviter dans ma demeure, même s’il est peu orthodoxe et encore moins fréquent qu’un étranger à cette île soit invité chez une Prêtresse d’Avarra » . Elle sourit à nouveau intérieurement, car cet inconnu aux manières brusques lui plaisait bien, oui, en fait…
Il acquiesça brièvement.
«  Je vous remercie de votre invitation. Je suis Frère Orlando, du monastère de Glastonbury » , dit-il en lui tendant la main, qu’elle serra avec délicatesse mais fermeté, ce qui provoqua chez le Moine un infime haussement de sourcil, pendant qu’une ombre de sourire passait sur son visage barbu.
«  Je suis Camilla n’ha Marcella, Prêtresse d’Avarra, à votre service et à celui de toute vie » , lui répondit-elle simplement, en le fixant droit dans les yeux. Puis elle se détourna brusquement et prit la direction du village ; le Moine la suivit, silencieux et méditatif…
Parmi les Prêtresses et Novices, son arrivée suscita un brouhaha de curiosité, vite apaisé par Camilla, qui prévint ses Sœurs qu’en raison de cette présence inopinée, elles devraient se passer d’elle pour la cérémonie du soir. On était habitué aux improvisations de Camilla, et seuls quelques sourires franchement amusés lui répondirent.
Ouvrant la porte de sa demeure, austère, d’une propreté méticuleuse, embaumant les herbes médicinales séchées, elle convia son visiteur à entrer. Elle alluma plusieurs lampes à huile dont les flammes répandirent bientôt dans la pièce une douce lumière ambrée, et elle ranima prestement le feu qui couvait dans la cheminée. Ce n’était pas qu’il fit froid, mais la Prêtresse aimait à contempler les flammes, pour elle élégants symboles de la Vie universelle cachée en chaque chose.
Le Moine s’installa dans un des fauteuils de bois placés au coin de l’âtre, et accepta avec un grand sourire un bol de cidre doux. La Prêtresse prit place de l’autre côté, en face de lui et, pensifs, le regard bleu de la Prêtresse plongeant dans le regard de nuit du Moine, ils méditèrent un long moment, sans mot dire, sentant confusément l’un et l’autre que ces instants étaient magiques et qu’ils devaient être appréciés à leur juste valeur.

* * * * *

Détendu maintenant, le Moine laissait son regard errer dans la pièce, appréciant les murs blancs, les bouquets d’herbes qui pendaient aux poutres antiques, le mobilier rustique mais ancien et scrupuleusement ciré, les tentures tissées sur place, comme il l’apprit plus tard, par les plus âgées des Sœurs qui seules maîtrisaient totalement l’art délicat qui avait produit tant les couleurs que les points complexes qui ornaient les tapisseries. Au cours de ses voyages, Frère Orlando avait vu bien des formes et techniques de tissage, mais jamais accomplies à un tel degré. Il allait ouvrir la bouche pour poser une question polie, lorsque son visage se figea, son regard tourné vers un angle de la pièce tout duveteux d’une obscurité calme. Camilla, le voyant faire, se retourna à demi en haussant les sourcils.
«  Qu’y a-t-il, Frère Orlando ? Un monstre se tapirait-il derrière moi ? », lui sourit-elle.
«  Mes yeux me trompent peut-être, car je n’ai plus vingt ans, ma Sœur, mais dites moi, cette forme, encapuchonnée d’étoffe précieuse, ne serait-ce pas une harpe ? » , émit avec effort le Moine, dont la voix s’était voilée.
Camilla fut stupéfaite de découvrir chez un homme, fut-il moine, une émotion pareille à la simple vue d’un instrument de musique. Elle le considéra pensivement un long moment, puis, se levant, elle alla chercher le grand instrument.
La housse en était en effet de belle facture, tissée en une fibre si fine qu’elle en paraissait de soie, et teinte de cet incomparable bleu de Guède que seules les Prêtresses d’Avalon savaient réussir, soutenant sans difficulté la comparaison avec les plus belles productions de la terre des Humains. Mais lorsqu’elle retira la housse, dévoilant sa grande harpe, l’étoffe pourtant si belle ne sembla plus qu’un vulgaire chiffon. Le Moine laissa échapper entre ses dents serrées un long sifflement d’admiration, et ses yeux étrécis détaillaient chaque ornement de l’instrument, ses courbes élégantes et fières, le poli merveilleux de son bois d’un mauve presque noir, les fines incrustations d'argent en forme d'entrelacs celtiques, ainsi que le parfait équilibre des cordes.
«  Merveilleux ! Fantastique ! Je n’ai jamais vu de harpe aussi belle de toute ma vie ! Mais d’où tenez vous un tel trésor, Sœur Camilla ? » 
Camilla lui conta alors l’histoire de la harpe, et celle de Kevin le Barde, pour qui elle avait été réalisée sur mesure et selon ses plans. C’était chose rare en ce temps là, car les Bardes utilisaient plutôt des harpes celtiques, de plus modestes dimensions, et les guerriers gaulois, eux, montaient sur leurs chariots de combat de gigantesques harpes de guerre, dont le son dans le vent était censé épouvanter l’ennemi. Mais des harpes du format de celle de Camilla, qui maintenant seraient considérées comme plutôt petites, étaient choses exceptionnelles à l’époque de Kevin. C’était en somme l’intermédiaire entre la harpe celtique et la harpe moderne. Cette harpe, lui dit-elle, s’était transmise de génération en génération parmi les prêtresses, depuis l’époque de Morgane du Lac, à qui Kevin avait légué l’instrument le jour de sa mort.
«  Mais vous n’en êtes pas uniquement la Gardienne, je présume » , dit le Moine. «  Je suppose, à voir comment vous en effleurez le bois et les cordes, que vous en jouez. Et j’inclinerais même à penser que vous jouez bien », sourit-il avec bonté. Camilla soutint son regard, grave et déjà partie dans un semi-rève, effet que lui produisait immanquablement le contact de sa harpe et l’évocation de la musique.
Sans mot dire, elle égrena quelques arpèges, puis laissa son esprit courir sur les notes… Une antique chanson contant le calvaire de Morgane la Fée sur la terre des humains égrena ses cascades d’harmonies fluides, ravissant l’âme et la faisant pleurer…
Quand Camilla reprit conscience, elle fut un instant désorientée, se demandant que faisait cet homme chez elle, puis elle revint à elle, et toute rougissante, lui sourit gauchement. Dans ces moments privilégiés, toutes les défenses que Camilla avait érigées durant son demi-siècle de vie s’abaissaient, et la jeune fille qui dormait encore en elle, celle qui s’émerveillait d’un chant d’oiseau ou d’un souffle dans les branches des arbres, cette face si soigneusement cachée d’elle-même se révélait aux yeux de tout observateur un tant soit peu attentif.
Le Moine avait les larmes aux yeux.
«  C’était magnifique, Camilla, merci, merci de tout mon cœur ! »  Sa voix était enrouée maintenant, et elle nota mentalement qu’il n’avait pas, cette fois, utilisé le qualificatif de « Sœur » . Elle décida de suivre son exemple.
«  Merci, Orlando, mais voyez-vous, ce n’est pas moi qui joue » , lui dit elle avec un sourire de bonheur. «  C’est la Déesse qui joue, je ne suis que son instrument, et la seule chose que j’aie réussie dans ma vie, c’est de ne pas faire obstacle à la Déesse lorsqu’Elle joue à travers moi. Et c’est si doux… ». Pensive à nouveau, elle contemplait fixement les flammes qui se mouraient dans la cheminée.
«  Je crois savoir ce dont vous parlez » , lui sourit le Moine. «  Lorsque je me mets au clavier, mon corps n’est plus ici. Et dans certains instants où souffle la grâce divine, je ne sens plus ni mon corps ni mes doigts, c’est comme si je volais sur les ailes du vent, dans cet espace doré, vous connaissez peut-être… » 
«  Oh oui, je connais » , lui répondit Camilla dans un souffle…
Ils en restèrent là, car la nuit était déjà bien avancée, et Camilla lui offrit l’hospitalité de la petite maison que les Prêtresses réservaient aux Druides et Bardes de passage dans leur île. Ils se souhaitèrent la bonne nuit, et chacun alla se coucher. Mais aussi bien le Moine que la Prêtresse mirent un long moment à trouver le sommeil, et ce n’est qu’aux petites heures précédant l’aube qu’ils s’endormirent, poursuivis chacun de son côté par une foule de questions pour lesquelles ils ne possédaient, pour l’instant, pas de réponses.

* * * * *

Frère Orlando était matinal. Levée tôt - une fois n’est pas coutume - Camilla le vit de loin qui s’aspergeait vigoureusement de l’eau glacée du puits. Il chantait, dans une langue que Camilla ne connaissait pas, une chanson manifestement allègre, et sa voix de basse résonnait agréablement. Elle était aussi bien timbrée que celle des Bardes de l’île voisine. Il dut se sentir observé, car il se retourna vivement, d’un mouvement félin qu’on n’eût pas attendu de cet homme. Il aperçut Camilla sur le pas de sa maisonnette, et lui sourit largement.
«  Bien le bonjour, ma Sœur, et que Dieu vous bénisse ! » 
Son ton légèrement moqueur piqua Camilla qui le salua au nom de la Déesse, ce sur quoi ils éclatèrent tous les deux d’un grand rire complice. Une fois qu’il fut rhabillé, Camilla l’invita à partager son petit déjeuner : galettes de froment, jus de pomme et confiture des fruits du verger. Il engloutit la portion de trois prêtresses robustes, soupira d’aise, puis son visage se tendit, soudain aigu, vers Camilla.
«  Camilla, vous jouez comme une déesse. Comme votre Déesse sans doute. Votre dextérité n’est pas tout à fait humaine… »  Il laissa planer un court silence. Camilla souriait. Lui était grave.
«  Je suis organiste, voyez-vous », reprit-il. «  J’ai joué un peu partout en Europe, je ne suis pas totalement maladroit, mais là, j’ai un problème… » . Il s’arrêta à nouveau, sourcils froncés. L’attente se prolongeant, Camilla relança le dialogue.
«  Quel problème, et en quoi suis-je concernée ? »  demanda-t-elle.
Frère Orlando lui répondit par une question.
«  Accepteriez-vous de venir passer une ou deux journées à Glastonbury ? » , dit-il tout à trac. Camilla frémit.
«  Sur la terre des humains ? J’avoue que cette perspective, ainsi que celle de quitter Avalon même pour une journée, ne me sourit guère. Ma vie est ici, Frère Orlando, et j’y suis heureuse. Quel puissant motif pourriez-vous invoquer qui me fasse abandonner tout cela ? D’autant plus que votre monde, à ce que m’ont rapporté les Bardes et Druides itinérants, est un vrai monde de cinglés ! » 
«  M’estimez-vous cinglé ? »  demanda Orlando simplement.
«  Mais bien sûr que non ! »  s’exclama Camilla, rouge jusqu’à la racine de ses longs cheveux blond-roux qu’éclaircissaient déjà, ça et là, quelques fils d’argent.
«  Vous n’aurez rien à craindre à Glastonbury »  lui assura Orlando, «  car je me chargerai personnellement de quiconque voudrait vous faire offense ! Je suis un ancien soldat, mais je sais encore me défendre, ainsi que ceux que j’aime ! » . Ce fut à lui de rougir, en réalisant ce qu’il venait de dire. Camilla sourit, pas choquée du tout.
«  Je sais quels sont vos Vœux, Frère, et ils n’excluent pas d’aimer quelqu’un. Ils excluent la luxure, la bestialité, le vice, toues les perversions de l’amour vrai. N’ayez point de crainte, et encore moins de honte, mon ami. Vous êtes Moine, je suis prêtresse, il n’y a pas d’équivoque entre nous » . Orlando fut très ému par ces mots dignes et compréhensifs, ainsi que par le regard sérieux que les profonds yeux bleus posaient sur lui.
«  Merci, ma Sœur. Ne vous offusquez pas de ce titre de Sœur. Vous le méritez plus que bien des religieuses que je connais… Non, voyez-vous, j’ai un réel problème avec certaines pièces pour orgue » . Il entreprit de lui expliquer cette impression agaçante qu’il avait depuis qu’il avait relu ces pièces de Daquin, et aussi qu’il aurait bien aimé qu’elle tentât de l’aider, car si quelqu’un le pouvait, c’était elle, selon lui. Camilla réfléchit quelques instants.
«  Je veux bien essayer de vous aider, Frère, mais je ne connais pas les œuvres dont vous parlez, et votre système de notation m’est peu familier, bien que je déchiffre une partition sans trop de difficultés. Mais… »  Un sourire d’espoir était apparu sur le visage sévère du Moine.
«  Il faut que je demande la permission à la Grande Prêtresse, toutefois »  poursuivit Camilla. «  Je ne pense pas que cela posera grand problème » . Elle se décida brusquement.
«  Venez, Frère Orlando, allons saluer Ysabeth, Grande Prêtresse d’Avarra. Je suis sûre qu’elle sera heureuse de faire votre connaissance » . Elle se levait déjà. Orlando rajusta sa robe de bure, resserra le ceinturon qui l’enserrait, remit son béret, et quelques minutes plus tard ils étaient devant la porte de la Grande Prêtresse. Ils furent introduits par une novice en longue robe blanche qui eut bien du mal à cacher sa curiosité, ce qui leur fit échanger un sourire de connivence.
Ysabeth n’ha Morgana était petite et mince. Son beau visage sévère était éclairé par les plus beaux yeux verts qu’Orlando eusse jamais vus. Sa chevelure blanche était soigneusement retenue par un bandeau d'argent sans aucun ornement, et son visage était creusé de mille rides que les soucis y avaient imprimé. Sa voix grave était extraordinairement sonore, bien qu’elle n’eut pas haussé le ton, et Orlando nota mentalement ce fait, lui qui était par nature sensible à tout ce qui touchait aux sons.
«  Bienvenue en Avalon, Frère Orlando. Ainsi vous aussi êtes musicien. Organiste je crois ? Voilà qui devrait séduire notre Camilla » , acheva-t-elle malicieusement. Orlando et Camilla ne savaient plus où se mettre ! Le Moine bredouilla, comme un collégien, une vague formule de politesse, et la Grande Prêtresse eut bien du mal à retenir son fou-rire. Sans transition, elle se tourna vers Camilla.
«  Je suis d’accord, prend le temps qu’il te faut, accompagne ce digne Frère à Ynis Witrin, son cœur est pur, tu peux lui faire confiance. »  Camilla s’inclina sans mot dire. Frère Orlando était médusé, n’ayant pas immédiatement remarqué que ces deux femmes, relativement ordinaires en apparence, n’avaient pas eu besoin de mots pour communiquer. Son intuition d’artiste vint au secours de son manque d’habitude, et son visage se tournant vers l’une puis vers l’autre exprimait un respect nouveau, et très profond. Il quêta le secours de Camilla.
«  Quel titre dois-je donner à votre Grande Prêtresse ? Je ne sais trop comment on s’adresse à elle, c’est la première que je rencontre… » 
Une cascade de rires fusa, Camilla, Ysabeth et la novice étaient littéralement mortes de rire, et Orlando regardait ce déploiement d’hilarité d’un air confus. Quand elles se furent calmées, la Grande Prêtresse lui dit de simplement l’appeler Mère, ou Ysabeth, comme il lui plairait, que cela n’avait au fond que très peu d’importance.
«  Alors je vous remercie, Mère Ysabeth, pour votre accueil et votre générosité. Et si j’entends quelqu’un dire désormais qu’Avalon est un mythe, ou les prêtresses des sorcières, par Dieu je le jure, il tâtera de ma canne ! »  Frère Orlando avait le sang vif...
«  Bon, d’accord pour Ynis Witrin » , reprit Camilla. «  Le plus tôt nous serons partis, le plus tôt je serai de retour. Juste le temps de prendre quelques affaires, et nous y allons » . Frère Orlando haussa les épaules.
«  Moi je n’ai à emporter que ce que j’ai sur moi, plus mon bâton. Mon bagage sera vite fait » .
«  Je vous demande dix minutes » , dit Camilla et, saluant la Grande Prêtresse, elle sortit vivement, les laissant en tête à tête.
«  Vous lui avez fait grande impression », sourit Ysabeth. Le Moine eut lui aussi un sourire, énigmatique, mais il ne dit mot. Au bout de quelques minutes, il prit congé, sous prétexte de ne pas faire attendre Camilla. Pas dupe, la Grande Prêtresse lui souhaita cependant un excellent retour à Glastonbury.
Dix minutes exactement s’étaient écoulées lorsque Camilla réapparut, un sac de voyage à l’épaule, et portant la harpe dans sa housse de tissu précieux.
«  Mais, hum, vous connaissez le chemin pour regagner Glastonbury, Camilla ? Car je serais bien en peine d’y retourner tout seul ! »  
«  Je suis une Navigatrice »  sourit Camilla, comme si ces quatre mots suffisaient à tout expliquer. Orlando, interloqué, n’ayant rien retenu de ses explications touchant aux univers parallèles, soupira puis, secouant la tête, la rattrapa. Ils cheminèrent ainsi une petite demi-heure. La fin de matinée était belle, et ils échangeaient de loin en loin de brèves paroles, et de longs silences. Ils arrivèrent enfin au bord d’une étendue d’eau parsemée de centaines de minuscules îlots herbus, et dont les confins se perdaient dans une brume épaisse. Orlando observait. Camilla porta à ses lèvres un petit sifflet d’argent et, à cet appel, émergea de la brume une barge noire menée par deux hommes à peau foncée, dont on aurait dit des pygmées si leurs traits n’avaient été aussi nettement caucasiens.
«  Des hommes des Tribus » , dit brièvement Camilla. Elle invita Orlando à prendre place dans la barge. Elle-même se tint à la proue, silencieuse, et les deux rameurs firent virer l’embarcation face à la brume d’où elle avait surgi. Peu de temps après, Orlando ne savait plus s’ils naviguaient sur l’eau ou en plein ciel, ni même où commençait l’eau et où finissait le ciel. L’impression était irréelle, totalement hors du champ d’expérience d’Orlando.
Soudain, la barge ralentit, courut un instant sur son erre et s’arrêta. Orlando assista alors à quelque chose qu’il devait se rappeler jusqu’à la fin de sa vie. Camilla droite à la proue, les bras tendus vers le ciel, semblait avoir grandi, gagné en majesté. Elle rayonnait une puissance presque palpable, et on eut dit que, de ses doigts largement écartés, jaillissait la puissance des éclairs et du tonnerre, mais sans un bruit… Médusé, Orlando vit la brume s’éclaircir, ils voguaient sur la mer libre, à quelques encablures à peine d’Ynis Witrin. Il considéra Camilla, qui lui souriait doucement, avec une crainte révérencieuse. Puis les rameurs se remirent à l’œuvre, et ils abordèrent bientôt l’estacade qui desservait le monastère. Ils débarquèrent, les rameurs s’éloignèrent et disparurent, comme s’ils n’avaient jamais existé…
Orlando ne proféra pas un son jusqu’à ce qu’ils fussent dans la cour du monastère. Le frère tourier avait bien été un peu surpris de voir débarquer une femme, bien qu’elle fut vêtue comme une religieuse, mais un regard sévère de Frère Orlando étouffa toute velléité de question. Il emmena directement Camilla chez le Père Abbé, homme rond mais dont le visage, comme celui d’Ysabeth, était creusé de rides de soucis et de fatigue. «  C’est la fonction qui veut cela » , se dit Camilla. Pendant ce temps, Orlando, en quelques phrases précises comme celles d’un rapport militaire, avait mis le Père Abbé au courant de ses aventures, de l’accueil bienveillant qu’il avait reçu, et de la raison de la présence de Camilla en ces lieux. Le Père Abbé regardait calmement Camilla, sans aucunement paraître surpris, et celle-ci nota que son regard ressemblait étrangement à celui de la Grande Prêtresse : aigu et attentif, voyant au delà des apparences, ni mesquin, ni hostile.
«  Sérieux, voilà, c’est le mot juste » , se dit-elle «  comme Ysabeth, il a charge de toute sa communauté. Et donc probablement les mêmes soucis et les mêmes qualités… » .
Le Père Abbé, qui donnait son accord au projet d’Orlando et souhaitait en même temps la bienvenue à Camilla en leurs murs, la tira de ses réflexions. Elle s’inclina en silence, en marque de respect. Orlando observait tout cela d’un œil à la fois anxieux et satisfait, détendu maintenant que la glace était rompue entre la harpiste et le Père Abbé.
«  Donnez à notre invitée l’appartement des hôtes » , indiqua le Père Abbé. Orlando remercia, ils prirent congé, et il conduisit Camilla à ses quartiers, comme il disait. C’était simple, propre, murs blancs et mobilier de bois foncé, lustre et appliques de fer forgé donnaient à ce lieu un air de luxe austère. Camilla était ravie. Elle déposa dans un angle abrité sa précieuse harpe toujours encapuchonnée. La cloche du déjeuner sonna, et ils se rendirent au réfectoire, cafétéria comme il y en a tant. La Prêtresse ne passa pas totalement inaperçue, car elle était de haute taille, mais on avait reçu à l’abbaye tant d’hommes et de femmes de toutes tailles, races, corpulences et couleurs de peaux, que les conversations ne s’interrompirent pas longtemps. Orlando pilota Camilla jusqu’à une table, dans un coin calme. Camilla était végétarienne, mais Orlando, lui, attaqua son steak de bon appétit. La bouche pleine, il se lança dans une description de ces Noëls qui le préoccupaient tant, mais Camilla l’interrompit bientôt d’un geste de la main.
«  Ce que vous me dites, Frère Orlando, n’a aucune signification pour moi, actuellement. Il faudrait que je voie les partitions ou mieux, que j’entende ces pièces. Alors seulement nous pourrons peut-être aller plus loin » , conclut-elle avec bon sens. La réaction de l’organiste fut celle qu’elle avait imaginée. Orlando engloutit le restant de son repas à une allure vertigineuse, puis il rapporta leurs plateaux et ils sortirent du réfectoire. Camilla n’avait de ce fait pas beaucoup mangé, mais elle avait depuis longtemps l’habitude du jeûne.
Frère Orlando conduisit Camilla dans une salle de dimensions respectables. Au centre un orgue électronique, dans les angles quatre grosses enceintes, et près de l’orgue tout un bric-à-brac électroacoustique quelque peu hors d’âge. Face à cet humble installation, Camilla éprouva un bref sentiment de pitié en repensant à sa harpe.
Sans un mot, Orlando tourna quelques boutons, actionna divers commutateurs, puis il se mit au clavier.
Voulait-il impressionner son invitée ? Aimait-il particulièrement ce morceau ? Toujours est-il qu’il attaqua le Noël VII, en accentuant certains timbres et jeux plus métalliques, doublant le début de la partition pour orgue de son clone approximatif pour trompette, le tout avec une réverbération et un chorus maximum. Joué de cette manière, c’était presque surréaliste. Pour un Noël, c’était curieux. Une véritable plainte montait de l’instrument, encore soulignée par le jeu dur et déchirant d’Orlando. C’était plus une crucifixion qu’une nativité, pensa la Prêtresse qui avait très convenablement étudié la mythologie chrétienne, car «  tous les dieux sont un seul Dieu, toutes les déesses une seule Déesse » , comme on le lui avait si souvent répété. Orlando laissait maintenant libre cours à sa virtuosité. Camilla était attentive, concentrée. Elle buvait la musique, comme si elle en avait été longtemps privée. Orlando plaqua bientôt son final, sans que l’émotion se fut un instant relâchée. Camilla était presque en transe. Orlando s’inquiéta tout d’abord, puis hocha la tête. Il avait déjà vu Camilla dans cet état, la veille, en Avalon. Celle-ci refit bientôt surface sous l’œil intéressé du Moine. «  Ouf » , dit-elle, «  c’était sublime. Merci Orlando ! »  mais une larme brillait au coin de son œil… Elle se leva brusquement. «  Il me faut ma harpe ! »  Elle partit, courant presque, bientôt rattrapée par Orlando. «  Vous avez une idée ? »  demanda-t-il en essayant de se maintenir à sa hauteur.
«  Peut-être » , répondit-elle, «  mais il faut que je voie la partition ! » 
«  J’irai la chercher dès que nous aurons ramené votre harpe ». Orlando était aux anges. Une fois la harpe installée dans la salle de musique, et pendant que Camilla libérait son instrument, Orlando partit chercher ses partitions. Il revint quelques instants plus tard avec son vieux cahier, qu’il tendit à la Prêtresse.
«  C’est le Noël VII » , dit-il, puis il fronça les sourcils, car le son aérien de la harpe risquait d’être couvert par le tonnerre qui surgissait des baffles lorsque lui jouait. Il installa donc, avec d’infinies précautions, deux micros sur le précieux instrument, pendant que Camilla étudiait cette partition écrite en un autre temps, pour un autre temps, en un autre monde et pour un autre monde que celui qui l’avait vu naître, elle….
Elle appela bientôt le Moine. «  Voyez » , lui dit-elle, «  cette ligne mélodique, là, tout est à l’orgue. Je sais, c’est une pièce pour orgue. Il n’empêche que c’est idiot ! Imaginez, tenez, de cette mesure à celle-ci, un dialogue… »  Le Moine avait compris. Il se mit à son clavier. La Prêtresse fit quelques essais de micro, comme si elle n’avait fait que cela de toute sa vie, et une fois l’équilibre atteint, ils attaquèrent le morceau. Le Moine débuta comme précédemment, d’une manière plaintive et déchirante en même temps. Mais bientôt, l’orgue lui abandonnant tout un espace, la harpe vint renforcer celui-ci, dialoguer avec lui, épouser sa plainte et sa mélancolie, mais aussi souligner sa fierté. Camilla déployait elle aussi toute sa virtuosité, et le résultat fut un Noël déchirant, un Noël triste et digne dans ses habits dorés… C’était l’évocation de la Mort qui commence dès que commence une vie, c’étaient Noël et la Passion mêlés, c’étaient Yule et Litha, Beltane et Samhain indéfectiblement liés sur la Roue des Cycles…
Lorsque le silence revint, ils se regardèrent longuement, en silence, plus émus qu’ils n’osaient se l’avouer eux-mêmes. Enfin Orlando se leva, rembobina le Revox qui avait tout enregistré, et ils firent une critique minutieuse et impitoyable de leur interprétation. Camilla fronçait les sourcils. C’était mieux, mais quelque chose clochait encore. La partie de harpe était bonne, celle d’orgue excellente, mais alors quoi ?
Ce fut le Moine qui mit le doigt sur ce qui clochait encore. «  Mais c’est évident ! Regardez, là, et là ! Les attaques ne sont pas assez nettes au clavier, il nous faut des cuivres, des vrais ! C’est clair ! »
Il trépignait sur place. Décrochant le téléphone mural, il appela un certain Frère Arnaud, lui demandant de venir avec sa trompette. «  Tu connais le Noël VII, de Daquin ? Oui ? Génial ! A tout de suite ! »  et il raccrocha.

Cinq minutes plus tard, Frère Arnaud entrait dans la salle de musique. Trapu, carré, bâti en force, c’était un homme de la Terre, comme Camilla était d’Air et Orlando de Feu.
Il avait à la main un étui de cuir noir qui renfermait probablement sa trompette. Il salua courtoisement Camilla, serra la main d’Orlando, et posa son instrument sur une table déjà surchargée par le fouillis électronique de l’organiste.
Ceci fait, il les regarda tour à tour, d’un air interrogateur, mais sans mot dire. Orlando et Camilla échangèrent un bref regard. Camilla inclina brièvement la tête, pensant à part elle qu’Orlando devait être en train de devenir télépathe. A moins qu’il ne l’ait toujours été, car sinon, comment aurait-il pu se retrouver en Avalon ? Il cherchait une aide, il l’avait trouvée, probablement guidé par quelque faculté pour les humains mystérieuse, mais bien banale aux yeux des Prêtresses.
Aussi, au lieu de se lancer dans de longues explications, Orlando se mit à son clavier. Camilla s’installa, tenant sa harpe entre ses genoux, et ils reprirent ce fameux Noël. Leur jeu fut, si possible, encore meilleur que la première fois. Camilla avait pris de l’assurance, et Orlando, bien soutenu par son jeu fluide, laissait libre cours à son inspiration.
Le morceau terminé, il se retourna vers Frère Arnaud.
« Tu vois ce que je veux dire ? »
« Je vois », répondit simplement le second moine.
Puis il ajouta, pointant son index sur la partition : « Là, et là, tu veux des attaques franches, que tu ne peux pas obtenir au clavier, c’est bien ça ? ». Camilla souriait. Etaient-ils donc tous musiciens, les moines de Glastonbury ?
« On y va » dit simplement Orlando.
Penché sur les partitions, Arnaud leva la main, demandant par là quelques instants supplémentaires.
Ayant terminé sa lecture, et droit comme un Samuraï, son regard devint lointain, son visage était calme et concentré… Orlando et Camilla attaquèrent. Leur entente s’affinant, leur jeu s’en ressentait.
Mais quand Frère Arnaud porta son instrument à ses lèvres, un sourire de bonheur, une onde de fraternité absolue circula entre eux. Ils étaient trois Etres dans l’espace doré de la Musique, et ces trois êtres étaient heureux ensemble. L’ancien mercenaire, la Prêtresse d’Avarra et le Frère trompettiste formaient non plus trois êtres distincts, séparés par la matérialité pesante, mais une sorte de Cercle, sans cesse parcouru par un flux d’allégresse, de cette allégresse que la chair seule ne saurait apporter…
Le morceau se termina. Ils redescendirent sur cette terre, et leurs pieds et leurs mains leur semblèrent soudain de plomb. Mais ils avaient encore dans leurs yeux des étincelles d'or qui se répondaient, comme si quelque fragment, quelque parcelle de cet espace surréel avait réussi à perdurer dans le monde de la durée…
Tout soudain, Camilla dit exactement ce à quoi les deux autres s’attendaient le moins.
« J’ai faim ! » Et elle riait de bonheur. Un peu éberlués, car elle était fort mince, les deux compères se regardèrent en soupirant. « Bon, allons à la cuisine, nous trouverons bien quelque chose à grignoter », dit Orlando.
« Grignoter ? Mais je ne veux pas seulement grignoter ! J’ai vraiment faim ! Ca ne vous fait pas ça, à vous-autres Moines, quand vous méditez ? » 
Il est quand même utile de préciser que, même en Avalon, où ce phénomène était bien connu, Camilla avait une solide réputation de bonne fourchette. Elle avait appris à jeûner, et savait le faire, mais quand c’était l’heure des repas, elle était moins souvent en retard qu’aux Rituels du soir…
Une fois restaurés, ils s’installèrent devant un café bien chaud, et firent le point. C’était bon. On ne ferait pas une seconde prise de son. L’instant magique ne se reproduirait probablement plus avec l’intensité qu’il avait montrée, et cela, les trois le savaient. La Grâce les avait visité, ils l’avaient saisie au vol, et par respect et peut-être une certaine dose de superstition, ils ne désiraient pas être déçus, ils ne voulaient pas tenter le Diable…
« On prend lequel, demain ? » demande Orlando, après un long silence.
« Le Noël I, je suggère », dit Arnaud.
« C’est comment, le thème ? », demanda la Prêtresse.
Orlando siffla le thème. Camilla aima beaucoup, se disant qu’une autre riche journée les attendait plus que certainement. Elle réalisa alors, un peu étonnée, que son séjour risquait de se prolonger bien au delà des deux jours prévus, mais ce qui l’étonnait le plus, c’est qu’au fond d’elle-même, elle n’en était pas si mécontente…
Ils se séparèrent et, de retour dans ses appartements, elle sortit de son sac de voyage quelques objets liturgiques : une coupe de verre, un poignard, un galet, une plume, une bougie et un os de seiche.
Elle déroula un petit tapis frappé du Pentacle, qu’elle posa sur un guéridon. Elle disposa dessus la coupe et le poignard, ce dernier planté dans un petit socle de pierre, et autour de ceux-ci, elle plaça le galet au nord, la plume à l’est, la bougie au sud et l’os de seiche à l’ouest. Ainsi étaient rassemblés, autour des symboles de la Déesse et du Dieu, les Signes des quatre éléments. Le soir venu, elle célébrerait un rituel de remerciement, pour la joie que lui avait procuré cette journée. En cette terre chrétienne, en ces murs habités par l’esprit d’une autre Voie, elle se sentait pourtant pleinement sereine, car la Voie chrétienne pratiquée par cette communauté n’était pas une voie d’exclusion, mais d’amour…
Elle descendit dîner, car la cloche du monastère venait de sonner sept coups, puis, son repas pris en compagnie de ses amis, elle revint à son logis, célébra son rituel, et se coucha, le cœur en paix.

* * * * *

Quinze jours intenses s’écoulèrent ainsi, réglés par la cloche, par les moments d’intense communion qui les rassemblaient, et par la complicité qui, telle une basse continue, liait tous leurs moments.
Toutes les prises de son étaient bonnes, Orlando exultait et, de bricolage en bidouillage, il améliorait, disait-il. Ce qui était la stricte vérité.
Un beau soir, il frappa à la porte de Camilla. Il l’emmena, très excité, chez le Père Abbé.
Celui-ci disposait d’une chaîne hi-fi très ordinaire. Orlando y inséra le CD qu’il avait réalisé, et le Père Abbé, la Prêtresse et lui purent juger de l’effet rendu par une installation domestique.
Pendant près d’une heure, concentrés, ils ne dirent mot, immergés dans leur musique. Puis, le Noël XII ayant jeté tous ses feux, le Père Abbé applaudit.
« Vous avez fait un travail exceptionnel ! », s’exclama-t-il.
Camilla et Orlando en étaient conscients. Mais leur joie était teintée d’un peu de mélancolie, car ils sentaient bien qu’une aventure se terminait, que chacun allait poursuivre son chemin propre, ces chemins qui, pour quelques temps, s’étaient confondus, et qu’ils ne se reverraient peut-être pas avant longtemps, si ce n’est jamais…
Camilla était bouleversée, et ce fut d'un ton brusque, pour masquer son désarroi, qu'elle prit la parole.
« Je vous abandonne tous mes droits, je crois que c’est comme ça que l’on dit, ici, n’est-ce pas ? Vous faites œuvre charitable, qu’Avalon par mon geste soutienne l’action de véritables Croyants, de ceux pour qui tous les dieux sont un seul Dieu, et toutes les déesses une seule Déesse ! Que l’Unique soutienne toujours vos efforts, mes Frères ! »
Camilla avait les larmes aux yeux, et ni Orlando ni le Père Abbé ne savaient plus que dire.
Ils étaient à la fois gênés par la décision de la Prêtresse, et heureux, car les quelques deniers qu’ils allaient pouvoir récolter permettraient de soulager quelques détresses de plus…
Impulsivement, Orlando tendit les bras à Camilla, qui posa ses mains fines dans les fortes pattes du Moine.
Ils se sourirent doucement, un long moment, puis se retournèrent vers le Père Abbé. Camilla s’inclina. Le vieil homme était aussi ému qu’elle.
« Accepteriez-vous de transmettre à la Mère de votre Communauté le salut fraternel du Père de celle-ci ? » Son visage était grave et sérieux. Camilla l’assura que son message serait fidèlement transmis. Pleurant à demi, elle s’enveloppa dans son voile et sortit très vite de la pièce. « Ne la suivez pas, Orlando », dit l’Abbé. « Laissez là à sa peine, elle a besoin de partir seule…. » Orlando hocha la tête, l’âme triste à en mourir lui aussi.

Sur la table de l’Abbé, le CD des Noëls de Daquin reposait, seule trace tangible de l’amitié qui s’était développée entre une Prêtresse d’Avarra et un Moine de Glastonbury, ébauche d'un pont encore à construire.

« Nous l’intitulerons « Le Moine et la Prêtresse », dit l’Abbé, avec pour sous-titre « Daquin en Avalon ». Elle le mérite amplement. »
Orlando approuva puis, tête basse, retourna à ses devoirs, accompagnant en imagination Camilla sur la barge d’Avalon, et sachant que, désormais, il n’aurait de cesse de retrouver le chemin qu’il avait une fois emprunté par hasard, ce chemin magique qui conduit au Pays d’Eté, pour qui sait trouver le passage au sein des brumes d’Avalon…

Camilla n’ha Marcella, Mars 2002

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Camilla n'ha Marcella
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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Camilla n'ha Marcella » Dim Avr 17, 2016 6:03 am

Et dans la même veine :

Magnificat

J’ai vu des mondes imploser,
J’ai vu des astres s'effondrer.
J’ai vu des Univers entiers,
Tristes comme des cors, pleurer.

J’ai vu décliner des empires,
J’ai vu des Rois leurs gens trahir,
J’ai vu des civilisations pourrir,
J’ai vu le Mal en sa grande ire.

J’ai vu des fous gouvernés par des sots
Tel un troupeau de moutons presqu’idiots
Tirant, poussant, se montant sur le dos
Pour dans l’Abîme se fracasser les os.

Mais

J’ai vu au fond des plus pauvres taudis
Grandir et croître le Feu de l’Esprit.
J’ai vu dans l’œil du sombre maraudeur
Plus grand amour que dans ceux de mes Sœurs.

J’ai vu grandir, protégé par la cendre,
Bien à couvert des tristes mécréants,
J’ai vu l’Amour, en un soir de décembre
Illuminer la Nuit des pauvres gens.

Une étoile les a guidés,
Ils ont cru, et ils ont marché.
Le Roitelet ont contemplé,
Devant Lui se sont prosternés.

Avant, il ne faisaient que croire.
Désormais, il ont vu la gloire.
L'Esprit le Feu a allumé,
L'Un incarné, ils l’ont touché !

Alors

J’ai vu les mondes émerveillés,
J’ai vu les astres enfanter.
J’ai vu des Univers entiers,
Beaux comme des harpes, chanter !

Magnificat anima mea...

Camilla n’ha Marcella, 2003

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar bastet » Dim Avr 17, 2016 10:56 am

Merci à vous de ces moments d'émotion et de partage.

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Schae » Lun Avr 18, 2016 20:30 pm

Camilla...

Je ne dis rien, le silence saura bien mieux faire comprendre ce que je ne peux qu'exprimer par la musique d'Orgue (et quelques autres cordes à la lyre de vibration sonore).
Tout les mots que j'essaierais de faire intervenir ne seront qu'un verbiage qui ne voudras rien dire.
Je devrais me taire de toute façon tu sais...

Le cœur est vibrant lorsque les doigts et les pieds de l'Organiste,
s'acharnent à jouer avec toujours plus de vivacité et de force sonore.
Non pour vouloir déranger les voisins
il ne veut qu'à ce que le temple soit tout aussi vibrant que son âme!

Et que lorsque portes s'ouvrent coule la source d'eau pure,
telle la larme qui a coulé à sa joue lorsqu'il a finalisé les dernières mesures de son dernier morceau.

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Margotland
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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Margotland » Ven Mai 13, 2016 21:38 pm

De l'eau, du sang, UN souffle la vie.
La chair , le moi, une âme, l esprit
En route sur le chemin De vie.
Fleuve o fleuve conduis moi la
Où ta source jaillie
Ou ton feu ne brule pas
J arpente Mon chemin de foi
Tel un pelerin en quete de verite.
Soleil de lumière
Nuit de folie
Etoile du berger
Guidance Vers le pays de liberte.
Amour Vers le Royaume des cieux.
amor vincit omnia

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Ley
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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Ley » Mer Mai 18, 2016 21:35 pm

J'aime beaucoup tes textes Margotland. Merci pour leur simplicité et leur beauté

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Ley
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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Ley » Mer Mai 18, 2016 21:45 pm

pO_Eme dédié à mes lutins.

Monde invisible,
Toi qui me guides !
Je garde tant de secrets
Qu'il me plaît à rêver
Que nous sommes mille...
A atteindre les cimes
Des monts merveilleux
Cachés sous les cieux.

Clin d'oeil en passant,
Une fée et un gnome errants
Déposent de la poussière
Brillante sous un verre.
Les sirènes chantent le soir
Des rêves troublants d'espoir.
Et tandis que je ferme les yeux,
Je vois toujours Dieu.

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Hraefn
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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Hraefn » Ven Juin 10, 2016 22:14 pm

16h00.

Un rayon de soleil entre par le volet entrouvert, se posant délicatement sur sa joue encore fardée du maquillage de la nuit précédente. Bientôt il remontera jusqu’à son œil et la réveillera. A moins que l’alarme du réveil ne le prenne de vitesse. Une course silencieuse se joue alors, sans témoins, sans gloire, sans rien à gagner. Finalement c’est la sonnerie du téléphone qui l’emporte, l’éveillant en sursaut. Un appel bref, froid, ce soir elle a un client. Un homme brutal et arrogant qu’elle a déjà vu quelques fois. Les clients se font de plus en plus rares, elle ne va pas faire la difficile.

A contre cœur elle se lève et se rend dans la salle de bain. Le miroir lui renvoie un reflet qu’elle accepte de plus en plus difficilement, celui d’un corps usé par trop d’années, trop d'excès, trop d’hommes. Les cheveux emmêlés, la peau ridée et distendue, la poitrine et les fesses tombantes, quelques kilos en trop, mais pas où il faut bien évidemment, et un regard vide et triste, encadré des arabesques noirâtres que ses larmes ont dessinées avec un maquillage bas de gamme. Beaucoup de choses ont changé depuis sa première passe, mais pas ça. Toutes ses nuits se terminent par des larmes. Larmes de honte, de dégoût, d’injustice ou de douleur, peu importe finalement, elles délayent le mascara de la même façon. Elle a rendez-vous dans deux heures. Deux heures pour essayer de corriger ce triste tableau et se rendre présentable. Ou pas. Après tout à quoi bon, elle finira nue et probablement à genoux sur le tapis d’un hôtel miteux, usé par bien d’autres genoux que les siens.

Une fois encore, elle est dans cette rue qu’elle a tant arpentée, dans tous les sens, par tous les temps. Cette rue dont elle connaît chaque recoin. Où se cacher lorsque passe la voiture de patrouille, où trouver un abris lorsque la pluie se fait trop violente, où se placer pour que les éventuels clients aient la place de stationner. Et espérant faire une nuit correcte et pouvoir, pour une fois, payer son loyer dans les temps. Tant de nuits à réfléchir aussi, à se demander pourquoi, comment, elle en est arrivée là. Cette rue c’est toute sa vie. C’est ici qu’elle est née et qu’elle a grandi. Dans le petit parc qui la borde, elle a appris à marcher, puis à faire du vélo. Elle a passé des heures à tenter d’escalader cette arbre majestueux qui trône en son centre, elle y a gravé les initiales de son premier amoureux, a fumé sa première cigarette contre lui, y a fait sa première fellation aussi. Après tant d’année il est toujours là, témoin muet de sa vie absente de sens, de joie et de rêves. Enfin si, des rêves, elle en a bien eu un ou deux, au tout début. Elle aurait bien aimé fonder une famille, acheter une petite maison en campagne et faire des gâteaux le dimanche, en remuant des fesses sur le dernier morceau à la mode passant à la radio. Près de 35 ans plus tard, sa famille se résumait aux larmes versées dans le lit froid d’une clinique pratiquant l’IVG et la seule campagne qu’elle connaissait était celle pour laquelle elle se battait sans grand espoir : un statut reconnu pour les prostitués. Ses fesses par contre, ça, elle les remuait ! Bien plus qu’elle ne l’aurait imaginé, et pas vraiment comme elle l’avait espéré. C’est étrange comme une vie peu basculer sur un seul mauvais choix. Petite elle était une enfant plutôt épanouie et heureuse de vivre. Puis vînt l’adolescence et son lot de colères insensées, de défis ridicules et de mal-êtres inexplicables. Un jeune homme trop beau pour être honnête, une voiture volée, une ligne de coke de trop, des dettes qui s’accumulent, des parents qui la mettent à la porte ... et quelques années plus tard on pleure une vie perdue, sur le tronc rugueux d’un arbre qui nous a vu peu à peu sombrer.

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Margotland
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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Margotland » Mer Juin 22, 2016 21:13 pm

Poème
Tu m'as fait connaître à des amis que Je ne connaissais pas.
Tu m'as fait asseoir à des foyers qui n'étaient pas le mien.

Celui qui était loin, tu l'as rendu tout proche et tu as fait un frère de l'étranger.

Pour celui qui te connaît, nul n'est plus étrange ou hostile plus une porte n'est fermée.

Oh ! accorde-moi cette grâce: permets que je ne perde jamais

le bonheur de la rencontre de l'Unique, parmi le jeu de la diversité.

Rabindranath Tagore (Inde)
amor vincit omnia

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Camilla n'ha Marcella » Ven Juil 01, 2016 3:28 am

« Qui c’était, Mémé Patraque ? On allait désor­mais com­men­cer à poser la ques­tion. Et la réponse était : Mémé Patraque, c’était une pré­sence. Elle était tou­jours là. On aurait dit que la vie de tous les Patraque tour­nait autour de Mémé. En bas, au vil­lage, on pre­nait les déci­sions, on agis­sait, on vivait en sachant qu’en haut sur les col­lines, dans son vieux caba­non de ber­ger monté sur roues, Mémé était là et qu’elle sur­veillait.
Mémé, c’était aussi le silence des col­lines. Voilà peut-être pour­quoi elle aimait bien Tiphaine, à sa façon mal­adroite, hési­tante. Ses sœurs aînées jacas­saient, et Mémé n’ai­mait pas le bruit. Tiphaine ne fai­sait pas de bruit quand elle se trou­vait au caba­non. Elle ado­rait y mon­ter. Elle obser­vait les buses, elle écou­tait les bruits du silence.
Il y avait du bruit dans les col­lines. Les sons, les voix, les cris d’ani­maux qui mon­taient jusque-là épais­sis­saient et enri­chis­saient d’une cer­taine façon le silence. Mémé Patraque s’en­ve­lop­pait dans ce silence et y ména­geait une petite place pour Tiphaine. Il y avait tou­jours trop d’ac­ti­vité à la ferme. Des tas de gens y avaient des tas de choses à faire. On y man­quait de temps pour le silence. On n’y avait pas le temps d’écou­ter. Mémé Patraque, elle, res­tait silen­cieuse et écou­tait sans arrêt. »


Terry Pratchett, "Les ch'tis hommes libres"

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar Margotland » Jeu Juil 21, 2016 22:49 pm

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Bien aimé et veillant
Mouvement saint
La trinité révélée.
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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar belladone » Dim Nov 20, 2016 21:38 pm

L'orgasme, la vie, la mort, tout ça...


Je n’ai jamais pu m’endormir après avoir fait l’amour.

Parce que tout commence normalement, tu es dans la séduction, tu rentres un peu le ventre, tu poses ses mains sur tes fesses, parce qu’elles en ont moins bavé que tes seins – dix-huit mois d’allaitement, faut pas se leurrer, ça laisse plus de traces que des mois de croissants pur beurre. Tu fais la belle, tu surveilles tes sourires, tu replaces tes cheveux derrière tes oreilles, même si inlassablement, il les met sans dessus-dessous à chaque fois qu’il t’embrasse. Tu es en pure contrôle. Tu incarnes la femme forte, la femme libérée, tu sais, celle de la chanson, celle qui a des avis sur tout et sait changer une roue.

Et puis soudain, lucky you, ton amant te fait jouir. Même pas besoin d’un orgasme, juste de cette petite vague, tu sais, celle qui te surprend, fait que tes pupilles se dilatent et ton souffle se brise. Tout à coup, tu en es la première surprise, ton corps se divise, quelque chose s’ouvre. Tu ne sais pas où ça te mène, c’est juste là, en toi, comme un gouffre dans lequel tu tombes, une attraction terrible vers une chute infinie.

C’est fini, le ventre plat, le choix d’où se posent les mains ; les cheveux, tu les as dans les yeux et tant pis, tu es toute concentrée à ne pas te perdre. Tu tombes. Tu trembles. Tu penses que tu vas te raccrocher à quelque chose mais il n’y a plus rien, juste cette immensité vide où tu crois que tu vas mourir. Plus rien n’a de sens. Es-tu un corps ? Es-tu un esprit libéré de son corps ? Peut-être es-tu ce trou, en fait.

C’est bon et pourtant, non. Enfin, si : c’est bon mais ça fait peur. C’est comme les histoires d’ogre quand tu étais enfant, tu sais, celles qui te faisaient supplier ton père d’arrêter mais qui, une fois terminées, te manquaient et tu voulais absolument qu’il recommence à lire parce qu’il y avait les frissons et le bonheur mélangés et que, ça, une fois qu’on y a goûté, on ne peut plus jamais s’en passer.

C’est tout ça à la fois, et voilà que tout à coup, ça s’arrête. Tu es allée au-delà de toi. Tu es… Je ne sais pas. Morte ?

Mais une mort avec un ticket direct pour la réincarnation.

Oui, c’est ça : tu meurs et déjà, tu es de retour, tu te souviens un peu de ton moi d’avant, mais vaguement, tu as l’impression que tu es toute nouvelle, tu n’es pas trop sûr de savoir qui tu es ni comment marche ce corps qui t’entoure. C’est comme si tu venais de naître.

Qui a envie de dormir après être né ?

Pas moi.

Je suis survoltée. Il y a alors tellement de questions, de possibles, d’étonnements, d’envies.

Je suis à nouveau une toute petite fille, j’ai envie de sortir dehors, les pieds nus dans l’herbe et que s’Il vous plait, il pleuve et que tout à coup, là, sous l’averse, les odeurs emplissent mes poumons, les bonnes odeurs d’herbe comme les plus écoeurantes de goudron chaud. Que je sois heureuse de voir le ciel, les étoiles, elle est où déjà la Grande Ourse ? Et ça, c’est quoi ? L’Etoile du Berger. L’Etoile du Berger, c’est Vénus, tu sais. Et n’est-ce pas juste « waw » d’imaginer que les Rois Mages, ils ont suivi une déesse, celle de la Beauté et de la Débauche, pour les guider au Sauveur ? Tu comprends, hein ? Jésus, c’est de la foutaise, c’est le Grand Cornu ; tout ça, ce blabla des cathos, c’est de la remastérisation des légendes anciennes, quand la seule forme de pouvoir, c’était la femme, parce que la femme, définitivement, c’est la vie ; oui, je sais, les hommes, on a besoin de vous aussi un peu, mais que valent vos deux secondes de décharge face aux neuf mois de bulle protectrice ? Et allez, ne dis pas le contraire, tu sais bien que je dis la Vérité, la preuve, c’est que vous passez votre vie à rechercher cette bulle, et que c’est pour ça que le monde tourne autour de vos queues, parce que faire l’amour à une femme, c’est rentrer dans son ventre, tu vois ? Revenir dans un ventre. C’est votre ambition, toute votre vie durant. Et nous, comme des connes, on fait semblant de ne pas comprendre, mais on n’est que ça, des mères de substitution, des bulles de seconde main, qui viennent vous protéger quelques secondes, pour vous permettre ensuite de jouer au maître du monde, mais on n’est pas dupes, vous n’êtes pas si forts, et ça ferait tellement de bien que vous l’avouiez, juste une fois, juste quelques secondes. Allez, s’il te plait ? Dis oui, on jouera, on dira que je suis ta Princesse, et que c’est moi qui vais terrasser le Dragon, et après, tu seras mon chevalier fidèle pour toujours, celui qui ne me trahira pas, parce qu’il saura à quel point je l’aime, puisque même toute fluette et avec des couettes, je suis brave assez que pour mettre fin aux démons, même les plus grands, même ceux qui sont assez immenses que pour dévorer les ambitions. Allez, viens. S’il te plait. Laisse-moi croire que la vie commence ici, qu’elle va être chouette, parce que c’est fois-ci, j’ai pigé, je ne ferai plus les mêmes erreurs, je ne me laisserai pas grandir.

Je n’ai jamais pu m’endormir après avoir fait l’amour.

Parce que je me sentais mourir, et puis revivre, une vie toute neuve, pleine d’enthousiasme, d’envies, de certitudes. J’étais gaie, joyeuse, j’avais envie de danser d’un pas léger, en chantant que tout était tellement limpide, cette fois.

Et j’étais si seule alors.

Parce que les hommes, eux, ils dorment après l’amour. Comme des bûches, souvent. Et moi, j’étais en mode « high » et mon compagnon n’était pas là, et c’était horrible, cette sensation, ce sentiment d’être plus seule que jamais.

Les filles comme moi, elles sont toujours toute seule, non ?


J’ai refusé de continuer à penser.

Je me suis dit que waw, c’était bon d’être nue à côté de toi, apaisée.

Je me le suis répété plusieurs fois, parce que j’ai une copine qui prétend que les mots créent la réalité. Alors, je m’en suis fait un mantra : je suis apaisée, je suis apaisée, je suis apaisée.

C’était comme quand j’avais seize ans.

J’essayais de me convaincre que je comprenais les mathématiques, mais quand j’étais face au tableau, je ne comprenais rien aux calculs de probabilité.

Pourtant, je sentais que là, cette nuit, tout près de toi, il y avait quelque chose de l’ordre de la magie, un univers de possibles. Une création.

Je me suis assise comme une indienne et je t’ai observé.

Tu sais à quel point cela peut-être obscène de regarder quelqu’un qui dort ? Celui qui observe peut prendre tout son temps, s’attarder sur une cicatrice, un grain de beauté, souffler sur les poils duveteux du torse, observer la forme d’une oreille, regarder de gauche, de droite, d’en haut. Il peut admirer tout son saoul, ou se moquer à en rire, celui qui dort ne saura jamais rien de tout cela. Il est comme une proie. A la merci de l’autre.

Je me suis toujours trouvée bizarre à observer les gens qui dorment. Mais j’aime ça. J’ai l’impression qu’alors, et seulement alors, les gens ne mentent pas. Ils sont. On les voit tels qu’ils sont. Après, on peut toujours choisir de se mentir et de penser que « non, il n’est pas comme ça ». Mais c’est un choix. La vérité est devant nous, on est finalement responsable de l’accepter ou pas.

Je t’ai regardé et j’ai pensé que tu étais beau.

Vraiment.

Très beau.

Je sais que si je te l’avais dit tu aurais écarquillé les yeux et puis eu ce petit rire qui marquait ton manque de confiance en toi. Tu m’aurais dit que non. Tu aurais fait la litanie de tes défauts, et à chaque point soulevé, je me serais demandé de quoi tu parlais.

Ce que tu appelais tes défauts, pour moi, c’étaient les plus jolies choses de toi.

Tes traits osseux, masculins, en premier.

Je ne suis pas de ces femmes qui aiment les baby face. J’aime les hommes, les vrais, ceux qui ressemblent davantage aux pères qu’aux fils. Un nez marqué, des joues carrées, la pomme d’Adam saillante. Une barbe. Des mains noueuses, où l’on voit les veines battre.

Les muscles finement attachés.

Le torse imberbe.

J’avais envie de me coucher sur lui, pour que tout mon corps puisse toucher sa beauté.

Je voulais me remplir de lui.

De sa force.

De sa tranquillité, aussi.

Je n’ai pas osé.

Il me semblait que ça aurait été plus intime que de faire l’amour.

Comme toucher ton âme.

J’ai soupiré. Cela a dérangé son souffle et je m’en suis voulue.

J’ai murmuré « pardon » et je me suis sentie complètement déplacée.

Alors, je me suis levée et j’ai entrepris de me rhabiller.

Il n’y avait rien d’autre à faire.

Je n’arriverais pas à dormir.

Et quand tu te réveillerais, il faudrait bien parler.

Ce serait gênant, je n’avais pas envie de cette conversation.

On savait tous les deux qu’il n’y avait pas de solution.

Nous n’avions pas seize ans, justement.

Il n’y avait aucun possible pour nous.

Parler n’aurait servi à rien : on ne modifie pas le monde avec des souhaits.

J’ai enfilé ma culotte, jeté mes bas dans la poubelle.

J’ai passé ma robe légère, cherché mes sandales et mon sac.

Il ne me restait plus rien à faire ici.

Je suis sortie sans un bruit.

Sur le parking, ma voiture m’attendait sagement.

On avait pris soin de se garer chacun dans un coin différent, « au cas où ».

J’ai enclenché le contact et j’ai mis ma ceinture.

J’ai éteint la radio.

J’ai commencé à rouler, je suis montée sur l’autouroute.

Je me suis mise à pleurer.

J’ai accéléré.

Au plus je roulais, au plus je pleurais.

C’était des sanglots de petite fille, un « gros chagrin » aurait dit ma mère.

Et c’était bien de cela qu’il s’agissait.

Je pleurais ma vie.

J’ai accéléré encore.

L’autoroute était déserte à cette heure-ci, c’était une chance.

J’ai hurlé un bon coup, parce que ça faisait mal, et pour me donner du courage.

J’ai crié comme on le fait quand on nait.

J’ai donné un coup de volant.

J’ai vu la berne centrale et tous ses poteaux éclairants.

J’ai souri.

C’était fini.

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Re: # Vos créations # [Poèmes dessins etc.]

Messagepar belladone » Mar Nov 22, 2016 22:47 pm

Où des Vénusiens exaltés se croisent.

A chaque fois, ça me faisait ça : une seconde d’arrêt du monde. Je la voyais et tout se mettait en mode « pause ». Si je parlais, je m’arrêtais au milieu d’une phrase. Si je buvais, je retenais le liquide dans ma bouche. Si je respirais, je plongeais en apnée. Si mon cœur battait, je suppose qu’il s’arrêtait.

Elle n’était pas belle à proprement parler, ni séduisante. C’était autre chose. J’avais vu une nuit La Piscine et en regardant Romy Schneider, je m’étais dit : « C’est ça ». Une sorte de grâce innée, un mélange de traits enfantins et d’attitude un peu hautaine, un sourire spontané et pourtant une distance froide. Une tristesse palpable mais qu’on veut ignorer parce qu’il y a cette joie portée comme un étendard, qui proclame que la vie est plus belle que tout, toujours et malgré tout.

Elle était solaire. Une lumière, une chaleur dont on se nourrit avec avidité. On l’aimait parce qu’on voulait être auprès d’elle. C’était davantage un aimant qu’une femme. Elle dégageait une énergie douce, qui donnait envie de se rapprocher d’elle. Et c’est ce que tout le monde faisait.

Marc m’a dit : « Il faudra bien que tu te décides ». Je lui ai répondu que je ne comprenais pas de quoi il parlait. Il a souri. « Elie, j’ai soixante-cinq ans. Des histoires de cul, de désir, j’en ai vu par dizaines. J’ai même vu de vraies histoires d’amour. Tu es raide dingue d’Elsa, et elle l’est tout autant de toi. Je ne comprends pas à quoi vous jouez. Pourquoi vous ne vous sautez pas dessus » ?

J’ai haussé les épaules et pris mon air le plus niais possible. Marc avait abusé du vin blanc. Il racontait n’importe quoi, ramenait tout au sexe, comme si le monde entier tournait autour de ça, comme si tous les hommes voulaient baiser toutes les femmes. Certes, lui fonctionnait comme ça, il en était à sa quatrième femme, enfin, ex-femme, et avait désormais une maîtresse attitrée, qu’il trompait allègrement. On aurait pu dire qu’il était un sale type, si chacune de ses femmes n’y avaient pas trouvé son compte, certaines clamant qu’elles avaient voulu un enfant de lui, et - chut ! - la pension alimentaire qui va avec, d’autres, plus franches, qu’elles avaient maintenant une belle maison où vivre la vie qui leur plaisait vraiment.

Moi, je ne fonctionnais pas comme ça. J’aimais bien Elsa. C’est tout. Elsa, c’était comme une petite sœur, quelqu’un que tu aimes d’un amour indéfectible, que tu regardes vivre en t’émerveillant, que tu protègeras toujours. Voilà. C’est tout.

Enfin, non. C’est plus compliqué.

J’avais une famille. Trois enfants. Une femme que je n’aimais plus mais que j’avais juré de ne jamais quitter. Un jour – c’était avant de connaître Elsa – j’avais dû choisir, et je les avais choisi tous les quatre. Rose, ma femme, avait été claire : si nous rompions, elle réclamerait la garde exclusive des enfants. Nino avait quatre ans, Théo six et Léo allait sur ses huit ans. Le juge aurait pris son parti, à coup sûr, parce que les petits ont davantage besoin de leur mère. Elle serait retournée à Avignon, les voir le week-end n’aurait pas été possible, et de fil en aiguilles, ils n’auraient pas voulu passer des semaines de vacances avec un père devenu un inconnu. Cercle vicieux. Je ne pouvais pas concevoir de ne plus être le père de mes fils. Je les avais choisis, eux trois, mes petits bouts de moi. Du coup, en ricochet, j’avais choisi de rester avec leur mère.

Elle n’avait pas eu le triomphe modeste, Rose. Elle avait clamé à tout qui traînait dans notre entourage que j’avais eu un moment d’égarement, mais que, vraiment, les hommes, pft. Des mauviettes. Des petits garçons qui veulent leur indépendance mais qui, devant l’inconnu, restent sagement à la maison, où maman-épouse leur lave leur linge. J’avais ravalé tout ce que je pouvais avoir comme fierté et sagement renoncé à expliquer que, personnellement, je trouvais courageux qu’un homme dise : « Je ne t’aime plus assez pour te rendre heureuse chaque jour. Je préfère te rendre ta liberté, te donner la chance d’être aimée mieux, plus, ailleurs. Il n’y a personne d’autre dans ma vie, juste un constat, celui que l’on vaut mieux que ça, et toi, et moi. Parce que souviens-toi comme on s’aimait avant. Souviens-toi de la légèreté que cela nous donnait, de cette force inébranlable que l’on avait. On était forts, confiants, indestructibles. Pourquoi ne se donnerait-on pas le droit de revivre ça, avec ceux qui sont capables de nous le donner » ? Enfin, comme dirait Léo – onze ans, maintenant – « Arrête, papa, on dirait que t’es en mode LOL ».

J’étais donc restée le mari de Rose, enfin, un semblant de mari, un homme à la maison, et encore, quand il y rentre, parce qu’évidemment, du coup, j’avais moins envie d’être là. J’étais tombé dans le piège qu’elle m’avait tendu, j’avais cru conserver mes fils et au final, je ne les voyais jamais, je partais à sept heures au boulot, je revenais à 21h ; dans le meilleur des cas, Nino se levait tôt, avec encore des réflexes de petit bébé, réveillé avec les premières lueurs. J’entendais ses pas dans l’escalier, j’allais le chercher, je le prenais dans mes bras, on se blottissait dans le canapé. On ne disait rien, on savourait. Après quelques instants, il voulait regardait un dessin animé, et je lui montrais les Chevaliers du Zodiaque sur mon smartphone, en lui expliquant que c’était le meilleur dessin animé du monde quand j’étais petit. Il se marrait. Il trouvait que Pégase était nul, ce avec quoi j’étais bien d’accord, et quand je lui expliquais que moi, je voulais être Sirius, il se marrait encore plus, à l’idée que son vieux père ait eu un jour l’envie d’être une sorte de mec body-buildé aux cheveux longs.

Léo se la jouait ado en pleine puissance et refusait de dormir avant minuit. Je rentrais, je voyais le rai de lumière sous la porte, je frappais légèrement à la porte, il disait « oui », avec une excitation peu contenue. On passait une heure à regarder son fil Facebook, il me montrait les photos de ses potes en train de faire du skate en se la jouant héros du ghetto, des vidéos de chats stupides qui soi-disant le faisait marrer, mais je voyais bien qu’il craquait sur le côté « trop mimi » ; il était aussi abonné à une page humoristique, des jeux de mots en anglais, très sarcastiques, je reconnaissais bien là mon humour pourri et je le félicitais d’avoir autant d’esprit. Je me rassurais aussi sur son niveau d’anglais, que son bulletin était loin d’estimer. Parfois, il y avait des photos de filles aussi, et à la manière dont il rougissait en les découvrant, je mesurais à quel point elles étaient importantes – ou pas – pour lui, et à quel point, purée, pas de bol, il avait aussi hérité de ma timidité. J’aurais voulu l’aider mais je savais qu’il m’en aurait voulu, comme j’en avais voulu à mon père lors de ses approches maladroites, et de toute façon, honnêtement, je ne savais pas quoi lui dire. J’espérais qu’il serait heureux en amour, ô oui, à chaque fois, putain, je lui souhaitais tout l’amour de la Terre dans les bras des filles qu’il choisirait.

Théo, c’était celui que je ne voyais vraiment jamais, la marmotte complète, dernier levé, premier couché. Du coup, je m’étais inscrit avec lui à un cours de judo le dimanche matin, et c’était rigolo, car ni lui ni moi n’aimions ça, au final, mais pour rien au monde on ne l’aurait avoué. On allait donc tranquillou se prendre des coups chaque week-end, comme si c’était le meilleur du meilleur sel de la vie. Et après, pour s’en remettre, on allait manger une glace, il prenait toujours un banana split et moi une brésilienne, il était dimanche onze heures, c’était une putain de transgression, et c’était bien. Un jour il m’avait dit « Tu sais, papa, un jour, ça s’arrêtera » et j’avais dit « Je sais, c’est pas grave, on le fait tant que ça nous plait, après, si un jour t’en a marre, tu me le dis, et je comprendrai ». Et mon petit bout d’homme, neuf ans, pas la moitié de ses dents, avait relevé « Non, mais je parlais de toi et maman. Un jour, elle se trouvera un lover, comme elle dit à Marianne, et elle te quittera. Et toi, tu pourras être libre, tu pourras te choisir une meuf avec qui t’auras du kiff ». Et il avait continué à manger sa banane pleine de choco, comme si tout cela était tout à fait normal, et moi je m’étais demandé quand tout était partie en vrille au point de me prendre une leçon de vie par mon fils de neuf ans. Et j’avais eu envie de pleurer dans ma brésilienne. Et j’avais haï Rose. Et je m’étais juré de péter son téléphone pour que plus jamais elle ne parle comme ça à sa pétasse de sœur devant mes fils, et de lui dire qu’elle était une veille patate ratatinée et qu’elle se trouverait jamais un amant, et encore moins un mec qui l’aimerait, parce que les filles avec une biscotte desséchée à la place du cœur, elles finissaient seules dans leur appart avec un chat qui les aimait pas. Et puis, j’avais rien fait, parce que j’avais toujours peur de ce putain de juge, un vieux con qui comprendrait pas que les gosses, ils ont aussi besoin de leur père.

Donc, voilà. J’étais Elie, le mari de Rose, le père de Léo, Théo, Nino. Et comme disait la populace, qui sait, peut-être aussi un jour père d’une petite Cléo ? Une petite fille pour parfaire ce charmant petit tableau. La populace ne se doutait pas qu’Elie dormait dans la chambre d’ami depuis trois ans. Rose aurait mis une baffe à n’importe lequel d’entre nous qui aurait fait fuité cette info. On était la famille parfaite, tous en Ralph Lauren des pieds à la tête, Rose veillait au grain. Les enfants étaient bien coiffés, moi aussi, j’avais le droit à la barbe de trois jours mais seulement si elle était bien entretenue, merci de passer chez le barbier au moins une fois par semaine. Elle ne travaillait plus vraiment, elle passait deux jours par semaine tenir la boutique d’une copine qui vendait des bijoux anciens, et le reste du temps, elle dépensait mon argent, sous prétexte d’entretenir des relations importantes pour mes affaires, elle faisait du golf et allait à la gym à l’Aspéria, elle passait des heures au bar de l’Hôtel Métropole à parler à d’anciens diplomates et à des mecs louches venus d’Afrique, elle buvait des verres de champagne avec ses copines dans des réceptions aux profit d’œuvres caritatives. Elle suivait des cours de cuisine mais ne cuisait jamais un œuf, c’était certainement trop commun, elle allait conduire et rechercher les enfants à l’école – au grand dam de Léo qui voulait y aller en bus comme ses potes-, elle était de toutes les réunions de parents d’élèves, elle tenait un stand lors de la fancy-fair et organisait des anniversaires quatre étoiles. « Quelle perle », disait la populace. Et seul Marc riait et me demandait « mais quand est-ce qu’elle trouve l’occasion de te faire une pipe » ?

Ma vie était toute cadenassée. Apparences trompeuses. Prison dorée. Mais bon, j’avais choisi. Je ne reniais pas mon choix, je n’allais pas renier mes fils, tout de même. Et donc, je ne pouvais que bien aimer Elsa. Je n’avais rien d’autre à lui offrir. Enfin si, deux heures à l’hôtel une fois par semaine. Mais Elsa méritait mieux que deux heures à l’hôtel une fois par semaine.

Marc m’avait déjà charrié en disant qu’il fallait prendre ce que la vie nous donne. Il prétendait aussi qu’Elsa pouvait peut-être attendre ces fameuses deux heures plus que tout. Il prétendait qu’il est des femmes qui, prises dans les fils de la vie, finissent par vouloir ces moments.
J’avais trouvé ça odieux, comme raisonnement. Il m’avait dit que peut-être ma femme, que je n’aimais plus, mais que je ne quittais pas, rêvais d’avoir un homme qui l’aime deux heures par semaine.
Ca m’avait agacé.
Il n’aurait plus manque que ça !
Elle m’avait fait chier pendant des mois pour qu’on reste une famille quoi qu’il advienne, par respect pour ce qu’on avait été, ce qu’on avait voulu. Et elle ferait ça ?

Cette fois-là, j’étais sorti de son bureau en faisant la gueule et j’avais eu du mal à passer outre ma mauvaise humeur. J’avais passé le reste de la journée à dessiner n’importe quoi comme plans, pour me venger de mon associé par ricochet. Et vers 19h, j’avais eu des remords – mêlé à l’envie de ne pas rentrer – et j’avais tout rectifié. Pour le coup, je ne pensais plus du tout à Elsa. Je m’arrachais les neurones à tenter de deviner si Rose aurait été capable de baiser de cinq à sept avec un mec, et si oui qui. L’entraîneur de foot d’Amaury ? Son collègue ukrainien dont elle me rabattait les oreilles ? Le livreur de fruits et légumes ? Ca me rendait fou d’imaginer que j’étais fidèle alors qu’elle ne l’était peut-être pas, « sûrement pas », selon Marc. A vingt- deux heures, elle m’avait appelé et j’étais rentré en fermant ma gueule. Si le mariage m’avait appris une chose, c’est qu’il y a un stade où il vaut mieux ne plus jamais rien dire que d’entreprendre la moindre conversation, car même parler de la météo mènera à une dispute voire, si j’en croyais Marc, inévitablement, un jour, à un coup de couteau ou une gifle trop énergique.

Un reste de repas m’attendait sur la table de la cuisine. On était mercredi, ma belle-mère était venue garder les enfants et avait préparé le souper. C’était Byzance ! J’avais mangé la purée froide et la tranche de jambon, en la tartinant de mayonnaise. J’avais diversifié mon alimentation en ajoutant des cornichons au vinaigre, n’ayant pas trouvé de trace de salade. J’ai pensé à Elsa, qui était végétarienne. Le jambon m’a donné envie de gerber. J’ai tout jeté dans le bac à compost, j’ai débarrassé pour ne pas engendrer une dispute. J’ai passé l’éponge sur la table, en veillant bien à ne pas faire tomber de miettes sur le sol, pour la même raison. J’ai éteint et je suis monté me coucher.

En passant devant la chambre de Rose, qui était autrefois ma chambre aussi, notre chambre, j’ai eu envie de revenir en arrière. C’était plus simple quand on s’aimait, c’était tellement simple. J’avais envie d’aller me blottir contre elle, de mettre mon nez dans ses longs cheveux blonds, qu’elle teignait depuis toujours en noir, de respirer son odeur comme quand le patchouli remplaçait pour moi l’oxygène. J’ai eu envie de sentir ses fesses contre mon sexe, d’enjamber ses cuisses comme pour la mettre tout entière contre mon ventre. J’ai eu envie de la prendre en moi, d’en faire un petit bébé que je protègerais contre vent et marées.

La lumière sous la porte a découragé toute tentative. Elle m’accueillerait en silence mais très vite, elle aurait le verbe haut. Il valait mieux ne pas parler. Plus jamais. Je ne voulais pas que mes enfants aient des parents qui fassent la une des journaux.

Je suis allé me coucher sans savoir si ma femme me trompait. J’ai éteint et j’ai fermé les yeux. Comme tous les soirs, j’ai automatiquement vu le visage d’Elsa. Je n’ai même pas essayé de le chasser, ça ne marchait pas, j’avais passé des nuits entières à tenter de me raisonner. La seule chose qui me permettrait de m’endormir, c’était de laisser Elsa prendre toute la place, là, dans la chambre d’ami, la laisser me rejoindre dans le lit d’une personne. Et me mettre à sourire, parce que ça me rappelait mon kot, le petit lit dans lequel, étudiant, j’avais appris à aimer les filles. Elsa adorait se glisser sous les draps pour faire une cabane, un endroit magique où l’on pouvait tout se confier. On jouait à se découvrir. Elle riait. Elle adorait mes histoires, elle croyait en mes rêves. Elle m’écoutait pendant des heures. Parfois, elle se mettait au-dessus de moi, ses seins effleurait mon menton, elle comptait mes cheveux blancs ou mes rides au coin des yeux, et moi, je sentais mon sexe dur crier que lui aussi voulait jouer. Alors, je renversais Elsa, son regard devenait plus clair, ses lèvres s’entrouvraient et je l’embrassais tout en la pénétrant. Je me masturbais comme à quinze ans, à la fois ravi et honteux. Je jouissais toujours avant elle, je la décevais et c’est ce qui me donnait la force de lui résister dans la vraie vie. Je ne voulais jamais causer le moindre tourment à Elsa.

Ce soir-là, donc, quand elle est arrivée à la soirée, j’ai senti tout mon corps se tendre. A la fois d’envie d’être près d’elle et de jalousie à l’idée de tous ces autres qui l’approchaient. Et il y avait aussi une sorte de concentration suprême, l’absolue nécessité de me tenir, de résister. Elle a salué quelques personnes, des seconds couteaux, un pique-assiette inconnu ; un Ministre, un Bourgmestre et un journaliste renommé. Elle embrassait tout le monde, touchait les épaules, riait légèrement, comme si chacun d’entre eux était d’une finesse incroyable. L’air de rien, je comptais les joues embrassées et jaugeais mes adversaires. Je me sentais l’âme d’un amant outragé, alors que je n’étais rien. Rien que l’associé de celui qui avait engagé Elsa pour une inauguration. Un client. Tout au mieux un collègue. Rien quoi. Je n’avais aucun droit d’attendre quoi que ce soit d’Elsa. Et pourtant, j’étais là, à espérer qu’elle se rapprocherait un peu plus vite une fois qu’elle m’aurait vu, qu’elle lèverait les yeux au ciel en me regardant, comme pour dire « ils me barbent tous mais je dois faire semblant d’être passionnée ». J’aurais souri, et elle aussi, et ça aurait fait comme une petite bulle légère pendant quelques secondes, une bouffée d’air juste pour nous. Une complicité. Une proximité. Une intimité.
Tout ce que je voulais, c’est qu’Elsa me donne le sentiment d’être son préféré, l’homme pour qui elle traverserait une foule sans s’arrêter. Je voulais partir avec elle boire des verres de vin Place Saint-Gery, je voulais pique-niquer dans les dunes de Raversijde, aller voir le lever du soleil dans le parc de Tervuren. Je voulais louer une maison dans le Sud de la Gaume et la regarder bronzer nue, allongée près de la piscine. Acheter un loft le long du Canal et la faire rire en lui expliquant que je pourrais la voir prendre sa douche tout en faisant la cuisine, ou la regarder dormir tout en dessinant mes plans. Je voulais des Noëls avec elle, et aussi des premiers jours du printemps. Je voulais un enfant d’elle, ouiais, même si j’avais quarante-cinq ans et trois enfants, et que j’avais refusé à ma femme ce petit quatrième pour lequel elle m’avait fait chier pendant des mois, je voulais un bébé d’Elsa. Voir d’abord son petit ventre poindre. Puis la voir s’arrondir de partout. Dormir en cuillère sans plus arriver à poser mes bras complètement autour d’elle. Vernir les ongles de ses pieds pour lui faire plaisir, quelques heures avant de partir en salle d’accouchement. Je voulais vivre avec elle. Je voulais une vie avec elle.

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Jagannath
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Messagepar Jagannath » Mar Nov 22, 2016 23:37 pm

Tu en as écrit beaucoup des choses comme ça? C'est en général des petits passages de situation comme ici ou parfois ça prend l'allure de truc plus long et structuré? En tout cas merci de les partager ça vaut le détour.


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